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L'Usine Matières premières

Prenez le pouvoir dans votre banque 

Arnaud Dumas , ,

Publié le

Devenir administrateur de sa banque, c’est possible dans les réseaux mutualistes. Un moyen pour les chefs d’entreprise de connaître son partenaire financier de l’intérieur et d’influer sur sa stratégie.

Prenez le pouvoir dans votre banque 
Être sociétaire de sa banque mutualiste permet d’assister aux assemblées générales.

Quand, en 2000, le président de sa Banque populaire régionale lui propose d’entrer au conseil d’administration, André Samier n’hésite pas une seconde. "J’ai accepté par curiosité, déclare cet industriel, alors PDG du groupe De Sangosse, spécialisé dans la production et la distribution d’antinuisibles pour les cultures et les plantes. Les relations entre les entreprises et les banques sont des relations client-fournisseur dont on ne comprend pas tous les mécanismes. Il était donc intéressant de voir de l’autre côté…" Il y a pris goût. En 2009, il quitte ses fonctions opérationnelles chez De Sangosse pour assurer la présidence de son conseil de surveillance et décide de consacrer plus de temps à sa banque. Il devient président du conseil d’administration de la Banque populaire occitane, qui règne sur huit départements du Sud-Ouest et se targue de compter, sur son territoire, une entreprise sur deux parmi ses clients. "Cela me prend environ un mi-temps", estime-t-il.

En s’impliquant dans la stratégie de sa banque mutualiste, André Samier prend le contre-pied de l’idée, très ancrée chez les chefs d’entreprise, selon laquelle moins on voit son banquier, mieux on se porte ! Il faut dire que, depuis la crise de 2008-2009, la relation bancaire a connu plus de bas que de hauts. Selon le baromètre de la CGPME et de KPMG de février 2013, 37% des patrons de PME repoussent des investissements par crainte d’un refus de crédit de la part de leur chargé de clientèle. Le modèle des banques mutualistes, dans lequel les clients peuvent détenir des parts du capital social, donne toutefois une piste aux chefs d’entreprise pour réchauffer cette relation. Et pour influer sur la stratégie de sa banque, notamment en s’invitant dans ses organes de gouvernance. "L’un des éléments les plus saillants des banques mutualistes, c’est qu’elles représentent des utilisateurs avec des finalités plus opérationnelles que financières, estime Dominique Lefèbvre, un exploitant agricole spécialisé dans les céréales près de Chartres (Eure-et-Loir), devenu président de la Fédération nationale du Crédit agricole en 2010 [lire ci-contre]. Si je suis porteur d’une part sociale, je veux m’impliquer, et ce qui m’intéresse, ce sont les produits les plus adaptés à ma situation professionnelle."

Peser sur l’économie locale

En France, quatre réseaux bancaires principaux se sont constitués sur le modèle mutualiste : la Caisse d’épargne, le Crédit agricole, la Banque populaire (dont le Crédit coopératif fait partie) et le Crédit mutuel. Ils se différencient des banques nationales par leur organisation décentralisée. Les banques régionales bénéficient d’une totale autonomie dans leur gestion et contrôlent l’organe national. Cette structure pyramidale permet aux clients qui veulent mettre leur nez dans la gestion de leur établissement de crédit de le faire au niveau local (leur agence) et au niveau national. Une implication, en général bénévole, qui peut s’avérer fructueuse à plusieurs titres pour les chefs d’entreprise. Pas question, ici, de bénéficier d’avantages financiers de la part de son établissement de crédit. Toutes les banques mutualistes jurent que la décision d’accorder ou non un crédit reste prise en fonction de l’analyse du risque du dossier, pas en fonction du nombre de parts sociales que détient le client. Reste que l’influence du patron de PME sur les orientations de sa banque est bel et bien réelle.

Les administrateurs sont aussi des prescripteurs de la banque. Ils sont en général choisis parmi les leaders d’opinion de la région.

Franck Oniga, directeur du marché des entreprises de la Banque populaire

Devenir administrateur permet d’avoir son mot à dire sur l’activité quotidienne de sa banque. Les encours de crédit consentis aux acteurs économiques de la région sont notamment scrutés à la loupe par les membres du conseil d’administration. "C’est le sujet le plus sensible, s’exclame André Samier, de la Banque populaire occitane. C’est l’indicateur le plus attendu par les administrateurs au cours des conseils." Charge à eux de passer le directeur général à la question si les résultats ne leur conviennent pas ! Puis de valider – ou non – sa gestion. "On s’aperçoit qu’il y a un décalage entre la perception du terrain et la réalité des chiffres, nuance cependant André Samier. En 2011, quand tout le monde disait que les banques feraient moins de crédit, la Banque populaire occitane a fait progresser sa production de crédits de près de 30%." Les administrateurs sont également sollicités pour l’analyse de dossiers de crédit, lorsque les montants dépassent certains niveaux. La Banque populaire les sollicite aussi pour étudier les dossiers de demande de garantie dans le cadre de ses Sociétés de caution mutuelle (Socama). "Nous veillons à la composition des comités d’engagement, pour qu’un dossier ne passe pas entre les mains d’une société concurrente", souligne Franck Oniga, le directeur du marché des entreprises de la Banque populaire.

Faire entendre sa voix permet aussi aux chefs d’entreprise de donner de nouvelles orientations à leur banque. "Ce sont eux les prescripteurs, reprend Franck Oniga. Ils sont en général choisis parmi les leaders d’opinion de leur région." En exprimant les besoins des entreprises locales, ils incitent leur établissement financier à agir en faveur de l’économie. "Ils nous conduisent à prendre des décisions que nous n’aurions pas forcément prises, assure Anne Le Goff, la directrice du secrétariat général du Crédit mutuel Arkéa, l’entité qui fédère les réseaux du Crédit mutuel de Bretagne, du Sud-Ouest et du Massif Central. Comme la mise en place d’Arkéa Capital Partenaire, que nous avons créé en 2011 à contre-courant de ce que faisaient les concurrents." Au moment où la plupart des fonds de private equity réduisaient la voilure sur l’investissement dans le capital des entreprises, les clients du Crédit mutuel ont signalé le problème du financement de la transmission des sociétés. En octobre 2011, le fonds Arkéa Capital Partenaire était lancé, avec une dotation de 400 millions d’euros, pour investir dans les fonds propres des ETI de la région avec des tickets dépassant les 10 millions d’euros et pour des durées d’investissement longues. Le groupe Le Graët, spécialisé dans l’agroalimentaire, en a été le premier bénéficiaire, le fondateur ayant cédé 25% de son capital à la banque pour financer sa succession. Arkéa a aussi investi 50 millions d’euros dans le holding de Paprec en 2012.

Luttes de pouvoir

Qu’on ne s’y trompe pas, les banques mutualistes y trouvent leur intérêt. D’abord parce que, en faisant appel à l’épargne de leurs clients pour acheter une part de leur capital, elles renforcent leurs fonds propres. Un point important dans le contexte de la réglementation prudentielle de Bâle III. Le Crédit agricole, tourmenté par ses déboires avec sa filiale grecque, a accueilli 400 000 nouveaux sociétaires en 2012 ; ils sont désormais 7 millions à se partager le capital de la banque verte. Les administrateurs, choisis parmi les sociétaires, permettent aussi de rester au plus proche de l’économie locale et d’affiner la gestion de leurs risques.

Tout n’est cependant pas idyllique au pays des banques mutualistes. Cette gouvernance hyperdémocratique, souvent complexe, laisse la porte ouverte aux luttes de pouvoir. À l’image de la Confédération nationale du Crédit mutuel, où la rivalité entre le Crédit mutuel Arkéa, implanté à Brest, et le Crédit mutuel Centre Est Europe, basé à Strasbourg, est légendaire. Au sein du même groupe, les deux fédérations n’hésitent pas à se faire concurrence. L’organisation plus traditionnelle des banques nationales leur confère souvent une force de frappe plus importante. "Un entrepreneur intelligent aura les pieds dans les deux systèmes", conseille Marie-Laure Tuffal-Quidet, la fondatrice du cabinet ICE, spécialisé dans le conseil en relation bancaire. Selon elle, les banques nationales gardent l’avantage pour accompagner les entreprises dans leurs opérations à l’international. Tandis que le point fort des mutualistes tient dans leur capacité à financer le tissu économique local. Du fait, justement, de la structure de leur gouvernance… 

"Ma profession, c’est exploitant agricole !"

Dominique Lefèbvre, président de la Fédération nationale du Crédit agricole

À quand remonte votre engagement dans le Crédit agricole ?

À une bonne quarantaine d’années quand je suis devenu sociétaire, à une vingtaine d’années quand je me suis impliqué dans la banque régionale, et à une dizaine d’années au niveau national. J’ai pris ce risque et ce que j’ai découvert m’a plu. Ce qui est souvent le cas. Très peu de nos administrateurs démissionnent avant la fin de leur mandat. Mais la nature de mon engagement n’a pas varié : j’ai toujours voulu être au service de l’économie.

Vous pensiez déjà arriver à sa tête ?

Si vous m’aviez dit cela il y a trente ans, je vous aurais pris pour un fou ! Ma profession, c’est d’être exploitant agricole. Devenir le président de la FNCA, c’est un changement de vie, pas de métier. Je gère encore mon exploitation. Je ne crois pas être devenu un vrai banquier. Ce sont des tournures d’esprit et des visions du monde différentes. Mais elles coïncident, même si parfois les logiques sont irréconciliables.

Vous vous employez à susciter les vocations chez d’autres chefs d’entreprise ?

Nous le faisons à l’échelle locale, car notre réseau est très maillé. Nous demandons aux sociétaires de s’impliquer et, parmi ceux-là, nous choisissons les administrateurs des caisses régionales. En général, ce sont des professionnels : 75% du sociétariat est constitué d’entrepreneurs. 

Plus de 20 millions de sociétaires

Banque populaire

  • Nombre de banques régionales 17
  • Nombre d’agences 3 336
  • Nombre de sociétaires 3,9 millions

Elle se veut la "banque des entrepreneurs". Très présente auprès des artisans et des commerçants, la Banque populaire a cependant mis l’accent sur les PME et affiche même un taux de pénétration de près de 50% auprès des entreprises industrielles.

Caisse d’épargne

  • Nombre de caisses régionales 17
  • Nombre d’agences 4 219
  • Nombre de sociétaires 4,7 millions

Elle s’est longtemps consacrée au bas de laine des particuliers. Mais, depuis quelques années, la Caisse d’épargne s’est tournée vers les entreprises, un métier sur lequel elle connaît une croissance élevée (+ 9% en 2012). Le réseau des caisses d’épargne a fusionné avec celui des banques populaires en 2009, pour créer le groupe BPCE.

Crédit agricole

  • Nombre de caisses régionales 39
  • Nombre caisses locales 2 549
  • Nombre de sociétaires 7 millions

Banque coopérative du monde agricole à ses débuts, le Crédit agricole conserve un fort ancrage auprès des agriculteurs (85% de parts de marché). Il s’est diversifié, notamment en rachetant le réseau LCL en 2003. En 2012, le Crédit agricole et LCL revendiquaient une part de marché de plus de 40% auprès des entreprises.

Crédit Coopératif

  • Nombre de banques régionales 0
  • Nombre d’agences 72
  • Nombre de sociétaires 40 000

Banque mutualiste à part, elle se concentre principalement sur le financement de l’économie sociale et solidaire, notamment des coopératives, des associations, des mutuelles, mais aussi des PME-PMI. Elle a été intégrée au réseau des banques populaires en 2003.

Crédit mutuel

  • Nombre de groupes régionaux 18
  • Nombre de caisses locales 2 104
  • Nombre de sociétaires 7,4 millions

Le Crédit mutuel, également propriétaire du groupe CIC, semble battre le rappel auprès de ses clients, pour les inciter à devenir sociétaires. Sur leurs 11,4 millions de clients, les caisses locales comptent 7,4 millions de détenteurs de parts sociales. Un record !

Comment mettre un pied dans sa banque

Les niveaux d’intervention dans la gouvernance d’une banque sont nombreux pour un entrepreneur. À commencer par l’achat de parts sociales. Le fait d’être sociétaire permet d’assister aux assemblées générales de sa banque régionale. Parmi ces sociétaires, des administrateurs des banques régionales sont cooptés et nommés par le conseil d’administration. Ils ont pour rôle de valider la gestion de la direction opérationnelle de la banque, de fixer et de contrôler les orientations stratégiques. Ces conseils d’administration donnent accès aux organes de direction nationaux, qui fédèrent l’ensemble des banques régionales et les représentent auprès des pouvoirs publics. 

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