Pourquoi les tests sur l'étiquetage nutritionnel pourraient être un coup d'épée dans l'eau

La ministre de la Santé Marisol Touraine a annoncé, le mardi 10 mai, le lancement d'une grande phase de test pour quatre logos nutritionnels, à partir de septembre prochain. Présage de la mise en place imminente de l'étiquetage réclamé par 58 000 consommateurs sur internet ? A moins que ce ne soit le contraire comme semble le croire le professeur Serge Hercberg.

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Pourquoi les tests sur l'étiquetage nutritionnel pourraient être un coup d'épée dans l'eau

Des associations de consommateurs, des comités d'experts dont le Haut Conseil de la santé publique (HCSP) avaient désigné leur favori. Un système dont l'efficacité a été démontrée dans plus de vingt travaux scientifiques. Le professeur Hercberg le préconisait dans le rapport remis en 2014 à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Les jeux étaient faits : "nutri-score", un système à cinq couleurs répartissant les produits en cinq catégories élaborées sur la base d’un score caractérisant la qualité nutritionnelle du produit à partir des teneurs en nutriments majeurs, remportait la manche… mais pas encore la bataille.

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Quatre types de logos testés dans cinquante grandes surfaces

Marisol Touraine a annoncé, le mardi 10 mai, par voie de communiqué, le lancement d'une campagne d'expérimentation. Des tests grandeur nature seront menés en septembre sur quatre types de logos nutritionnels dans une cinquantaine de grandes surfaces, en vue de leur mise en place en 2017. Depuis mars 2015, à l’initiative de la ministre, une grande concertation a été conduite avec des représentants des industriels, des distributeurs, des consommateurs, des patients, des autorités sanitaires et des scientifiques pour déterminer les différents systèmes graphiques possibles.

Plusieurs logos ont été proposés, suivant les deux approches existant aujourd’hui : l’approche analytique, qui présente les principaux composants du produit et les quantifie, et l’approche synthétique, fondée sur un code couleur. A l'issue de cette phase d'expérimentation, un système sera désigné.

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Serge Hercberg, président du programme national Nutrition Santé, professeur de nutrition à la faculté de médecine de Paris 13 / Inserm, et coordinateur de l’étude NutriNet Santé, exprime son scepticisme face à cette méthodologie : "Faire une étude d'évaluation de différents systèmes, c'est extraordinairement lourd et complexe, cela va prendre beaucoup de temps. Cela repousse d'une année au moins la mise en place de l'étiquetage avec le risque que l'on ne soit pas en mesure de démontrer de différences pour des raisons de puissance statistique".

Retarder la mise en place... sans garantie de la part des industriels

Marisol Touraine elle-même avait repoussé l'idée d'une évaluation a priori, lors des discussions parlementaires.

Le professeur Hercberg avait déjà remis, en 2014, un rapport dans lequel il préconisait le recours rapide au code à cinq couleurs… Tout comme l'association de consommateurs CLCV et le HSCP. Sur internet, 58 000 consommateurs ont signé la pétition "Etiquetage nutritionnel alimentaire : les consommateurs français veulent le codage en cinq couleurs !". Mais les industriels, comme les distributeurs, s'opposent fermement à cette formule. Ils estiment qu'elle serait discriminante pour certains produits étiquetés en rouge.

Le rétropédalage du gouvernement est étonnant. D'autant plus que "les scientifiques, les consommateurs n'avaient pas demandé cette phase d'évaluation. Marisol Touraine elle-même avait repoussé l'idée d'une évaluation a priori, lors des discussions parlementaires. Seuls les industriels la demandaient", souligne-t-il.

Le risque ? Que cette expérimentation soit un coup d'épée dans l'eau… "On retarde la mise en place. Mais nous n'avons aucune assurance sur le faut que les industriels mettent ensuite en place un étiquetage. Nous n'avons pas d'engagement formel de leur part qu'ils accepteront les résultats de cette étude", déplore le professeur.

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