Premier site de thérapie cellulaire aux Ulis

La première plateforme française de thérapie cellulaire va être créée aux Ulis, en Essonne. Un projet de 80 millions d’euros entre recherche amont et production industrielle, financé par les Investissements d’avenir,  et dont l’Usine Nouvelle dévoile la construction.

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Premier site de thérapie cellulaire aux Ulis

Utiliser des cellules pour remplacer des cellules déficientes ou reconstituer des organes endommagés… un rêve de chercheur, qui devrait prendre réalité en France. Le marché mondial de la thérapie cellulaire pourrait atteindre les 5,2 milliards d’euros en 2015. Mais ce sont surtout de petits acteurs - sociétés de biotechnologies, laboratoires académiques - qui se lancent dans ce domaine thérapeutique en pleine émergence. Et ne disposent pas des ressources ou des autorisations pour amener leurs procédés jusqu’à l’industrialisation. Un virage qu’il ne faut pas manquer, assure Pierre-Noël Lirsac, CEO de CELLforCURE, la filiale dédiée à la thérapie cellulaire du laboratoire pharmaceutique public LFB. "Ne ratons pas l’industrialisation de la thérapie cellulaire ! Pour une fois nous sommes dans le timing mondial, alors que nous avions démarré trop tard la révolution des biotechs."

Produire cinq médicaments en huit ans

L’homme s’est montré convaincant. Monté avec deux biotechs (Celogos et CleanCells) et sept établissements publics et hospitaliers (dont l’Etablissement Français du Sang (EFS), la Banque de Tissus et de Cellules à Lyon et 4 CHU), son projet C4C vient d’être sélectionné par les Investissements d’Avenir. Avec à la clé, 80 millions d’euros dont 30 millions apportés par Oséo (dans le cadre du Programme des investissements d’avenir), 18 millions par CELLforCURE, le reste par les partenaires. Le but : démontrer qu’on peut industrialiser les thérapies cellulaires en développant cinq produits sur un plateau technique situé aux Ulis (Essonne), où se trouve déjà le principal site de bioproduction du LFB. Le projet dispose de huit ans pour produire les lots cliniques de phase 3 et les lots commerciaux de ces cinq futurs médicaments, et les distribuer sur tout le marché européen.

Des difficultés de production aux Etats-Unis

Un vrai challenge, car la première autorisation de mise sur le marché accordée en Europe à un médicament issu de la thérapie cellulaire (un produit belge dans la réparation des lésions des cartilages du genou) ne remonte qu’à 2009. Et le premier produit autorisé aux Etats-Unis s’est révélé très compliqué à produire. "Nous voulons donc faire la démonstration, et accompagner les projets le plus tôt possible pour les rendre industrialisables", confie Pierre-Noël Lirsac. Un concept unique au monde, qui repose sur l’expertise pharmaceutique de CELLforCURE, l’expertise clinique des hôpitaux et les connaissances en process de l’EFS.

150 créations d’emploi

Le produit le plus avancé, développé en phase 3 par le CHU de Nantes dans l’immunothérapie cellulaire anticancéreuse, pourrait arriver sur le marché fin 2015. A temps pour être fabriqué par la plateforme des Ulis, encore en construction et opérationnelle à l’automne 2013. D’ici là, CELLforCURE mettra à disposition son établissement pharmaceutique à Lyon (Rhône). A terme, la plateforme devrait être capable de produire sept médicaments différents, avec 3 000 à 5 000 lots par an. Des thérapies chères – comptez une dizaine de milliers d’euros pour un traitement qui se limite à une ou quelques injections – mais qui s’adressent à des maladies rares ou très invalidantes. Et surtout, "ces thérapies ne soignent pas, elles guérissent", insiste Pierre-Noël Lirsac, qui espère être entendu par les autorités : "le prix du remboursement va conditionner l’effort industriel". Car C4C devrait créer 150 emplois industriels directs et indirects, dont une soixantaine en bioproduction. Et "booster la compétitivité de la France, car ces compétences et technologies ne sont pas reproductibles dans les pays à bas coût", assure le porteur du projet.

Prêt pour les cellules souches embryonnaires
François Hollande l’avait promis: la recherche sur les cellules souches embryonnaires –aujourd’hui soumise à une interdiction avec dérogation – sera débattue prochainement par les Parlementaires. De nombreux chercheurs et industriels militent pour qu’elle soit enfin autorisée. "Aujourd’hui, un cadre éthique est fixé par le législateur : nous avons conçu l’ensemble du dossier sans projet de cellules souches embryonnaires, confie Pierre-Noël Lirsac. Mais nous utilisons différents types cellulaires pour être capable de valider notre plateforme. Si demain, le législateur autorise qu’il y ait des essais, nous nous adapterons au cadre légal car notre plateforme est très flexible."

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