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L'Usine Matières premières

"Priorité au cash" chez Eramet

Myrtille Delamarche , , , ,

Publié le , mis à jour le 18/02/2016 À 16H41

Le groupe minier et métallurgique français Eramet a présenté jeudi 18 février des résultats affectés par la crise des métaux, le nickel ayant dévissé de 42% et le manganèse de 49% en un an. Les résultats positifs des branches alliages et manganèse ne compensent pas les fortes pertes de la branche nickel, marquée par d’importantes dépréciations d’actifs et un manque de compétitivité de la SLN.

Eramet poursuit ses efforts de résistance à la crise des métaux. Mais refuse de financer seul les investissements nécessaires à l'indispensable regain de compétitivité de la Société Le Nickel, sa filiale calédonienne, dont la situation est délicate. La SLN perd actuellement 20 millions d’euros par mois.

Malgré un chiffre d’affaires stable en 2015 (3,109 milliards d’euros, -1%), la perte nette (714 millions d’euros) du groupe minier et métallurgique français a été multipliée par quatre en un an. Ce résultat net comprend des dépréciations d’actifs (475 millions d’euros) et de créances d’impôts (194 millions). Les dépréciations d’actifs sont réparties entre la branche nickel (256 millions en grande partie sur Weda Bay), la branche manganèse (154 millions) et les sables minéralisés de Tizir (52 millions pour la part d’Eramet dans cette coentreprise).

Un plan de cessions d’actifs est également en cours pour renforcer la liquidité du groupe, qui ne souhaite pas donner de précisions sur les actifs concernés si ce n’est que Weda Bay n’est pas dans le champ des discussions pour l'instant. "Notre stratégie vise en priorité la génération de cash. Cash is king", a martelé le PDG d’Eramet Patrick Buffet.

Evolution du résultat opérationnel courant par branche

Résilience des alliages et du manganèse

Ce résultat net part du groupe en dessous des attentes reflète principalement la crise du nickel, l’un des trois piliers d’Eramet dont les deux autres branches affichent un résultat opérationnel courant positif, malgré la forte chute des cours du minerai de manganèse, sauvé par la transformation. "Les prix des alliages de de manganèse sont restés favorablement orientés jusqu’à mi-2015, avant de suivre la baisse des cours du minerai", explique Patrick Buffet. En cela, la branche manganèse gabonaise d’Eramet peut se prévaloir d’un coût opérationnel parmi les plus bas au monde.

Au final, la branche manganèse, qui vient de bénéficier d’investissements à hauteur de 360 millions en deux ans, s’en sort avec un résultat opérationnel courant de 58 millions. Le métal, principalement destiné à la  production d’aciers au carbone, a pourtant perdu 49 % de sa valeur entre décembre 2014 et décembre 2015, soit plus que le nickel. Le complexe métallurgique de Moanda au Gabon a été inauguré en 2015. Ce qui prouve qu’en investissant avant la crise et en réduisant les coûts, les groupes intégrés peuvent résister à la crise des matières.

Le résultat opérationnel courant de 27 millions d’euros dans la branche alliages cache des disparités importantes entre Erasteel, qui perd 23 millions d’euros, et Aubert & Duval qui gagne 50 millions, porté par la croissance du secteur aéronautique. La branche vient d’ailleurs de réinvestir dans une tour d’atomisation afin de tripler sa capacité de production d’un superalliage à base de nickel destiné au moteur du Rafale. "Il y a un problème Erasteel qu’il va bien falloir régler", reconnaît Patrick Buffet, précisant que la filiale "consomme 2 à 3 millions de cash par mois".

Un répit pour la SLN

Eramet Nickel affiche en regard un résultat opérationnel négatif de 261 millions d’euros. Cette branche était donc au cœur des discussions lors du conseil d’administration tenu mercredi 17 février à Paris, qui devait également résoudre la question du financement à court terme de la SLN, en situation de crise comme l’ensemble du secteur nickel en Nouvelle-Calédonie. Les trois usines - de Doniambo, du Nord (SMSP-Glencore) et du Sud (Vale) - perdent au total 1 milliard d’euros.

La filiale calédonienne d’Eramet va bénéficier d’un répit. "Le conseil d’administration d’Eramet a décidé d’accorder une avance de 150 millions d’euros à la SLN pour qu’elle puisse fonctionner jusqu’en juin 2016", se félicitait Philippe Gomès, administrateur récemment élu, à la sortie du conseil d’administration. Ces 150 millions comprennent les 120 millions accordés en décembre 2015 et les 30 millions votés ce 17 février qui doivent lui permettre de tenir jusqu’au prochain conseil, en avril. "Les partenaires sont désormais tous au fait qu’Eramet finance seul les pertes de 20 millions par mois de la SLN. Il est indispensable de poursuivre les discussions avec les autres actionnaires sur la continuité de la SLN, on en est là", affirme Patrick Buffet.

Pas à la taille critique pour bénéficier de l’intervention du Fonds nickel, la SLN a trouvé du soutien et une oreille attentive du côté de l’Etat, qui a rappelé le 6 février que le remplacement de sa centrale électrique était la condition de sa compétitivité. La réponse sera sans doute à construire autour d’un projet de centrale externe à même de répondre aux besoins de cet acteur électro-intensif. L’Etat pourrait alors apporter sa garantie afin de faciliter l’entrée de nouveaux investisseurs.

Nouveau plan de compétitivité en Nouvelle-Calédonie

Le plan de réduction des coûts et de compétitivité de la SLN sera néanmoins renforcé dès ce premier trimestre 2016, afin de "réduire significativement le cash cost", poursuit Patrick Buffet. A six dollars la livre, la société est dans le 8e décile en termes de coûts. "Ce n’est pas bon, nous devons revenir dans la moyenne des producteurs", exige le PDG d’Eramet. L’objectif est fixé à 4,5 dollars la livre à fin 2017 (aux conditions économiques – prix du nickel et cours du dollar – de début 2016).

Pour l’atteindre, un nouveau plan de réduction drastique des coûts portera sur l’optimisation de la carte minière, l’efficacité énergétique, la valorisation du minerai pauvre à l’export, ainsi que la réduction des frais fixes qui viennent s’ajouter à l’abandon de la production de mattes (concentrés) de nickel précédemment destinés à l’usine de Sandouville pour se concentrer sur le ferronickel. Un plan "musclé, mais nécessaire", selon Patrick Buffet.

Un concurrent sur la sellette

Eramet et la SLN devraient bénéficier d’un autre soutien, involontaire celui-là. Le groupe minier Anglo-American, producteur de ferronickel au Brésil, envisage d’inclure cette activité dans son programme de cession d’actifs. Une sortie du secteur qui devrait aboutir à la vente, voire à la fermeture des sites brésiliens de Barro Alto et Codemin. Ce sont alors 40 000 tonnes annuelles de nickel qui sortiraient du marché. La SLN, quant à elle, a produit l’an dernier 53 369 tonnes de nickel, de qualité supérieure mais destinée en partie aux mêmes clients.

Cap sur l’Afrique

"L’une des grandes zones de développement du groupe dans les années à venir sera l’Afrique, assure Patrick Buffet. Le manganèse est le contributeur le plus important aux résultats du groupe, les bonnes comme les mauvaises années. Ceux qui connaissent bien Eramet savent que c’est un groupe de manganèse qui fait aussi du nickel et de la métallurgie." Que ceux qui pensaient qu’il faisait du nickel et un peu de lithium se le tiennent pour dit…

Myrtille Delamarche

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