Pourquoi les patrons veulent faire de la politique

Face aux manifestations de rues et aux groupuscules incontrôlables prêts à faire la grève des impôts, la CGPME s’est résolue à pousser les patrons à investir le champ politique. Quitte à avouer une forme d’impuissance du syndicalisme patronal à influencer les politiques publiques.

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Pourquoi les patrons veulent faire de la politique

Après Denis Payre, l’ancien patron de Business Objects et de Kiala qui a lancé le mois dernier son mouvement Nous citoyens, c’est désormais un syndicat patronal qui pousse les chefs d’entreprise à se lancer dans la politique. Le 22 novembre, la CGPME, le syndicat des petits patrons, a appelé les chefs d'entreprise à s’inscrire sur des listes pour les prochaines élections municipales.

Pierre Coinaud, chef d'entreprise fraîchement retraité et administrateur, président de la CGPME Limousin, tête de liste centriste (UDI-Modem) à la mairie de Limoges :

"Limoges est la ville où je réside, j'ai voulu m'y impliquer. La société civile ne doit pas être à l'écart de la gestion de notre pays. Les mobilisations actuelles (bonnets rouges...) sont légitimes, mais on peut s'impliquer différemment en tant qu'entrepreneur en s'engageant. Un chef d'entreprise qui s'engage, c'est une vision de projets avec un retour sur investissement financier, social, environnemental, et un éclairage nouveau pour une collectivité".

La démarche a de quoi étonner puisque le militantisme syndical tentait jusqu’à maintenant de ne pas trop se mélanger les pinceaux avec le militantisme politique. Mais le premier ne suffit visiblement plus à certains patrons, pourtant très investis dans le syndicalisme (voir encadrés).

Canaliser les mobilisations

A la tête de l’organisation présidée par Jean-François Roubaud, on récuse un aveu d’impuissance. Mais c’est bien pour contrer des mouvements qui le déborde, comme les "bonnets rouges" qui brisent les portiques en Bretagne ou les "tondus" qui menacent de ne plus payer leurs taxes, que le syndicat s’est résolu à canaliser les actions en proposant un débouché politique.

Charles Locquet, dirigeant d'agences de communication, président de la CGPME de l'Oise, conseiller municipal à la mairie de Beauvais et élu à la communauté d'agglomération du Beauvaisis :

"C'est devenu primordial de faire entendre la voix des entrepreneurs. En tant qu'élu, on ne défend pas son entreprise, mais les valeurs des PME en général et une certaine vision de l'économie. Il faut faire attention au corporatisme, et être conscient qu'être élu d'une collectivité locale entre en conflit d'intérêt avec la défense de ses intérêts d'entrepreneur, je pense à l'obtention de marchés publics par exemple. Je suis convaincu qu'il est important, en tant que dirigeant de PME, de porter les revendications des chefs d'entreprise auprès des pouvoirs publics. La vision économique, le courage, l'aptitude à la gestion de projets, la négociation, l'humanité sont des qualités qui peuvent séduire des responsables politiques. Mais pour embrasser ces différentes casquettes, il faut savoir gérer son temps et ses priorités. L'entreprise reste la première".
"Il y a des organisations qui naissent et qui prospèrent sur l’idée de ne pas payer ses impôts, il faut rester sérieux, la situation est difficile pour les PME mais elles ne justifient pas des mesures pareilles", estime Jean-François Roubaud. S’engager, mais sur quelle liste ? L’organisation patronale se garde bien de trancher en rappelant bien que tous ses adhérents s’engageront à titre individuel.

Elle se contente de rappeler que la CGPME promeut un "libéralisme modéré". Le terme "libéralisme" signifie la promotion "de l’économie de marché", comme l’explique le secrétaire général de la CGPME, Jean-Eudes du Mesnil du Buisson. Quant au terme "modéré", il a sans doute pour but de rappeler que l’organisation n’est pas favorable aux extrêmes.

Lutte contre la pression fiscale

Et si certains chefs d'entreprise s’engagent sur des listes du Front national ou (plus hypothétiquement) du Front de gauche ? "Ils le feront avec leur valeurs. Et pourront peut-être changer les propositions de l’intérieur. On constate que beaucoup de nos adhérents sont, au niveau des communes, sur des listes indépendantes", rétorque Jean Eudes Du Mesnil du Buisson. En réalité, le grand combat que comptent porter ces patrons reste la lutte contre la pression fiscale. Pour eux, il faut désormais être à l’endroit où les décisions se prennent, c’est-à-dire en politique.

"L’inflation fiscale ne date pas d’hier. Il faut réorienter la trajectoire. Quand on veut détourner un avion, il faut se mettre à l’avant", conclut le secrétaire général de la CGPME. Les municipales ne seraient-elles donc qu’une première étape avant d’investir les déserts d’entrepreneurs que sont l’Assemblée nationale ou le Sénat ?

Anne-Sophie Bellaiche, avec Elodie Vallerey

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