Pourquoi les industriels ne veulent pas des médicaments en supermarché 

L’Autorité de la concurrence le préconise, le gouvernement s’y oppose. Tout comme les laboratoires pharmaceutiques. Et pour cause : la vente en grandes surfaces des médicaments sans ordonnance les confronterait aux pratiques d’achat agressives de la grande distribution. 

Partager

TESTEZ GRATUITEMENT L'ABONNEMENT À L'USINE NOUVELLE

15 jours gratuits et sans engagement

Pourquoi les industriels ne veulent pas des médicaments en supermarché 

En ce mois de janvier, les sénateurs s’apprêtent à examiner le projet de loi Consommation. Vont-ils en profiter pour libéraliser la vente de médicaments sans ordonnance, en les autorisant en parapharmacies et grandes surfaces, comme le préconise l’Autorité de la concurrence ? Le 19 décembre, l’institution s’est prononcée en faveur d’une libéralisation "limitée et encadrée" de la vente des médicaments non remboursés. Autoriser leur vente dans ces nouveaux points de distribution engendrerait une économie globale d'environ 270 millions d'euros par an sur un marché annuel de 2,2 milliards, estime l’Autorité de la concurrence.

Faire baisser le prix des médicaments non remboursables

Pas de quoi réjouir les fabricants de produits pharmaceutiques…"Ce soutien en faveur de la libéralisation va de pair avec la volonté de l’Autorité de la concurrence de renforcer le pouvoir de négociation des intermédiaires (grossistes-répartiteurs) et des officines vis-à-vis des laboratoires, estime Renaud Christol, avocat-conseil en droit de la concurrence chez August & Debouzy. Le but est de faire en sorte que le prix des médicaments non remboursables - qui, contrairement à celui des médicaments remboursables, est libre - soit le plus bas possible."

L’objectif de l’Autorité est double : ouvrir la distribution de ces médicaments à d’autres opérateurs que les pharmacies pour instaurer plus de concurrence, et faire intervenir les mastodontes de la grande distribution, habitués à des pratiques d’achat plus agressives pour écouler de gros volumes. "Dans l’Avis de l’Autorité, il y a l’idée sous-jacente que, sur ces produits, les laboratoires dégagent des marges significatives, précise Renaud Christol. Et même si les prix baissaient, les fabricants s’y retrouveraient selon elle car cela créerait un cercle vertueux dans le secteur, avec plus de reconnaissance de l’innovation sur les médicaments remboursables et les blockbusters."

Les industriels pas convaincus par l’exemple italien

A l’Afipa, le syndicat regroupant les industriels de l’automédication, on ne montre pas le même enthousiasme. Dénonçant "un effet d’annonce", l’Afipa dit ainsi regretter "une proposition injustifiée au regard de la réalité objective des expériences européennes en la matière". "Contrairement à ce qui est affirmé dans l’avis et malgré une diminution initiale des prix lors de la libéralisation de la vente des médicaments d’automédication en Italie, il s’avère en effet que ce modèle de distribution n’y a finalement pas favorisé une diminution des prix (le prix moyen d’une spécialité d’automédication dans les grandes surfaces étant passé en Italie de 5,70 euros en septembre 2011 à 5,90 euros en septembre 2013, soit une augmentation de 3.6 % en deux ans), affirme le syndicat. Par ailleurs, l’Italie affiche un prix moyen sur les médicaments d’automédication largement supérieur à celui de la France (7,30 euros contre 4,50 euros)."

Le risque d’une forte pression de la grande distribution

Selon les industriels, les prix français des médicaments d’automédication seraient même parmi les plus bas d’Europe et connaîtraient une baisse continue et significative depuis quatre ans. Combat de chiffres… Mais au fond, que risquent les laboratoires ? "Dans d’autres secteurs dans lesquels les opérateurs et la grande distribution sont puissants, comme l’hygiène, les industriels sont complètement pressurés par la grande distribution, explique Renaud Christol. Dans la pharmacie, on peut penser que les laboratoires disposant d’un pouvoir de négociation moins élevé ou de produits pas forcément indispensables dans les linéaires souffriraient un peu dans la relation avec la grande distribution. Mais même si cette libéralisation intervenait, cela serait quand même relativement long pour que des effets d’équilibrage se fassent sentir : l’achat de médicaments entrerait dans des négociations annuelles. Un encadrement étant nécessaire, il faudrait aussi que les grandes surfaces recrutent des pharmaciens…" Cette ouverture de la concurrence doit en effet s'accompagner "de la présence d'un pharmacien diplômé, de la création d'un espace de vente dédié et de l'obligation de délivrance d'un conseil", préconise l’Autorité de la Concurrence.

Que l’industrie se rassure : les médicaments sans ordonnance ne sont pas près de déferler en supermarchés. D’autant que la ministre de la Santé, Marisol Touraine, y est encore opposée. A moins que les parlementaires ne tentent d’y mettre malgré tout leur grain de sel…

Gaëlle Fleitour

Gaëlle Fleitour Rédactrice en chef, en charge du Web
Gaëlle Fleitour

Partager

NEWSLETTER Santé
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Recevez directement leurs décryptages et analyses dans votre boîte mail:

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

L'inscription aux newsletters vaut acceptation des Conditions Générales d'Utilisation. Lire la suite

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

Fermer
LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

ARTICLES LES PLUS LUS