Pourquoi une alliance de Boeing et Embraer pourrait être moins forte que celle d'Airbus et Bombardier

La presse brésilienne assure que le rapprochement entre Boeing et Embraer se précise. Il aboutirait à une coentreprise et non une prise de contrôle comme c’est le cas d’Airbus pour le CSeries de Bombardier.

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Pourquoi une alliance de Boeing et Embraer pourrait être moins forte que celle d'Airbus et Bombardier
Embraer E195-E2, à sa sortie d'usine le 7 mars 2017

La finalité est la même, pas la manière d’y parvenir. Suite à la prise de contrôle d’Airbus du programme CSeries de Bombardier en octobre dernier, Boeing ne cache pas son ambition de se rapprocher de l’avionneur brésilien Embraer. Le calendrier pourrait être en train de s’accélérer : la presse brésilienne, précisément le quotidien O Globo, assurait vendredi 3 février que Boeing et Embraer se sont mis d’accord pour créer une société commune pour la commercialisation des E-Jets d’Embraer. Pour le moment, aucune des deux entreprises n’a souhaité réagir.

La contre-attaque de Boeing ne surprend pas qui s’inscrit dans la même stratégie que celle d’Airbus. L’avionneur américain cherche à compléter sa gamme d’avions commerciaux par le bas à peu de frais, avec le programme d’appareils modernisés, la famille E2. Une famille d’avions de 100 à 150 places qu’Embraer a justement lancée pour répondre au CSeries de Bombardier lancé en 2008. Les trois versions de la famille E2 doivent entrer en service entre 2018 et 2020. Quant à l’avionneur brésilien il va pouvoir compter sur la force de frappe commerciale de Boeing pour soutenir les ventes de ses appareils, en concurrence avec ceux de Bombardier.

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Bombardier attendait le chevalier blanc

Reste que la symétrie n’est qu’apparente. "Alors qu’Airbus a pris le contrôle du programme CSeries de Bombardier et l’a acheté, comprenant tous les actifs, les ingénieurs ou bien encore la production, l’alliance entre Boeing et Embraer sera d’une autre nature, analyse un expert du secteur. Le périmètre de la société commune reste à définir mais semble se restreindre à la seule vente des appareils". D’ailleurs, les deux avionneurs collaborent déjà sur l'avion de transport militaire KC-390 du brésilien, Boeing étant impliqué dans la partie commerciale. Mais il faut dire que la situation de Bombardier et d’Embraer n’est pas la même.

D’un côté l’avionneur canadien – actif depuis la fin des années 80 – a cumulé les déboires ces dernières années et engloutit les milliards. Les autorités canadiennes sont venues à son secours et cherchaient un chevalier blanc qui serait en mesure de redresser le programme et son carnet de commandes. Un sauveur qui n'est pas pour rien dans la situation critique de Bombardier, dont il a cherché à étouffer l'essor de son CSeries avec la remotorisation de sa famille d'A320... Mais il permettait d'éviter une prise de contrôle chinoise.

D’un autre côté, l’avionneur brésilien créé à la fin des années 60 – et privatisé en 1994 – est l’une des fiertés industrielles du pays, et les responsables politiques n’ont cessé ces derniers mois d’affirmer qu’une prise de contrôle par Boeing était inenvisageable, en particulier pour toutes les activités liées à la défense. En un mot, Embraer est davantage en position de force que ne l’était Bombardier.

Boeing a rapidement besoin d'un accord avec Embraer

Mais Boeing serait prêt à effectuer des concessions, tant la gamme d’avions d’Embraer représente aujourd’hui pour lui une valeur stratégique. Depuis la commande par Delta Airlines de 75 CSeries en 2016, l’avionneur américain qui espérait vendre à cette compagnie aérienne ses monocouloirs 737 tente de reprendre la main. D’où un lobbying intense qui a conduit l’administration Trump à imposer aux CSeries des droits de douane et autres taxes antidumping pour près de 300%. Une situation critique qui a sans doute contribué au rapprochement avec Airbus, ce-dernier misant sur la sa ligne d’assemblage américaine de Mobile (Alabama) comme cheval de Troie.

Fin janvier, Bombardier remportait une victoire décisive : les membres de la Commission américaine du commerce international (USITC) ont jugé que Boeing n’était pas affecté par le programme de l’avionneur canadien. Boeing peut encore faire appel de cette décision. Mais le pragmatisme pourrait l’emporter et inciter l’avionneur à trouver la parade sur le terrain industriel, via un accord rapide avec Embraer. Mais qui lui donnera moins de marges de manœuvre qu’Airbus avec Bombardier.

Olivier James Grand reporter Aéronautique - Défense
Olivier James

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