Pourquoi Toyota veut (un peu) s’éloigner de la méthode kaizen pour développer la voiture du futur

Gill Pratt, le PDG de l'Institut de recherche de Toyota, estime, que pour concevoir une voiture autonome et connectée, il faut mettre en place des méthodes d’innovation de rupture plutôt que de l’amélioration continue. Cette évolution du système de R&D du constructeur japonais ne signifie pas pour autant l’abandon du kaizen, qui a fait la renommée de Toyota.

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Pourquoi Toyota veut (un peu) s’éloigner de la méthode kaizen pour développer la voiture du futur

Toyota a bâti son succès sur une méthode d’organisation industrielle : l’amélioration continue ou kaizen en japonais. Appliquée à la R&D, elle consiste à résoudre chaque jour de petits problèmes pour atteindre petit à petit le design optimal d’une voiture. Un système en place depuis les années 1980, qui a permis au constructeur japonais de se hisser parmi les meilleurs. Lorsque Gill Pratt, ancien de la Darpa (agence R&D de la Défense américaine) et PDG du Toyota research institute, explique lors d’un séminaire technologique le 11 octobre, comme l’a remarqué Les Echos, que le kaizen n’est pas adapté au développement de véhicules autonomes et connectés, cela peut surprendre.

"IL FAUT FAIRE UN BOND"

"La méthode kaizen a fait le succès de Toyota parce qu’elle a permis d’améliorer chaque jour le design de nos voitures. Mais cette méthode n’est plus efficace lorsque l’environnement devient incertain et qu’un nouveau design optimal apparaît. Celui-ci peut être lié au véhicule connecté, autonome, aux services de mobilités… Un nouveau paradigme de conception des voitures émerge", estime Gill Pratt.

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Pour illustrer sa vision, il compare l’ancien et le nouveau paradigme de conception à deux collines. Le sommet de chacune d’elle correspond au design optimal. Sur la première colline, l’amélioration continue permet d’atteindre ce sommet. Mais pour aller sur la seconde colline, bien plus haute que la première, on ne peut pas redescendre puis escalader. "Il faut faire un bond", explique-t-il. En bref, il faut aller vers une innovation de rupture, plutôt qu’améliorer l’existant à petits pas.

Gros budget, itération et prise de risque

Et c’est le Toyota research institute qui est en charge de faire ce saut vers l’innovation de rupture. Cet institut basé dans la Silicon Valley a été créé en janvier 2016. Il est doté d’un budget d’un milliard de dollars (alors que la méthode Kaizen se veut frugale) et de 200 salariés, bientôt 300. Son modèle se veut différent des centres de R&D classiques de Toyota. Gill Pratt y met en place une méthode d’innovation basée sur l’itération et la prise de risque. "Il faut essayer, rater, réessayer, rater…jusqu’au succès. A ce moment-là nous arriverons au sommet de la seconde colline", explique-t-il.

Pour aller vers des innovations de rupture, Toyota compte également s’entourer de start-up spécialistes d’intelligence artificielle, de robotique, d'analyse de données… via son fonds d’investissement Toyota AI Venture créé en juillet.

La fin du kaizen chez Toyota ? Souvent annoncée, jamais vue

Faut-il imaginer le constructeur japonais laisser de côté le kaizen pour passer à une toute autre méthode d’innovation ? Une hypothèse peu probable selon le consultant expert en lean management Michael Ballé. "Pendant un moment je m’amusais à collecter tous les articles qui annonçaient la fin du Kaizen chez Toyota… Cela a souvent été dit mais n’a jamais été réalisé", s’amuse-t-il.

Pour lui, différentes méthodes peuvent cohabiter dans l’entreprise japonaise. "Contrairement à ce que l’on pourrait croire, Toyoyota n’est pas monoidéiste, chacun peut avoir sa vision et différentes méthodes de management peuvent être appliquées." L’expert note que Toyota change sa stratégie tous les trois ans. "Leur force c’est qu’ils sont capables de bien comprendre les problèmes, et selon le problème ils adaptent leur solution." D’ailleurs, la feuille de route vers le véhicule autonome présentée par Gill Pratt lors de la même conférence est largement basée sur… l’amélioration continue.

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