Premiers ajustements dans le solaire

Surcapacité, chute des prix... alors que s'ouvrent, les 15 et 16 mai, les Journées européennes du solaire, les fabricants de cellules et demodules photovoltaïques accusent le coup. Tandis qu'en bout de chaîne, d'autres se réjouissent.

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Premiers ajustements dans le solaire
Jusque-là, rien de catastrophique, mais la filière solaire connaît ses premiers ajustements. Producteurs de silicium, de cellules ou encore de panneaux solaires, tous sont confrontés à la même problématique : affronter les effets conjugués de la baisse de la demande et de la crise du crédit. Victime de taille en France, Silicium de Provence (Silpro). Le projet d'usine de silicium pour cellules photovoltaïques, soutenu le gouvernement, ne verra probablement pas le jour. Malgré une centaine de millions d'euros d'investissements déjà réalisés, les travaux de construction ont été stoppés, son investisseur historique et majoritaire, la compagnie d'énergie renouvelable hollandaise Econcern n'étant plus en mesure d'apporter les sommes promises. Parmi les autres partenaires figuraient également EDF Energies nouvelles et Norsun, fabricant nordique de galettes de silicium. Sur un ancien site du chimiste Arkema, à Saint-Auban (Alpes-Mari- times) devait naître une chaîne complète, de la fabrication de silicium polycristallin à la fourniture des panneaux solaires.

Un contexte de surabondance

Il est vrai que depuis la genèse du projet en 2006, la situation mondiale a considérablement changé. La pénurie de silicium, à laquelle devait répondre la technologie développée par Silpro, n'est plus à l'ordre du jour. En effet, en amont les capacités de production ont doublé ces trois dernières années, selon l'Association européenne de l'industrie photovoltaïque (EPIA). Dans le même temps, en bout de chaîne, les puissances installées se sont envolées. Elles ont plus que doublé en 2008, passant de 2,4 à 5,6 GWc installés mondialement, selon Eurobserv'Er. Résultat, les investissements consentis jusque-là par les industriels sont devenus une charge insupportable. Ce contexte de surabondance a accéléré la chute des prix des modules, déjà évaluée à 20% à chaque doublement de la capacité installée, selon l'Epia. Un phénomène que vivent déjà, dans une autre industrie, les fabricants de semi-conducteurs. «Pendant douze à dix-huit mois, la situation se révélera difficile pour ceux qui ont réalisé récemment d'importants investissements en capacité de production », estime Marc Vogeleisen, le dirigeant de la nouvelle filiale française d'Enerqos, le fournisseur italien de systèmes solaires.

La rentabilité passe par La maîtrise de L'aval

Cette crise de croissance est propice aux ajustements stratégiques. Pour certains acteurs, c'est l'occasion d'un recentrage sur la fabrication d'éléments à plus forte valeur ajoutée. Ainsi, BP Solar abandonne sa production de cellules et ferme trois usines -en Australie, aux Etats-Unis et en Espagne. Son objectif? Se concentrer sur la fabrication de panneaux complets, génératrice de marges plus confortables, pour devenir un des trois acteurs majeurs du secteur. La baisse des prix des composants ne fait pas que des malheureux. «Les tarifs de nos fournisseurs -comme les japonais Sanyo ou Kyocera- ont baissé de 10 à 15%», se réjouit Julien Soavi, le directeur marketing de Solactiva, installateur de solutions photovoltaïques. Les ensembliers en sont les premiers bénéficiaires. «La rentabilité passe par la maîtrise de l'aval », souligne Arnaud Mines, du Syndicat des énergies renouvelables. Car le marché ne s'est pas totalement effondré: «Il n'affiche plus de croissance à trois chiffres... mais à deux seulement! Pas de quoi se désespérer », relativise Arnaud Mines. La demande est donc toujours là, seuls les crédits compliquent la donne. «Les projets de nos clients sont plus lentsàmonter, car les banquiers se montrent frileux », confirme Jean-Louis Dubien, le directeur général de Photowatt, fabricant français de cellules et systèmes solaires. Pour autant, en 2009, le marché français devrait être attractif pour les concepteurs de systèmes. L'année dernière, 46MWc ont été installés et les prévisions sont optimistes pour 2009, avec quelque 300 MWc 2009. Une visibilité qui attire encore de nouveaux entrants. Il leur suffit d'adapter l'offre. Car, si certains marchés, comme l'Espagne, sont surtout constitués de centrales solaires gargantuesques (plus de 50 MWc), c'est le solaire intégré au bâtiment (façades, toits...) qui domine en France. Le tarif de rachat de l'électricité y est alléchant et les nouveaux crédits d'impôt incitent les particuliers à s'équiper. Ainsi, en 2006, le fabricant français de systèmes solaires Photowatt exportait 98% de sa production réalisée dans son usine de Bourgoin-Jallieu (Isère). «Nous avons depuis développé des systèmes spécifiques pour l'intégration au bâti », indique Jean-Louis Dubien, le directeur général. Conséquence: en 2008, 30%de la production était destinée à la France, une part qui devrait encore augmenter cette année.

Développer la filière complète en france

Le jeune CPC-Solabios, alliance d'une société d'ingénierie fiscale et d'un bureau d'études de projets photovoltaïques, mise quant à lui sur l'équipement en panneaux solaires de toitures industrielles et de centres commerciaux. La société, qui vise une entrée en Bourse mi-mai, vient justement de décrocher un partenariat avec Johnson Controls pour développer cette activité «Nos 200 membres sont majoritairement des intégrateurs », confirme Richard Loyen, le délégué général d'Enerplan, l'association professionnelle de l'énergie solaire. Or, pour sécuriser les approvisionnements, garantir la qualité et surtout créer des emplois, les spécialistes aimeraient bien voir se développer la filière complète dans notre pays. «Il y a de la place, en France, pour des unités d'encapsulation du silicium», insiste Arnaud Mines. Et ce membre du Syndicat des énergies renouvelables de révéler qu'un projet d'alliance entre intégrateurs est justement en cours pour créer ou financer de telles unités. Il estime d'ailleurs que 4 à 5 millions d'euros d'investissements permettraient de monter une unité de fabrication rentable de 35MWc. On est bien loin des 750 millions d'euros nécessaires au lancement de Silpro.

Agathe Remoué, avec Marion Deye

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