Pourquoi Toshiba choisit de conserver le contrôle de ses mémoires flash au Japon

Pour la vente de ses mémoires flash NAND, Toshiba a sélectionné l’offre d’un consortium mené par des investisseurs japonais. Un choix dicté par le besoin de boucler vite la transaction et surtout l’impératif de conserver les technologies sensibles au Japon.

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Pourquoi Toshiba choisit de conserver le contrôle de ses mémoires flash au Japon
Usine de mémoires flash de Toshiba à Yokkaichi, au Japon.

Soulagement au Japon. Le pays du Soleil Levant ne va pas perdre les mémoires flash NAND de Toshiba. Le géant japonais a sélectionné l’offre de rachat du consortium mené par le fonds d’investissement stratégique nippon Innovation Network Corporation of Japan (INCJ) et la banque publique de développement du Japon (DBJ) avec la participation du fonds d’investissement américain Bain Capital et du fabricant coréen de mémoires SK Hynix. Les détails de l’offre ne sont pas connus. Toshiba doit conclure un accord définitif avant l’assemblée générale de ses actionnaires, prévue à Tokyo le 28 juin 2017. Avec l'espoir d'empocher au moins 20 milliards de dollars.

L'argent, un critère secondaire de choix

Le temps presse. Toshiba doit trouver d’urgence de l’argent frais pour reconstituer ses fonds propres, restaurer l’équilibre de son bilan financier et éviter la banqueroute. Déjà déstabilisé par un scandale de falsification comptable de 1,3 milliard de dollars, il doit faire face à une perte monstre (estimée aujourd’hui à 10 milliards de dollars) de Westinghouse, sa filiale dans le nucléaire aux Etats-Unis. La vente de ses mémoires flash NAND, son joyau industriel, est censée le sortir de l’ornière.

Le montant de l’offre sélectionnée n’est pas connu. Mais il reste inférieur à celui de l’offre du consortium mené par le géant taiwanais de la sous-traitance électronique Foxconn et peut-être même à celui de l’offre du consortium mené par le groupe américain de semiconducteurs Broadcom. Le choix de Toshiba se justifie, non pas par l’argent, mais par deux autres critères importants : le besoin d’aller vite et l’impératif de conserver ses technologies sensibles au Japon.

Pas de changement du paysage concurrentiel

Le groupe japonais veut finaliser la transaction avant la clôture de son exercice fiscal en cours le 31 mars 2018. Avec le consortium mené par INCJ et DBJ, il fait le choix de l’efficacité et de la sécurité. L’opération ne change pas le paysage concurrentiel sur le marché des mémoires flash NAND, SK Hynix étant crédité d’un rôle d’investisseur mineur. Elle devrait obtenir rapidement l’approbation des autorités de la concurrence au Japon, en Chine, aux Etats-Unis ou encore dans l’Union européenne.

Plus important, l’offre retenue est celle qui respecte le mieux les conditions fixées par Tokyo. Le gouvernement japonais ne souhaite pas voir le contrôle des mémoires flash NAND de Toshiba filer hors du Japon et n’a pas caché son opposition à toute transaction présentant des risques de fuite des technologies sensibles en Chine, à Taiwan ou en Corée du Sud. Ce qui exclut la vente au consortium mené par Foxconn en dépit du fait que son offre est la plus élevée : environ 27 milliards de dollars. Quant à l’offre de Broadcom avec le fonds d’investissement américain KKR, donnée pourtant favorite, elle a le défaut de n’inclure aucun partenaire japonais en mesure de rassurer Tokyo. Elle a été donc écartée.

Fiertée japonaise sauvée

Le Japon sauve donc les meubles. Il va pouvoir conserver le contrôle de sa dernière activité dans les puces mémoires, avec tout ce que cela implique en termes d’emplois, de brevets et de technologies. C’est important pour Tokyo qui a assisté impuissant à la perte en 2013 d’Elpida Memory, son dernier fabricant de mémoires Dram tombé en faillite et racheté par l’américain Micron Technology. C’est plus une question de fierté nationale que d’un besoin industriel stratégique, car les mémoires sont considérées aujourd’hui comme des commodités, sorte de matières premières de l’électronique, moins stratégiques que des circuits à grande valeur ajoutée comme les microprocesseurs ou les circuits logiques programmables. Toshiba est l’inventeur de la technologie des mémoires flash NAND. Perdre le contrôle de cette activité, c’est signer la fin des puces mémoires japonaises. Et cela, le Japon n'en veut pas.

Enfin, il y a un intérêt évident à vendre à des fonds d’investissement plutôt qu’à des industriels comme Foxconn ou Broadcom : les fonds d’investissement n’ont pas vocation à rester. Le fonds INCJ intervient pendant une période de transition, ensuite se désengage. Ceci laisse à Toshiba la possibilité de reprendre ses mémoires flash dans quelques années quand il aura retrouvé sa bonne forme.

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