Pourquoi nous ne pourrons pas copier l'Allemagne

L’Allemagne se retrouve aujourd’hui dans une position privilégiée car elle a cumulé un certain nombre d’avantages compétitifs qui n’ont pas tous à voir avec le coût du travail.

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Pourquoi nous ne pourrons pas copier l'Allemagne

Le président de la République l'a rappelé sans cesse lors de son intervention télévisée dimanche soir : son modèle, c'est l'Allemagne. L'Allemagne qui exporte, l'Allemagne qui maintient son industrie, l'Allemagne qui réforme sa fiscalité, l'Allemagne des salaires modérés, l'Allemagne du dialogue social. Selon Nicolas Sarkozy, il n’y a pas de raison pour que ce qui marche outre-Rhin ne fonctionne pas aussi en France. L'idée est excellente sur le papier... mais sur le papier seulement. Il ne suffit pas de copier-coller le business-modèle allemand pour voir d’un seul coup l’industrie de notre pays rentrer au bercail et nos exportations décoller. Ce qu’oublie de rappeler notre président, c’est que l’Allemagne se retrouve aujourd’hui dans une position privilégiée car elle a cumulé un certain nombre d’avantages compétitifs qui n’ont pas tous à voir avec le coût du travail.

Le premier d’entre eux, c’est la nature de son portfolio industriel. Pour l’exportation, il est nettement mieux orienté que le nôtre. Constitué essentiellement de biens d'équipements (machines-outils Trumpf ou robots Kuka par exemple) et de produits perçus haut-de-gamme (comme c’est le cas pour les BMW, Audi ou Porsche particulièrement prisées en Chine), il ne subit que très peu de pression sur ses prix. Ce qui permet aux industriels allemands de conserver des marges suffisantes pour continuer à innover et investir en Allemagne.

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Deuxième élément : les « messe ». Ces salons internationaux, qui se déroulent à Hanovre, Francfort, Berlin ou Munich, sont aussi une spécialité allemande. Dans des domaines comme la machine-outil (EMO), les transports (Innotrans), l’automobile (IAA Francfort), la chimie (Achema) ou l’électronique (IFA Berlin), le monde entier se rend en Allemagne pour dénicher les dernières tendances technologiques du moment. Du coup, ces rendez-vous sont des show-rooms à domicile pour les grands groupes et ETI du pays. C'est un peu comme s'il faisait du commerce à l'international sans bouger de chez eux.

Troisième idée : le faible coût du travail allemand. Sans rentrer dans une bataille de chiffres, il est bon de se rappeler que notre voisin a bénéficié d’une zone low-cost à domicile grâce à l’intégration de l’ancienne RDA. Bien sûr la réunification fut aussi un coût brut pour le pays, mais elle a redonné des marges de manœuvre aux industriels allemands qui se sont tous empressés d’installer des usines dans l’ancienne RDA. BMW, par exemple, produit une partie de ses voitures premium depuis 2005 à Leipzig avec des coûts salariaux inférieurs à ceux de Munich.

Pour toutes ces raisons, copier le modèle allemand en France se révélera non seulement vain mais inefficace. La seule chose dont l’on pourrait s’inspirer en revanche c’est la capacité des allemands à mettre une stratégie industrielle et de s’y tenir. Avant de nous lancer dans des réformes de manière précipitée, notre pays devrait d’abord définir là où il veut arriver. Un tel travail révélerait sans doute que la question du coût du travail n’est pas le levier essentiel sur lequel nous devons nous appuyer pour redresser notre compétitivité.

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