PréventionComment éviter les accidents du travail en période de surchauffeBien souvent, les accidents du travail augmentent lors d'une accélération de la production.Bon nombre d'entreprises réagissent.En améliorant les postes de travail ou la gestion des hommes.Parfois les deux.

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Prévention

Comment éviter les accidents du travail en période de surchauffe

Bien souvent, les accidents du travail augmentent lors d'une accélération de la production.Bon nombre d'entreprises réagissent.En améliorant les postes de travail ou la gestion des hommes.Parfois les deux.



"Reprise de l'activité économique ne doit pas rimer avec reprise des accidents du travail." Gérard Rameix, directeur de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnamts), n'a pas eu à chercher bien loin le message qu'il va adresser aux entreprises à l'occasion du Forum international travail-santé. Et pour cause. Après des décennies de décrue, les accidents du travail étaient repartis à la hausse à la fin des années80. En même temps que le retour de la croisssance. En 1987, les accidents du travail ont frappé 663000salariés. Trois ans plus tard, ils touchaient 100000salariés de plus (voir graphique).Le nouveau coup d'accordéon de la production se traduira-t-il une fois encore par une dégradation de la sécurité au travail? Pas sûr. D'abord surpris, les statisticiens et spécialistes de la question ont depuis cerné le phénomène. "La fin des années80 a été marquée par de nouvelles organisations du travail et de nouvelles formes d'emploi. Conjuguées à une accélération de la production, ces transformations ont probablement favorisé le terrain à une recrudescence des accidents du travail", analyse Jean-Luc Marié, directeur de la branche accidents du travail à la Cnamts. Face à ce fléau, bon nombre d'entreprises ont décidé de prendre le taureau par les cornes. Dans ce domaine, tout est affaire de détermination et de patience. Et surtout, il n'y a pas une recette, mais une panoplie de mesures propres à chaque secteur d'activité. Les uns travaillent à améliorer les postes de travail. D'autres mettent l'accent sur la gestion des hommes. Parfois les deux.

Aménager postes et machines

Directeur des affaires sociales du plasturgiste Manducher, Raymond Bodin ne croit pas aux campagnes de sensibilisation. En revanche, chaque fois que l'outil de production change, un ergonomiste est présent. Quant aux salariés, ils sont non seulement formés à leur nouveau poste de travail, mais aussi à l'ergonomie. Au quotidien, Raymond Bodin a un baromètre: le CHSCT. "Les procès-verbaux des réunions montrent qu'ils fonctionnent bien." Les Papeteries de Condat ont fait sensiblement le même pari. L'unité périgourdine s'est d'abord attelée à étudier le comportement de l'homme au travail pour ensuite rendre les machines conformes aux attitudes des ouvriers. "C'est au travers de cette démarche que l'on prépare la reprise économique", explique Claude Lamenardie, patron de l'usine. Et, en cas de mutation, le salarié est formé par son prédécesseur. Résultat? La direction de l'usine a procédé sans heurts à trois cents mutations internes en l'espace de huit mois.Guy Deleval, patron de Tabur, une entreprise spécialisée dans le caoutchouc, ne dit pas autre chose. "Un homme qui est mal dans son poste a plus de chances d'avoir un accident du travail qu'un autre." Il ne s'agit pas seulement de mots. L'entreprise a lourdement investi dans l'amélioration des machines, devenues moins polluantes et moins bruyantes. En échange de quoi, le rangement des outils dans l'atelier, le coup de balai donné sur le sol impeccablement bleu font partie de la notation de chaque équipe.

Mieux gérer les effectifs

Aux Fonderies Bouhyer, implantées à Ancenis, Michel Naud a revu de fond en comble la politique de l'emploi de l'entreprise et soigne l'accueil des nouveaux embauchés. Là encore, cette détermination ne doit rien au hasard. D'ici à la fin de l'année, l'entreprise va accueillir une soixantaine de jeunes recrues. "Nous avons tiré la leçon des ajustements brutaux des effectifs depuis l'été de 1987, où un jeune a eu la jambe amputée." Depuis, l'entreprise s'interdit pratiquement de faire appel aux intérimaires ou aux CDD.

La souplesse, les Fonderies Bouhyer l'ont trouvée dans la mise en place de nouveaux horaires de travail. En échange d'une réduction du temps de travail, l'entreprise a négocié la mise en place de nouvelles équipes. En résumé, les hommes travaillent moins, mais les machines tournent plus longtemps. Quant aux nouveaux embauchés, ils sont entourés et intégrés en douceur. La mission a d'ailleurs été confiée à un ancien syndicaliste, "figure charismatique de l'entreprise", formé au poste d'animateur sécurité.

Prendre soin des intérimaires

Aux Fonderies franco-belges, pas question de se passer de la souplesse apportée par le recours à l'intérim! Mais l'entreprise a signé une charte sévère avec le numéro1 français de l'intérim, Ecco, déterminé à être irréprochable en matière de sécurité au travail. Depuis mai dernier, tout nouvel intérimaire suit pendant deux jours une formation avant de tenir son poste. Au menu: visite de l'entreprise, accueil au poste et formation aux règles de base de la sécurité par un organisme extérieur.Il est encore trop tôt pour juger de l'efficacité du dispositif. Mais François Cordonnier, animateur sécurité, en est convaincu: "Il ne faut pas se contenter des campagnes incantatoires du genre "La sécurité, c'est l'affaire de tous"." De leur côté, les entreprises de travail temporaire s'emploient à faire la chasse aux accidents du travail. Manpower a d'abord commencé par sensibiliser et former les permanents de ses agences. A quoi, précisément? Aux métiers. "Dans l'intérim, la sécurité passe d'abord par une bonne connaissance des métiers, seule garante d'une affectation correcte aux postes", commente Alain Louesdon, responsable de la sécurité. Outre la formation, chaque entreprise dispose à présent d'un astucieux livre des métiers et des qualifications. Les permanents ont aussi été sensibilisés aux coûts des accidents du travail, qui étaient auparavant noyés dans la masse de l'entreprise. Chaque agence a aujourd'hui un indicateur et rédige un bilan de sécurité annuel. A elle ensuite d'établir un plan de prévention, tourné essentiellement vers les entreprises.



Les entreprises ont de bonnes raisons de lutter contre les accidents du travail. D'abord, outre leur aspect dramatique et traumatisant quand ils se traduisent par la mort d'un salarié, les accidents du travail sont coûteux. Manpower a évalué à 23000francs le coût d'un accidenté.A l'inverse, Guy Delaval, patron de Tabur, une entreprise vannetaise spécialisée dans le caoutchouc, a eu l'heureuse surprise de voir cette année sa cotisation accidents du travail diminuée de 1million de francs. Pas mince, quand les entreprises ont décidé de faire la chasse aux gaspis.Ensuite, bon nombre d'entreprises se sont engagées dans une démarche de qualité. Et bien souvent qualité et sécurité au travail sont intimement liées. Les spécialistes ont en effet découvert que défauts et accidents du travail procédaient des mêmes causes. Ainsi, chez Tréfimétaux, Pierre Naudot, directeur de l'assurance qualité et sécurité, raconte: "Nous avons appris cela des Japonais, qui, avant d'aller plus loin dans les négociations, nous demandent notre taux de fréquence et de gravité des accidents du travail." Message reçu.



Les salariés les plus touchés

Ce sont surtout les salariés du B-TP qui sont le plus atteint. Avec 9% des salariés, ce secteur compte 21% des accidentés. A côté de cela, l'industrie, avec 32% des salariés, compte 34% des accidentés. Après une forte hausse en 1990, les décès liés à un accident du travail sont retombés à 1000 par an en 1992. Exception faite de la métallurgie, qui a enregistré 27décès supplémentaires, soit une hausse de 24,5%.Les accidents du travail concernent surtout les salariés des établissements de moins de 50salariés (29% des salariés, mais 32% des accidentés).Les salariés les plus touchés: ils sont ouvriers (41% des salariés, mais 79% des accidentés); ils sont non qualifiés (15% des salariés, mais 34% des accidents); ils sont jeunes (un accidenté sur quatre a moins de 25ans); ils avaient été récemment embauchés (un accidenté sur cinq); ils ont un statut précaire (7% des salariés dans l'industrie, mais 20% des accidentés). Les accidents du travail sont essentiellement imputables à trois éléments: la manutention (41%), les chutes (22%) et les machines (10%).Mais l'accident de "manutention" correspond seulement dans un cas sur deux (53%) avec la tâche effectuée au moment de l'accident.





USINE NOUVELLE - N°2472 -

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