L'Usine Agro

"Pourquoi pas des investissements de Sofiproteol au Maroc dans les filières animales", selon Xavier Beulin

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Entretien Contribuer à structurer les filières agricoles au Maroc, c'est un des axes de Sofiproteol, le bras armé financier de la filière française des oléo-protéagineux qui a pris le contrôle de Lesieur Cristal voilà trois ans. Xavier Beulin, président de Sofiproteol (et de la FNSEA) interrogé par L'Usine Nouvelle lors des rencontres économiques le 25 novembre à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris n'exclut pas son entrée au Maroc dans les filières animales, à l'exemple d'un projet réalisé en Algérie.

Pourquoi pas des investissements de Sofiproteol au Maroc dans les filières animales, selon Xavier Beulin
Xavier Beulin, président de Sofiprotéol
© FNSEA


L'Usine Nouvelle : Quel bilan faites-vous de l'acquisition de Lesieur Cristal ?

Xavier Beulin : Nous rentrons dans la troisième année post acquisition. Le bilan est positif. Nous travaillons avec des équipes très professionnelles chez Lesieur Cristal sans avoir eu besoin de changer de direction vu le niveau de technicité, de conduite et de management dont ces équipes font preuve.

Qu'avez-vous réalisé depuis votre arrivée ?

Nous avons développé de nouveaux produits et de nouvelles gammes en améliorant à la fois tant le packaging, le marketing que la présentation des produits.

Avez-vous des exemples à nous donner ?

Sur la savonnerie, nous sommes allés au-delà du fameux bloc de savon classique que tout le monde connait en créant des savons liquides de la marque Taous. D'ailleurs, ces savons marchent tellement bien que j'ai conseillé aux équipes sur place d'en exporter vers la France en ciblant les ménagères françaises attentives à la qualité, à l'origine et au naturel des produits. Je pense qu'il y a un marché à prendre sur ce créneau.

Et au niveau commercial ?

Nous avons commencer à dynamiser l'export depuis le Maroc vers les pays voisins comme la Mauritanie, le Sénégal, les deux Guinée, le Togo ou le Mali tout en restant en synergie avec les équipes parisiennes.

La notion de filière agricole est importante dans vos métiers et pour votre groupe issu de la coopération. Comment l'organisez-vous ?

Xavie Beulin est président de Sofiproteol, groupe coopératif et principal acteur financier et industriel de la filière française des huiles et protéines végétales. Il est également président de la FNSEA, le syndicat agricole majoritaire en France. Cet autodidacte est aussi exploitant agricole dans le Loiret. En 2011, Sofiproteol a pris le contrôle de Lesieur Cristal jusque là détenu en majorité par le groupe de la famille royale SNI. Lesieur Cristal reste par ailleurs coté à la bourse de Casablanca avec un flottant d'environ 35%. Cette société a réalisé en 2013, un chiffre d'affaires de 4,11 milliards de dirhams (370 millions d'euros) et 125 millions de dirhams de résultat net.

J'insiste régulièrement là dessus car on en parle trop peu. Si vous prenez en amont une graine comme le tournesol, l'huile  et la fraction tourteau qui est revalorisée en nutrition animale, il y a un vrai chantier à mener pour une valorisation complète.

Comment notamment au Maroc?

En s'inspirant de l'expérience française, nous cherchons à voir dans quelle mesure il est possible de structurer au Maroc des filières de la production jusqu'à l'industrie puis dans l'autre sens de l'industrie vers la production agricole aussi bien dans le domaine végétal qu'animal. Nous travaillons ainsi actuellement avec le ministère de l'agriculture à l'émergence d'une filière tournesol.

Et dans le domaine animal, cela veut-il dire que vous êtes prêts à investir dans l'alimentation animale comme en France voire dans l'abattage  ?

Ce sont des sujets qu'il nous faut traiter d'abord avec nos partenaires marocains mais la réponse est oui. En Algérie, on inaugure prochainement une usine d'aliments pour bétail, il serait possible de faire exactement la même chose au Maroc.

D'où un travail d'organisation de la filière à développer...

Il existe une vraie notion de filière dans les deux sens amont-aval et aval-amont. En France, ce sont les agriculteurs qui ont structuré leur filière. Au Maroc, nous avons des industriels comme nous qu'on appelle des agrégateurs qui jouent ce rôle de structuration jusqu'au producteur agricole. Cette politique rentre d'ailleurs parfaitement dans la stratégie du plan Maroc vert.

Le Maroc reste très déficitaire en blé et oléagineux, souhaitez-vous jouer un rôle dans la structuration des filières amont y compris jusqu'au conseil agricole ?

Ce type d'actions faisaient partie des éléments de stratégie annoncés lors de notre reprise de Lesieur Cristal. A savoir un volet amont au niveau de la production agricole. Pour être concrêt, notre objectif est d'atteindre assez rapidement 20 000 ha de tournesol avec toute la filière en appui. En amont, les semences et en aval, la transformation.

Avez-vous les structures adéquates au Maroc ?

Il existe des coopératives au Maroc. Nous travaillons avec la Confédération marocaine de l'agriculture et du développement rural (Comader). Tout cela est mis en œuvre. Par contre, nous avons demandé au ministre un coup de main au démarrage parce qu'on a besoin d'encourager les producteurs.

A quel niveau ?

Il y a un différentiel de rentabilité entre un tournesol au cours mondial lié à des accords internationaux et celui d'une graine produite à un prix intérieur protégé. Pour qu'économiquement les deux cultures soient sur un même pied d'égalité, il faut y mettre quelques moyens.

Que cherchez-vous à mettre en place ?

L'idée est de donner un coup de pouce à l'achat de semences et nous, industriels, en aval, nous allons garantir un prix de reprise au producteur. C'est du gagnant-gagnant. C'est un peu ce que l'on a fait en France pendant quelques années. C'est aussi l'idée de mettre en place une prime à la diversification des cultures. La monoculture de blé n'est pas une bonne solution. Il faut essayer de combiner les cultures.
Propos recueillis par Pierre-Olivier Rouaud

 

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