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Poussée de fièvre dans les usines

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A l'occasion des négociations annuelles obligatoires, les conflits se multiplient. Publiée en exclusivité par « L'Usine Nouvelle », l'étude de C & B Alternative sur la rémunération des agents de production éclaire d'un jour nouveau le débat sur le pouvoir d'achat.

Un budget global de +3,3 %, des augmentations générales de 1,5 % pour les ouvriers et les techniciens, assorties d'une garantie d'évolution minimale sur les trois dernières années de 6 %. Chez Snecma, l'accord annuel sur les salaires a été signé, le 14 février, par la CFE-CGC et la CFTC, deux syndicats minoritaires. « Insuffisant ! », ont rétorqué la CFDT et la CGT, les organisations majoritaires qui ont appelé à une manifestation devant le siège du groupe Safran, le 13 mars. Et qui réclament des mesures complémentaires, telle qu'une prime de transport. « Cela faisait très longtemps qu'il n'y avait pas eu ce type de mouvement dans le groupe ! Sur le site de Genevilliers, la mobilisation a duré deux semaines », explique Marc Aubry, le délégué syndical central CFDT de Snecma (8 500 salariés, dont deux tiers de non-cadres).

Un mécontentement relayé par la classe politique

Valeo Eclairage à Ecouflant (Maine-et-Loire), MBDA, Alstom Turbomachines : Snecma est loin d'être un cas unique. Depuis le lancement des traditionnelles négociations salariales obligatoires à l'automne, la liste des entreprises industrielles perturbées par des grèves ou des débrayages ne cesse de s'allonger. Au coeur de ces mouvements, la revalorisation des salaires des ouvriers, techniciens et agents de maîtrise qui, comme le montre l'étude de C&B Alternative publiée en exclusivité par « L'Usine Nouvelle », oscillent, pour leur partie fixe, entre 20 500 euros et 33 150 euros bruts annuels (lire ci-dessous).

L'amélioration de la situation sur le marché de l'emploi - avec un taux de chômage de 7,5 % en décembre 2007, le plus bas depuis 1983 - a contribué à relancer les revendications. La rémunération apparaît désormais en tête des préoccupations des Français (52 %), loin devant l'emploi (27 %) et le temps de travail (17 %), selon un sondage Ipsos-Institut Manpower pour l'emploi publié début mars. En martelant durant la campagne présidentielle qu'il serait le président du pouvoir d'achat, Nicolas Sarkozy a aussi suscité de fortes attentes parmi les bas salaires. Attentes que la loi de défiscalisation des heures supplémentaires, adoptée en août dernier, n'a pas comblées. Dès le lendemain des élections municipales, François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste, a d'ailleurs demandé une revalorisation du Smic dès le mois d'avril, estimant que le gouvernement devait entendre le message des Français « sur le pouvoir d'achat ».

En attendant, faute de marges de manoeuvre gouvernementales, salariés et organisations syndicales se sont tournés vers les entreprises. Avec un argument en or : le rythme de l'inflation s'est établi à 2,8 % en février par rapport à il y a un an et pourrait même atteindre 3 % en mars, selon l'Insee. « La publication du taux d'inflation nous a pénalisés. Les négociations ont été très tendues, ce qui est très inhabituel chez nous », confirme le directeur des ressources humaines d'un grand groupe industriel. Lorsque le contexte dans lequel évolue l'entreprise est propice aux revendications, les employeurs n'ont eu d'autre choix que de s'adapter. Illustration dans une PMI spécialisée dans le décolletage et installée en Haute-Savoie : la pression immobilière couplée à un redémarrage de l'activité après plusieurs années de difficultés ont généré de fortes attentes. « Depuis septembre, j'ai vu défiler pas mal de monde dans mon bureau. J'ai dû réagir car, avec des salaires oscillant entre 2 000 et 2 500 euros net, je suis en dessous de ce qu'offrent mes concurrents et j'ai du mal à rester compétitif ! », souligne le PDG.

Priorité aux coups de pouce pour tous

Dans la majorité des entreprises, la pression a porté sur le volume des augmentations générales. Depuis plusieurs années, en effet, les employeurs tentent d'individualiser les coups de pouce annuels pour les ouvriers et les techniciens, une pratique longtemps réservée aux cadres et agents de maîtrise. Grâce à un système mixte, ils proposent sous forme d'augmentation générale de quoi absorber l'évolution du coût de la vie et récompensent sous forme de hausses individuelles les salariés qu'ils jugent les plus performants (lire ci-dessus). Seul problème : cette année, leur offre ne couvrait pas l'inflation. « La direction nous propose une hausse générale de 1,6 % au 1er avril et deux augmentations individuelles de 0,5 % en avril et 0,5 % en octobre. Cela ne rattrape même pas la baisse du pouvoir d'achat ! », regrette Alain Aubert, délégué syndical central CFDT chez Sogerma où une nouvelle réunion de concertation avec la direction est prévue le 26 mars.

Pour éviter un conflit, les plus grosses entreprises ont fait, cette année, machine arrière et proposé des revalorisations à tous leurs salariés. Après une journée de grève, le 18 février, la direction de L'Oréal a accepté de couvrir, avec des augmentations générales et une prime de 250 euros bruts, la progression de l'inflation. Chez Renault, l'enveloppe des hausses générales a été portée à 2,5 % dans l'accord signé fin février alors qu'elle n'avait été que de 1,5 % en 2007. « Sur les augmentations générales, nous sommes allés plus loin que ce que nous avions prévu, confirme le DRH d'un grand groupe industriel. Et nous avons changé notre calendrier : elles ont été attribuées en janvier alors qu'en temps normal, elles sont versées en avril et en septembre, ce qui a eu un impact important sur l'évolution de notre masse salariale. »

Pas de quoi, cependant, mettre en danger la compétitivité de ces groupes : « Ils ont engrangé des gains de productivité importants et peuvent absorber ces hausses », confirme Mathilde Lemoine, directrice des études économiques chez HSBC. Le contexte est différent dans les entreprises plus petites qui craignent de se mettre en danger en gonflant la masse salariale sans possibilité de retour en arrière en cas de retournement conjoncturel. La plupart ont opté pour la distribution de primes qui pèsent déjà très lourd dans la rémunération des ouvriers (lire page 10). Dans une entreprise spécialisée dans le prototypage, le PDG a, par exemple, attribué entre un et trois mois de salaire sous forme de bonus à son personnel de production. En revanche, seul un ouvrier - sur les 20 que compte l'entreprise - aura une augmentation de salaire.

Autre exemple dans une PMI de la mécanique : la loi Travail, emploi et pouvoir d'achat d'août 2007 autorisant le versement d'une prime exceptionnelle dans les entreprises de moins de 50 salariés qui n'ont pas de participation, la direction prévoit de répartir 20 000 euros entre ses 40 salariés d'ici au mois de juin. Avec ces coups de pouce et la fin prochaine de la grosse vague de négociations, les revendications salariales devraient marquer une pause. Mais elle sera de très courte durée si l'inflation conserve son rythme rapide et si le Smic - toujours valeur de référence pour les bas salaires - est revalorisé dès le 1er mai. Avec l'arrivée du printemps, quelques banderoles ris- quent fort de refleurir. .

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