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Pris d'assaut, Gazprom résiste

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Le Ministère de l'environnement russe s’attaque à Gazprom. Pour le sous-ministre, Sergueï Donskoï, la plus grande entreprise du gaz russe risque de perdre une partie du marché américain, s'il continue de retarder l'exploitation du gisement gazier géant de Shtokman. Un retard qui pourrait affecter les positions de Gazprom dans ses ambitions européennes.

Pris d'assaut, Gazprom résiste © gazprom

Il y a encore quelques mois, critiquer "la fortune nationale" était impensable. Mais avec le retournement du marché du gaz, les positions de Gazprom s’ébranlent et les charges contre la direction du géant s’accumulent. Le détonateur de cette charge n’est autre que le gisement de Shtokman situé dans la mer de Barents à environ 600 kilomètres de la ville Mourmansk. Initialement , les premières extractions de ce gisement devaient commencer en 2013 et les livraisons de GNL vers les Etats-Unis en 2014. Las. La réduction massive de la demande issue des Etats-Unis a incité les représentants de Shtokman Development, une société comprenant Gazprom (51%), Total (25%)  et Statoil Hydro (21%)  à différer leur projet de trois ans. Soit un début de production et livraison en 2016 et  la production de GNL en 2017. Cette décision devrait être entérinée en mars 2011 pour le gaz et fin 2011 pour le GNL.

Mais le Ministère de l'environnement russe ne l’entend pas de cette oreille. Pour lui, l’extraction de Shtokman doit commencer le plus rapidement possible pour livrer le marché américain et mettre un pied dans la porte sur le territoire états-unien. Gazprom, principale partie prenante du projet qualifie cette stratégie de suicidaire. Pour l’entreprise, extraire du gaz de ce gisement sans clientèle avérée aura un coût trop élevé, ne serait-ce que celui du stockage.

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Un rêve à bout de souffle

Ces revers pour Gazprom étaient inimaginables dans ans les années 2000. Entreprise autant politique qu’économique, Gazprom était pour le pouvoir un levier lui permettant de menacer les récalcitrants à l'étranger, soit en CEI, soit en Europe. Avec ses stocks de gaz, Moscou considérait même la possibilité de créer un l'OPEP gazier, dans lequel il jouerait un rôle essentiel.


Aujourd’hui les analystes sont partagés sur le futur de Gazprom en Europe. L’augmentation des livraisons issues du Qatar vers l’Europe minimise la dépendance du Vieux Continent envers la Russie. Quant aux Etats-Unis, son regain de production devrait rendre l'Etat quasi indépendant, voir exportateur à terme. Plus optimiste, Gazprom affirme que la demande européenne pour le gaz russe en Europe devrait reprendre en 2013, mais l'Agence internationale de l'énergie (AIE) affirme que ce ne sera pas le cas avant 2015.

Dans l’intervalle, la baisse de revenu force Gazprom à mettre en sommeil ou tout simplement abandonner des projets d'investissement à grande échelle. A commencer par  la difficulté de maintenir les deux projets de pipeline vers l’Europe : "Nord Stream" et "South Stream". Pour nombre d’observateurs en Russie, Gazprom devra sans doute arbitrer entre les deux chantiers.  Avec à la clé, une défaite du premier ministre russe Vladimir Poutine, ardent lobbyiste de ce projet.


"Démonopolisation" à la russe

Même sur son marché intérieur, la domination du géant est mise à mal. Le  responsable du secteur de l'énergie dans le gouvernement russe Igor Setchine, met ainsi la pression pour que les producteurs indépendants de gaz se voient attribuer des concessions. Le puissant vice-premier ministre, qui dirige le conseil d'administration de la société pétrolier russe Rosneft entend bien étendre son champ d’action et milite ardemment pour faciliter l'accès au pipeline du Gazprom par des producteurs de gaz indépendants.

Dans cette lutte d’influence, Igor Setchine trouve un allié en la personne de Gennadï Timtchenko.  Ce très proche ami de Vladimir Poutine est surtout le dirigeant du deuxième producteur de gaz russe : «  Novatek ».  Gagnant sans cesse des parts de marché, Novatek pousse à la roue pour ouvrir le marché intérieur. Une ouverture anticipée par Gazprom qui prévoit une augmentation de la part de marché des indépendants   pour passer de 17% aujourd’hui à 27% en 2030.

Au cœur de ces luttes, Gazprom reste imprenable. Instrument de la puissance de l’Etat, les concessions lui sont toujours attribuées sans mise en concurrence et ses impôts sont réduits à la portion congrue, comparativement à celui des pétroliers. Une volonté clairement affichée par le gouvernement de maintenir l’entreprise au rang de champion national.

Artem Nikitin et Fabrice Frossard

 

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