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« Pousser la porte de l’open space plutôt que de l’atelier »

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Le nouveau secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, fait de la conquête des jeunes et des cadres un axe de développement de son organisation syndicale.

« Pousser la porte de l’open space plutôt que de l’atelier »

La population des ingénieurs et cadres a-t-elle été oubliée par les syndicats, notamment par la CGT ?

À la CGT, tous ne sont pas conscients que les cadres sont des salariés comme les autres. Ils sont engagés dans leur travail et veulent s’y épanouir. Ils peuvent aussi être en grande souffrance et nous devons être à leurs côtés. Je suis particulièrement sensible au sujet, parce que j’ai travaillé pendant trente?ans en milieu technicien. Chez Renault, Airbus et dans toute la métallurgie, j’ai vu de la souffrance chez les cadres, qui s’interrogent sur l’intérêt et le sens de leur travail. Je les ai vus travailler jusqu’à 14?heures par jour ou en déplacement à l’étranger. Je souhaite que la CGT se préoccupe davantage des cadres. Le problème, c’est que nous ne sommes pas suffisamment implantés auprès d’eux.

Pourquoi ?

Les cadres pensent que la CGT n’est pas faite pour eux, sans doute parce que nous ne nous adressons pas assez à eux, même s’il existe, à la CGT, l’Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens (Ugict). En général, dans nos syndicats, on s’occupe des cadres au moment des élections professionnelles, une?fois tous les quatre?ans. Il faut s’intéresser à eux toutes les semaines ! À leurs problèmes particuliers, nous devons répondre par des propositions particulières, très concrètes. Peu de cadres et techniciens savent que le droit à la déconnexion est une?proposition de la CGT. Notre corps militant doit s’adresser à ces catégories. Mais il?est parfois plus difficile pour nos adhérents d’entrer dans un bureau ou un?open space que dans un atelier ! Il faut que les cadres puissent prendre toute leur place dans la CGT.

Comment la CGT va-t-elle partir à la conquête de leurs voix aux élections professionnelles ?

C’est l’affaire de toute la CGT, pas uniquement de son union cadres. En plus de la campagne sur le droit à la déconnexion, nous en lançons une sur le droit de refus et d’alternatives. Aujourd’hui, 75 % des cadres considèrent qu’ils ne sont pas associés aux décisions stratégiques de leur entreprise. Le droit de contester des choix techniques est compliqué ! Les techniciens et ingénieurs connaissent beaucoup de désillusions. Des projets sont abandonnés sans qu’ils en connaissent les raisons. L’idée que l’on peut s’en sortir collectivement n’est pas évidente chez ces catégories, où le travail est plus individualisé qu’en milieu ouvrier. On a?besoin de parler de ces problèmes avec eux. La CGT doit aussi présenter davantage de candidats dans les collèges cadres. Nous sommes sous-représentés par rapport aux autres syndicats. Les cadres s’identifient trop à un seul syndicat, catégoriel. Nous pouvons aussi porter leurs revendications.

Peut-on parler de la même chose à toutes les catégories ?

Les problématiques des cadres ne sont pas les mêmes que celles des ouvriers, mais les conséquences sont identiques. Chez Airbus, à Toulouse, c’est le secteur de l’ingénierie qui est concerné par les questions d’emploi… Quand on demande une reconnaissance des qualifications pour appliquer un?salaire, c’est valable pour toutes les catégories. Nous ne voulons pas payer tout le monde au smic ! On le défend, parce qu’il est la base de départ d’une grille de qualifications. Parler de réduction du temps de travail concerne également tout le monde. Celui des cadres est en moyenne de 44,1?heures par semaine. Si les modalités ne sont pas les mêmes, la finalité est identique : travailler moins et mieux. Quand les cadres bossent 12 à 14?heures par jour, ça finit souvent très mal… Dans nos propositions, nous devons faire du cousu main en?fonction des préoccupations de chacun.

Les jeunes n’ont plus envie d’entendre les discours syndicaux anciens. Comment la CGT compte-t-elle les convaincre ?

Tous les salariés, les jeunes peut-être plus que les autres, parce qu’ils n’ont pas l’expérience des luttes collectives, ont envie de parler de leurs problèmes. Je suis convaincu que notre syndicalisme doit partir des situations individuelles, car les problèmes de chacun reflètent ceux de tous. Il faut que les syndicats accueillent les jeunes salariés à leur arrivée, plutôt que de laisser les directions leur expliquer les règles de l’entreprise. Nous lançons cette semaine une série de guides à leur intention pour leur faire connaître leurs droits. Trop souvent, nous leur renvoyons une image négative de l’entreprise. On se bat pour les embauches. Il faut leur dire qu’on est content qu’ils soient là. Et après, on discute.

Chez Renault et PSA, la CGT a été sanctionnée aux élections professionnelles pour ne pas avoir signé les accords de compétitivité. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Ce n’est pas vrai partout… Ces deux entreprises ont profondément changé, c’est un choc pour les salariés. Dans ce contexte, ils ont du mal à croire qu’un avenir meilleur est possible. Or nous défendons l’idée que l’on peut créer de l’emploi dans l’automobile ! Avec une population vieillissante, il est plus simple de signer un accord sur des départs volontaires. Notre message passe difficilement auprès de personnes à qui l’on répète qu’ils sont des salariés du passé. Nous pensons qu’il y a une place pour les anciennes et les nouvelles industries. Dans la sidérurgie, les salariés ont de l’avenir, même si les hauts-fourneaux ferment. Le plus inquiétant, c’est qu’autant de salariés aient envie de quitter l’entreprise à 56 ou 57?ans. En termes de motivation, d’attachement à son travail et à son entreprise, cela devrait interpeller tout le monde.

L’entreprise devrait être un lieu d’épanouissement ?

Elle le devrait, mais c’est loin d’être partout le cas. L’entreprise est trop souvent un lieu de souffrance. Les conditions de travail se dégradent, les burn out et le stress touchent toutes les catégories. On devrait s’éclater au travail !

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