L'Usine Santé

Premier bilan de l'opération transparence des laboratoires pharmaceutiques

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le

Un an et demi après la parution d’un décret obligeant l’industrie pharmaceutique à publier ses liens d’intérêt avec les médecins, l’association Regards Citoyens a fait les comptes. Au même moment, le Conseil d’Etat veut obliger les laboratoires à aller un cran plus loin.

Premier bilan de l'opération transparence des laboratoires pharmaceutiques © Novartis AG - Flickr - CC

Le 1er octobre 2013, le "décret transparence" entrait en vigueur. Mesure phare de la réforme du système du médicament votée suite à l’affaire Mediator, il contraint les laboratoires pharmaceutiques et cosmétiques à publier sur leurs sites internet tous les avantages consentis aux professionnels de santé, dès que ceux-ci atteignent une valeur de dix euros. Une opération transparence conçue pour mettre en lumière de potentiels conflits d’intérêts, suivie de près par l'association Regards Citoyens.

Cette dernière vient de faire les comptes. Entre janvier 2012 et juin 2014, les laboratoires pharmaceutiques ont dépensé plus de 245 millions d'euros en repas, frais de transport, hébergements ou invitations à des congrès, auprès de médecins principalement. En tête des laboratoires les plus généreux figurent le suisse Novartis (17,9 millions d'euros), le français Servier (14,4 millions d'euros) et le britannique GSK (11,7 millions d'euros), le numéro un français de la pharmacie Sanofi n’arrivant qu’en septième position (6,9 millions d'euros).

Le montant des contrats resté dans l’ombre jusqu’ici

Mais c’est sans compter les 233 000 contrats conclus par l’industrie avec des professionnels de santé et donnant lieu à une rémunération, en contrepartie d’une participation à un congrès, d’une étude de marché ou d’une action de formation ou de recherche... Avec plus de 42 000 conventions, l'américain MSD serait en tête, devant l'allemand Boehringer-Ingelheim (28 000) et le britannique AstraZeneca (19 800). Seules quelques entreprises, comme l’allemand Bayer, ont poussé la transparence jusqu’à publier le montant de ces contrats de recherche, qui portent pourtant sur 10 000 à 40 000 euros en moyenne, le record étant détenu, selon Regards Citoyens, par le français Eurofins Optimed, un centre de recherche clinique qui a versé 70 200 euros à un psychiatre. C’était là la principale faille du décret : ne pas obliger l’industrie à publier les montants de ces contrats, alors que c’est là que résident les principaux liens d’intérêts… Une faille qui vient d’être colmatée.

Le syndicat européen du secteur se mobilise

Suite à un recours du Conseil national de l’Ordre des médecins et de l’Association pour une formation et une information médicales indépendantes (Formindep), prônant une véritable transparence, le Conseil d’Etat vient de rendre obligatoire la publication de ces sommes en annulant, le 24 février dernier, la circulaire d’application de ce décret, jugée trop restrictive. Résultat, la filiale France du laboratoire américain Janssena déjà annoncé qu’elle allait rendre public, après le consentement des professionnels de santé, le montant annuel des honoraires de ces contrats et celui agrégé de ses activités liées à la R&D. Et qu’elle allait répondre au code de l’EFPIA, le syndicat européen de l’industrie pharmaceutique. Ce dernier demande à ses adhérents de publier à partir de juin 2016 les données personnelles et tout lien d’intérêt noué directement ou indirectement en 2015 entre les laboratoires et les médecins. Pas suffisant, aux yeux de Regards Citoyens. L’association demande au ministère de la Santé que les données collectées soient rendues publiques "en open data, afin que toute la transparence soit faite sur les cadeaux et les contrats de l'industrie pharmaceutique".

Gaëlle Fleitour

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1 commentaire

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20/03/2015 - 10h27 -

C'est un bien que de " moraliser " l'industrie pharmaceutique .On ne peut rémunérer des prescripteurs pour des produits n'ayant pas forcément le rendu pharmaceutique attendu . Mais ne devrait on pas se pencher sur tous les médicaments qui sont déremboursés pour raison de service rendu insuffisant ! Ces médicaments ont bien obtenu une AMM ? Enfin en temps que contribuable j'aimerai que seuls les médicaments fabriqués en France soient remboursés...
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