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Pourquoi Nestlé, en pleine mutation, se réorganiserait en France

Gaëlle Fleitour , ,

Publié le

Nestlé se restructurerait dans l’Hexagone d’ici l’an prochain, selon la CGT. Pourquoi ? L’Usine Nouvelle a interrogé des experts du secteur, et le géant suisse, leader mondial de l'agroalimentaire.

Pourquoi Nestlé, en pleine mutation, se réorganiserait en France © Nestlé

Numéro un mondial de l’agroalimentaire, le groupe suisse Nestlé compte 13 000 salariés, vingt-deux sites industriels et cinq centres de recherche à travers la France, sa troisième filiale après les Etats-Unis et la Chine. Mais il prévoirait surtout de s’y restructurer. Selon le journal Les Echos, ce sont les fonctions support (ressources humaines, finances, marketing...) qui seraient visées et pourraient être concentrées dès l’an prochain dans des centres de services partagés et des centres d'expertise Nestlé, notamment en Europe de l’Est (voir encadré).

Selon la CGT de Nestlé-France, tous les métiers pourraient être concernés à commencer par les fonctions support. Mais la production et la recherche pourraient également être concernées. Le syndicat évoque le transfert de centaines d'emplois. Une réorganisation qui toucherait le plus durement Nestlé-France. "Ce qui a été proposé aux syndicats, c'est une méthodologie, mais il n’y a pas de projet", répond à L'Usine Nouvelle un porte-parole de Nestlé, la direction ne souhaitant pas faire de plus amples commentaires. Selon la CGT, elle devrait pourtant informer dès le mois d’avril les représentants du personnel sur les conséquences sociales du projet.

Un changement de culture pour Nestlé

Cette réorganisation signe un changement de culture pour Nestlé, estime Stéphane Hervé, consultant senior chez Manageria, cabinet de recrutement spécialisé sur la filière agroalimentaire. "Il ne fait que ce qu’Unilever applique depuis quelques années et ce que Mars a toujours fait : la rationalisation à l’extrême des services supports." Avantage, à ses yeux, "Nestlé dispose de produits extrêmement standardisés dans le monde entier", comme ceux de la marque Nescafé, par exemple. Dès lors, il semble aisé de regrouper tous les experts dans un unique centre et les envoyer parcourir les usines du groupe lorsqu’elles rencontrent des problèmes, ou de centraliser le service achats à l’échelle européenne.

Dans l’agroalimentaire, petits prix de vente et gros effets d’échelle…

Ce mouvement de restructuration des fonctions support n’est d’ailleurs pas propre à l’agroalimentaire, témoigne Frédéric Le Moigne, associé du cabinet Proconseil, mais "un mouvement général d’économie", une fois les coûts et lignes de productions optimisés. Beaucoup de groupes désirent aujourd’hui donner plus de responsabilités aux opérateurs sur le terrain, "pouvant laisser certaines fonctions support désœuvrées voire désemparées". Tandis que les frais fixes sont regardés de très près dans l’agroalimentaire, où les prix de vente sont relativement bas et les effets d’échelle assez forts…

D’autant qu’à l’instar des autres poids lourds de l’agroalimentaire, le groupe Nestlé est confronté à la baisse des prix en Europe. "La croissance est très difficile sur ses marchés matures, où il peut même connaître une décroissance car il est attaqué par les marques de distributeurs et les petits acteurs locaux, observe Stéphane Hervé. Donc pour maintenir une rentabilité élevée pour ses actionnaires, il est obligé de prendre des mesures assez drastiques." Le Suisse doit aussi faire face à des mégas fusions sur certains de ses marchés, comme Mondelez International (qui s’est restructuré l’an dernier dans l’Hexagone) avec le néerlandais DEMB dans le café, ou Heinz et Kraft dans la grande consommation.

Nestlé se diversifie dans la santé

Sans compter la faiblesse des cors des matières premières, tandis que ses marchés émergents porteurs, la Chine et le Brésil, continuent de souffrir. Nestlé a donc abaissé en octobre sa prévision de croissance organique pour 2016 à 3,5% (contre 4,2% annoncés), après un troisième trimestre difficile. Tout comme son concurrent français, le groupe Danone, qui anticipe désormais une croissance en 2016 de son chiffre d'affaires légèrement inférieure aux +3%, alors qu'ils attendaient 5% dans un premier temps.

Pour se renforcer, Nestlé entend désormais se diversifier dans la prévention et la santé. Il espèrerait obtenir à terme des ventes de l'ordre de 10 milliards de francs suisses, alors que son chiffre d’affaires global (88,8 milliards de francs suisses) a cru en 2015 de 4,2%. D’où le recrutement récent d’un nouveau patron, Ulf Mark Schneider, qui dirigeait jusqu’alors le fabricant de matériels médicaux allemand Fresenius.

Une réorganisation à l’échelle mondiale
La restructuration menée par le groupe suisse en France, qui entrerait en vigueur dès l’an prochain, s’inscrirait dans le cadre du plan Nestlé Business Excellence (NBE), déployé d’ici 2019 à l’échelle mondiale et opérationnel depuis janvier en Espagne, au Portugal et au Royaume-Uni, selon Les Echos. Objectif de Nestlé, réaliser des gains "en temps et efficacité, rapidité et agilité, qualité et conformité, engagement du personnel et rentabilité".

 

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