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Prix alimentaires : quand les industriels affrontent Leclerc

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Les producteurs de lait, les transformateurs comme Lactalis ou encore le groupe Ricard. Ils ont tous pour point commun, celui d’être en colère contre le distributeur Leclerc. En cause ? Le refus du groupe de distribution de prendre en compte l’augmentation des prix. Retour sur ces conflits.

Prix alimentaires : quand les industriels affrontent Leclerc © HAMILTON/REA

Les industriels du lait grognent. Les producteurs ont manifesté le 7 juin devant le siège du groupe de distribution Leclerc, symbole des problèmes de négociations. Ils demandent une rencontre avec lui, acteur influent sur la filière laitière.

Depuis fin février, date fixée dans la loi de modernisation de l’économie pour la fin des négociations, producteurs de lait et transformateurs (Lactalis, Danone entre autres) se heurtent au refus de certains groupes de distribution, dont Leclerc, de prendre en compte la hausse de leurs tarifs. Et ne livrent donc plus leurs produits dans les rayons des enseignes concernées.  "Cela fait deux mois et demi que les produits Lactalis, comme la marque Président, ne sont plus dans les magasins Leclerc ou d’autres comme Casino. Négocier avec Leclerc notamment, c’est du sport", affirme Gilles Psalmon, directeur de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), branche lait de la FNSEA, le principal syndicat agricole.

Du côté du groupe Lactalis, on ne veut "pas créer de polémique, mais faire avancer les relations commerciales" avec le groupe Leclerc. Le porte-parole du groupe, Michel Nalet, reconnaît que "cette situation menace plusieurs sites du fait de la baisse d'activité engendrée par l'arrêt des livraisons chez Leclerc, l'un des plus gros distributeurs français". 

Volatilité des prix et hausse des matières premières
Derrière ce conflit symbolique se cache une problématique plus générale et récurrente, à savoir la libéralisation du secteur du lait en France et ses conséquences sur la filière. Depuis la réforme européenne de 2003, les producteurs de lait sont confrontés à une concurrence internationale très rude et à la volatilité des prix. En 2010, le prix du lait a grimpé de 10% à la production, de 8% sur les premiers mois de 2011. 

Pour s’adapter et faire face, ils demandent donc un soutien de l’ensemble de la filière et notamment de la distribution. "La volatilité des prix doit être prise en compte à tous les niveaux de la chaîne, estime Gilles Psalmon. Quand les prix augmentent, les producteurs sont contraints d’augmenter leurs tarifs auprès des transformateurs comme Lactalis ou Danone, qui eux aussi la répercutent auprès des distributeurs".

Or, cette logique "s’arrête au niveau de la distribution", selon lui, qui fait de la "résistance", notamment pour "préserver son image en termes de pouvoir d’achat et de politique de prix alimentaires", deux sujets au cœur de l’actualité. "Cette année, nous avons d’autant plus besoin de ce soutien qu’en plus de la volatilité, "les prix de l’énergie et des céréales flambent", précise le responsable de la FNPL. Ce que l’on réclame, c’est un vrai fonctionnement du marché de la distribution en France, pour pouvoir rivaliser avec la concurrence internationale".

Pour l’heure, le groupe Leclerc, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de L’Usine Nouvelle, a fait savoir qu’il était ouvert à une rencontre avec les producteurs. Reste à fixer une date.

"Leclerc, coutumier de ce genre de négociations"
Mais le distributeur a un autre dossier à traiter. Parallèlement au mouvement de la filière laitière, le groupe Ricard est lui aussi dans une "situation d’incompréhension réciproque avec le distributeur", selon son PDG, Philippe Savinel. Il est toujours en négociations depuis fin février avec le distributeur pour ses marques Absolut Vodka ou Clan Campbell par exemple.  Seule la marque Ricard, "dont Leclerc a besoin pour résister à la concurrence", est disponible dans les enseignes du groupe.

"Leclerc refuse notre hausse des tarifs qui est en moyenne inférieure à 3%, selon les produits, précise Philippe Savinel, PDG de Ricard SA.  C’est le seul distributeur à ne pas accepter cette hausse qui est tout à fait raisonnable". L’entreprise justifie cette hausse par l’inflation et le bond des matières premières, qui touche certains alcools.

Reste que Philippe Savinel reste optimiste et espère trouver un accord rapidement. "Nous avons déjà eu des problèmes il y a deux ans avec Leclerc, qui est coutumier de ce genre de négociations un peu étrange, explique-t-il. Nous étions parvenus à un accord mi-mai. En l’espèce, le conflit est un peu plus violent mais cela pourrait se décoincer dans les jours à venir". Il assure pouvoir réapprovisionner les 16 plateformes Leclerc, qui alimentent les magasins, en environ trois semaines environ. Quant aux conséquences sur le chiffre d’affaires du groupe, le patron préfère rester silencieux, les négociations étant encore en cours.

 

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