Pourquoi les Etats font la course aux nano-biotechnologies

Les nano-biotechnologies proposent une conjonction salutaire à la revitalisation de l’innovation radicale dans les sciences de la vie. Et présentent un relais économique intéressant pour les Etats.

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Pourquoi les Etats font la course aux nano-biotechnologies

La recherche de l’avantage de pionnier dans la haute technologie a nourri au niveau mondial une course technologique particulièrement intense. Aujourd’hui, de nombreux pays cherchent le leadership dans des secteurs émergents à enjeu économique, social, voire géostratégique, importants. Dans cette course technologique, on note un intérêt particulier des Etats aux biotechnologies et aux nanotechnologies.

Cet intérêt est en effet central dans les politiques publiques du fait que ces activités génèrent des externalités positives à effet d’entrainement et développent la transdisciplinarité au sens où leurs produits sont le résultat de l’interaction de plusieurs disciplines scientifiques et techniques et leurs domaines d’application sont multiples. Les nanotechnologies favorisent en effet l’innovation radicale, des révolutions technologiques, dans de nombreux domaines, et particulier dans celui des sciences de la vie.

Ruée sur les nanotechnologies

Sur la période 1998/2003, l’investissement dans les nanotechnologies a été multiplié par six en Europe et par huit aux Etats-Unis et au Japon. L’investissement mondial (public et privé) dans la R&D en nanotechnologies dédiés aux sciences de la vie représentait 1,55 milliard de dollars en 2005, soit 17% de la mobilisation financière mondiale de 9,1 milliards de dollars. L’investissement privé en nanotechnologie a été à la même date de 5 milliards de dollars, dont 260 millions au profit des nanomédecines.

Sur la période 1995/2005, l’investissement mondial du capital risque dans les applications de nanotechnologies à la médecine a augmenté de 175% (Leem/Bionest Parteners, 2009). Le marché mondial des nanomédecines est en forte croissance. En effet, de 2% du marché mondial des nanotechnologies en 2007, il est prévu que cette part passerait à 17% en 2015 avec un potentiel en volume de 170 milliards de dollars (Bionest Parteners/Leem 2009). Ce marché est pratiquement dominé par l’Asie avec une part de marché de 44%, talonnée par les Etats-Unis avec 27% de parts et de l’Europe avec 24%.

La nano-médecine freinée en France

Ces chiffres montrent que, dans le domaine des sciences de la vie, les nano-médecines sont aujourd’hui une réalité à enjeux multiples. Cependant, sur le plan des faits les firmes de nanomédecines, à l’instar des firmes de biotechnologie dédiées aux sciences de la vie, connaissent en France des contraintes qui limitent leur capacité d’innovation, voire leur potentiel de développement.

Parmi ces contraintes, on note en particulier les difficultés structurelles à atteindre la taille critique, la faiblesse des aides et des soutiens financiers publics à l’innovation, la frilosité des marchés financiers à accompagner les projets dans ce domaine perçus comme un investissement très aléatoire en termes d’applications industrielles et commerciales, l’absence de fougue chez les industriels et les grands laboratoires pharmaceutiques à accompagner en amont du processus d’innovation les projets de R&D en nanotech'.

Ces derniers sont plutôt intéressés par les solutions apportées par les nano-médecines que par la technologie elle-même, or, les solutions apportées par les nano-médecines à des pathologies non traitées par la médecine classique ne sont pas nombreuses aujourd’hui au sens où les applications connues sont majoritairement orientées sur du drug delivery. Ils lient souvent en effet leur implication dans les start-ups dédiées aux nano-médecines au stade atteint par le produit dans le processus d’innovation. C’est ainsi que les partenariats, voire les rachats de start-ups, sont conclus sur des projets matures en phase 2 ou 3 dans le processus d’innovation.

Résultat, en France, les firmes de haute technologie dédiées aux nanomédecines restent rares et limitées en taille. A fin 2009, elles ne dépassaient pas la douzaine focalisées pour l’essentiel sur le diagnostic, l’imagerie et l’amélioration thérapeutique (Ademtech, Guerbet, Flamel technologies, Nanobiotix, Bioalliance Pharma, ….) et adossées en amont à trois grands centres de recherche en nanomédecines, notamment le Leti/CEA de Grenoble.

Favoriser la pluridisciplinarité

Or la nanomédecine permettra à la médecine de franchir les obstacles qu’elle rencontre aujourd’hui, notamment les diagnostics trop tardifs de certaines maladies, l’inefficacité et les effets indésirables des médicaments et l’incapacité à régénérer des organes ou des tissus lésés. Dans de telles stratégies, la recherche de la convergence technologique pluridisciplinaire devrait être centrale.

Les nanotechnologies et les biotechnologies dédiées aux sciences de la vie s’accommoderaient parfaitement à cette perspective, car relevant de logiques processuelles identiques et ayant des activités transverses et complémentaires à fortes synergies. Cette convergence est concrètement faisable au sens où de nombreuses applications en nanomédecines sont encore en l’état de R&D. C’est le cas, notamment, des matériaux implantables, de la chirurgie, des biocapteurs et biodetection, des implants actifs. Ces stratégies, qui consisteraient à promouvoir par des politiques publiques idoines, les regroupements (fusions), les partenariats et les alliances stratégiques dans la recherche, comme dans le développement, dans ces deux filières, pourraient s’inscrire dans le sillage de la mise œuvre du rapport Gallois (pacte de compétitivité) et du Conseil stratégique des industries de la santé.

Les retombées de ce rapprochement ne peuvent être que multiples, notamment l’accroissement du nombre de firmes de nanobiotechnologie dédiées aux sciences de la vie :

- la mutualisation des ressources (technologiques, humaines et financières) et des risques inhérents aux projets R&D de firmes vivant les mêmes contraintes sur le plan financier, technologique et environnemental

- l’atténuation du cloisonnement sectoriel et des contraintes liées au transfert technologique intra et intersectoriel et au passage de la découverte à l’application industrielle et commerciale

- la lutte contre la panne d’innovation grâce à la convergence de technologies favorisant la réorientation efficace du modèle R&D et la découverte de produits innovants dans un secteur affaibli par l’assèchement des pipelines en produits à fort potentiel

- l’éclosion de firmes transdisciplinaires de taille critique, car dans les deux filières, biotechnologie et nanotechnologie, ne sont pas nombreuses les firmes de taille intermédiaire (ETI)

- une meilleure optimisation des aides et des soutiens financiers publics par un ciblage pointu des besoins.

Nacer Eddine Sadi & Arsia Amir-Aslani, professeurs à l'Ecole de management de Grenoble

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