Pourquoi les hydroélectriciens d’EDF ont le blues

Fournissant 10 % de la production électrique d’EDF, soit 42,7 TWh, le parc hydraulique fait de l’électricien français le premier producteur d’énergies renouvelables d’Europe. Mais qui le sait ?

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Pourquoi les hydroélectriciens d’EDF ont le blues
Reconception de l'aménenagement de Romanche Gavet, plus grand chantier hydroélectrique de France

"L’eau est la première énergie renouvelable électrique dans le monde, en Europe, en France et pour EDF", rappelle Yves Giraud, directeur hydraulique à EDF. Pourtant, personne n’en parle ou presque, regrettent les hydroélectriciens d’EDF. Il n’y en a que pour le nucléaire et les grands projets des nouvelles énergies renouvelables, comme le parc solaire géant du désert d’Atacama au Chili, inauguré en décembre 2016.

Il est vrai qu’EDF n’a pas lancé de grands aménagements hydrauliques depuis un moment. En France, le dernier ouvrage inauguré était l’aménagement du Rizzanese, en Corse-du-Sud, en 2013. Cela faisait 20 ans que cela n’était pas arrivé. À l'international, il faut remonter à mars 2010, avec l’inauguration du barrage (1,070 MW) de Nam Theun au Laos. Le prochain sera au Brésil, avec l’aménagement hydroélectrique du barrage de Sinop de 400 MW, mené par la filiale brésilienne EDF Norte Fluminense. Débuté en 2014, il doit être inauguré en 2018. Quant au projet d’une centrale hydroélectrique de 420 MW au Cameroun, sur le fleuve Sanaga, au lieu-dit Nachtigal, il faudra attendre 2020. De grands chantiers rares et complexes à lancer.

Moins de grands projets dans le monde

Au niveau mondial, la filière emploie 1,519 million de personnes pour le grand hydroélectrique, dont 60 % pour l’exploitation et la maintenance, selon la dernière étude de l'Agence internationale pour l'énergie renouvelable (IRENA) sur l’emploi mondial dans les énergies renouvelables. Mais le secteur le plus important en termes de puissance installée pour les énergies renouvelables (47 %) dans le monde, est en perte de vitesse depuis 2013, avec encore une baisse de 7 % d’emplois par rapport à 2015, principalement à cause de la Chine, où les installations en 2016 ont été réduites de moitié. Seul le petit hydroélectrique, qui emploie 211 000 personnes dans le monde, selon les estimations de l’Irena, marque un certain dynamisme avec une croissance de 4 % en termes d’emplois.

En France, la petite hydroélectricité, - malgré un potentiel de 1 000 MW en France -, ne fait pas rêver. Pourtant, un appel d’offres lancé en France en 2016 pour la construction de nouvelles installations complètes (barrage et centrale hydroélectrique) a permis de sélectionner 19 nouveaux projets pour une capacité totale de 27 MW, "dont trois gagnés par EDF" précise Yves Giraud. Et un nouvel appel d'offres pluriannuel pour la construction de nouvelles petites centrales hydroélectriques représentant un total de 105 MW a été lancé en avril 2017.

Certes, 105 MW ne sont rien comparés aux 20 GW de puissance installée par EDF dans 433 centrales, derrière 622 barrages et 83 petits aménagements gérés par des filiales. Mais pour accroitre de 500 à 750 MW l’hydroélectricité en France d’ici à 2023, comme le prévoit le décret relatif à la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), l’optimisation de la productivité de la grande hydroélectricité ne va pas suffire. Et la petite hydroélectricité va compter.

Des chantiers de rénovation peu médiatiques

Un discours que les hydroélectriciens d’EDF semblent avoir du mal à faire entendre. La priorité est aux rénovations et la maintenance de l’existant. Le parc hydroélectrique français, avec des ouvrages d’une moyenne d’âge de 72 ans, avait subi un sous-investissement jusqu’en 2006-2007. "On était tombé à 40 millions d’euros par an", reconnaît le patron de l’Hydraulique d’EDF. Mais c’est fini. Depuis quelques années, EDF investit désormais entre 400 et 450 millions d’euros par an, dont environ un quart sur de nouveaux projets. Et certains chantiers de rénovation, comme la reconception complète de la centrale de Gavet sur la Romanche avec le creusement d’une conduite d’eau sous la roche de 10 km et la construction d’une usine enterrée pour remplacer 6 centrales et 5 barrages, n’ont rien à envier à la création d’un nouveau grand barrage. "C’est même le deuxième plus grand projet hydraulique d'Europe", se félicite Daniel Pierra, le chef de l’aménagement Romanche-Gavet. Le deuxième seulement, - le premier étant en Suisse -, donc difficile à valoriser médiatiquement.

Côté innovation, hormis le projet expérimental d’hydrolienne avec DCNS au large de Ploubazlanec (Côtes d'Armor), EDF n’a que des innovations incrémentales, qui n’intéressent que les spécialistes, à faire valoir. Et quand, en plus, l’Europe devrait obliger la France à casser le monopole d'EDF et ouvrir un certain nombre de concessions d’hydroélectricité, on comprend pourquoi les hydroélectriciens d’EDF affichent un petit moral.

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