PRIVATISATION D'URGENCE POUR USINORDans un mois, la privatisation du groupe sidérurgique sera bouclée. Sur le plan social, les assurances données par le gouvernement ne convainquent pas les syndicats.

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Décision

PRIVATISATION D'URGENCE POUR USINOR

Dans un mois, la privatisation du groupe sidérurgique sera bouclée. Sur le plan social, les assurances données par le gouvernement ne convainquent pas les syndicats.



Première vraie décision industrielle du gouvernement Juppé, la privatisation d'Usinor Sacilor sera menée tambour battant. Malgré l'opposition des syndicats. Le calendrier annoncé le 1er juin par le P-DG, Francis Mer, est serré. La campagne de préplacement démarrera le 13 juin; le groupe d'actionnaires stables (parmi lesquels sont pressentis EdF et l'italien Lucchini) sera connu le 20juin; le prix de l'action sera fixé le 26juin, et l'opération complètement bouclée le 4juillet.

Financièrement, cette précipitation s'explique. Par les besoins du gouvernement, détenteur de 80% du capital du groupe, évalué à 18milliards de francs, qui espère ainsi retirer 10milliards de francs sur les 50milliards de recettes de privatisation prévues cette année. Mais aussi par le caractère cyclique de la sidérurgie. La conjoncture favorable, qui a permis à Usinor d'engranger 1milliard de francs de bénéfices en 1994 après une perte de 5,7 milliards en 1993, ne durera pas. Le prochain retournement est prévu pour 1997. Le temps presse donc. Pour rendre la mariée plus belle, le groupe sera recapitalisé à hauteur de 5milliards de francs, ce qui permettra de réduire un peu plus un endettement tombé à 17milliards fin1994. Confronté à ces urgences, le nouveau gouvernement a pris le risque de mécontenter des syndicats, qui ont vivement réagi. La CGT a ainsi annoncé une journée de manifestations le 14juin. Malgré les assurances de Francis Mer. "Cette privatisation marque la fin d'une longue suite de restructurations industrielles, affirme le P-DG. La crainte des licenciements n'a aucun fondement. Nous n'avons aucun problème social. L'essentiel des gains de productivité est obtenu à partir d'autres facteurs que la main-d'oeuvre." Pour calmer le jeu, Alain Madelin a fait quelques concessions. Il a promis que l'Etat "accompagnerait" le groupe sidérurgique en cas de retournement de conjoncture. En particulier, les salariés nés en 1942 ou 1943 continueraient de bénéficier des "retraits progressifs d'activité", une mesure spécifique dérogatoire mise en place par le groupe lors des grandes vagues de restructurations et qui permet des départs en préretraite progressive. Cette mesure faisait, depuis plusieurs mois, l'objet d'un bras de fer entre la direction d'Usinor et les syndicats. Le ministre de l'Economie et des Finances a également promis que la Sodie (Société pour le développement de l'industrie et de l'emploi), très active dans la réindustrialisation des régions concernées, serait maintenue dans son rôle. Enfin, les salariés auront la possibilité de participer à l'opération de privatisation et d'acheter des actions à un tarif très réduit. Cela suffira-t-il à apaiser les salariés, inquiets des conséquences sociales du prochain retournement de cycle? Sans doute pas. D'autant que Francis Mer a refusé de s'engager sur l'évolution des effectifs. Seule certitude: aucune embauche n'est prévue pour 1995. Odile ESPOSITO

USINE NOUVELLE N°2506

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