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Pourquoi les compteurs intelligents peuvent rester bêtes

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Que faut-il attendre des compteurs intelligents ? Peu, répond Jean Therme, directeur délégué aux énergies renouvelables du CEA en marge d’une conférence de presse.

Pourquoi les compteurs intelligents peuvent rester bêtes

L’élu local qui se confie à l’Usine Nouvelle.com est bien déçu par le compteur Linky. Développé par ERDF (qui a sous-traité le tout à la SSII Atos Origin) et déployé à titre expérimental depuis le 16 mars, le compteur dit intelligent pourrait selon lui mieux faire. A ses yeux, donner en temps réel le niveau de la consommation d’électricité n’est pas suffisant. Linky présente l’avantage d’informer et de permettre au consommateur de moduler sa demande, en réalisant des économies d’énergie. Mais de là à ce que celui-ci regarde son compteur pour arrêter tel ou tel appareil... « Pourquoi ERDF (et à moindre échelle GRDF) n’a-t-elle pas choisi d'en faire une véritable interface pilotant la mise en marche du chauffe-eau, du climatiseur, des radiateurs ? » interroge l’élu. « Pour l'heure ce compteur vise juste à faire des économies de personnel en limitant le déplacement pour les factures, et à pouvoir couper l’électricité à distance aux mauvais payeurs », incrimine-t-il.

Entre 2012 et 2017, Linky devrait pourtant vraisemblablement remplacer les 35 millions de compteurs électriques français en fonctionnement. En expérimentation sur 300.000 foyers pour l’instant, le compteur électrique est la propriété des collectivités locales, ERDF n’étant que le concessionnaire de 95% des lignes auprès de ces dernières. La France n’est sur ce segment pas en avance : en termes de compteurs dits « intelligents », la Suède et l'Italie sont par exemple déjà équipées pour l’ensemble de leur parc.

Miser sur la « box » plutôt que sur le compteur

Les promesses des réseaux intelligents : 65 milliards de dollars en 2013

Selon le cabinet d'études Lux Research, le marché du smartgrid (gestion intelligente de réseaux électriques) pèsera 65 milliards de dollars en 2013 contre 42 milliards en 2008.
Sont compris les compteurs intelligents ainsi que les technologies de réseau, mais aussi les systèmes de stockage dont les batteries (pour le réseau et pour les véhicules électriques), les supercondensateurs ainsi que les piles à combustible, mais pas la production d'énergie nouvelles.
Batteries, la poule aux œufs d'or. L'essentiel du marché des smartgrid, selon Lux, ne viendra pas des compteurs, qui ne représenteront qu'une "petite" part de 4,7 milliards de dollars en 2013 mais surtout de tout ce qui touche aux batteries.http://www.luxresearchinc.com/info/smr?power_smr
« L’intelligence n’est pas à un seul endroit », répond aux interrogations de l’élu Jean Therme, directeur délégué aux énergies renouvelables du CEA, interrogé par l’Usine Nouvelle.com.  « Smart-box dans la maison, borne pour la voiture électrique… Le compteur n’aura pas toutes les fonctionnalités. Sinon, au rythme auquel le software devient obsolète, il faudrait changer de compteur tous les deux ans ! » Or l’Italie a mis sept ans pour remplacer son parc, rappelle-t-il, indiquant qu’il s’agit d’une opération très lourde. « Couper le courant, changer le compteur… cela prend déjà deux-trois heures. Le ménages doivent réinitialiser tous leurs appareils…»

Pragmatisme oblige, mieux vaut que le compteur ait un certain nombre limité de fonctions, et que les ménages changent leur « box » en aval tous les deux ans, indique Jean Therme, par ailleurs patron de la recherche technologique et du centre de Grenoble Au CEA. « Aujourd’hui, on demande juste aux compteurs de modifier le prix selon l’heure creuse et l’heure pleine, et de permettre des opérations de télémaintenance. Il ne faut pas demander au compteur ce qu’il ne peut pas faire ». Autrement dit, il n’est absolument pas gênant d’un point de vue technologique que les compteurs intelligents soient bêtes.

Smart grid : « celui qui a accès à l’abonné est bien parti »

L’enjeu de l’intelligence du réseau électrique se déplace sur l’aval. La plus forte valeur ajoutée ne réside même pas dans les « box », mais dans les batteries stockant l’énergie voulue (voir encadré). « Tout le monde a vu que c’était un bon business, mais personne ne sait s’il y a beaucoup d’argent à se faire », indique le directeur délégué aux énergies renouvelables du CEA interrogé sur les potentiels champions de ces « box ». Le modèle économique reste en effet à trouver : peu de ménages accepteraient de payer un surcoût de 500 euros dans l’immédiat, pour un retour sur investissement réalisé par les économies d’énergie dans 5 ans. Le marché n’est par ailleurs pas si simple : les constructeurs d’automatismes dans les machines à laver et autres appareils domestiques influent sur la technologie future, « tout le monde s’en mêle », indique le « monsieur énergies renouvelables » du CEA. Le gagnant dépendra particulièrement des normes, indique-t-il.

Une chose est sûre, la bataille du "smart grid" aura lieu entre grand industriels : Intel, Microsoft, Google, EDF, GDF Suez, Schneider…  Atos Origin, qui travaille déjà depuis vingt ans dans le domaine du nucléaire et met en œuvre le réseau Linky, a d’ailleurs annoncé fin mars la création d'une filiale dédiée à la gestion intelligente de l'énergie. Il prévoit d'employer plus de mille ingénieurs dédiés, de la production à la distribution en passant par le transport, et ce jusque chez le consommateur individuel.

Au final, il s’agira d’une « lutte entre grands acteurs de l’énergie et des NTIC », prévoit Jean Therme. « L’histoire des télécommunications montre que l’aventure n’est pas linéaire, les lignes bougent. Elle montre aussi que les opérateurs ont repris la main sur tout le monde », souligne ce denier. « Celui qui a l’accès à l’abonné est bien parti ».

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1 commentaire

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14/04/2010 - 11h28 -

EDF abuse du terme "intelligent" (seuls les humains peuvent s'en targuer, et encore...)
en attendant c'est un compteur destiné à servir d'abord et avant tout les intérêts d'EDF et surtout pas ceux des usagers ( les tarifs EDF sont toujours aussi abscons )

nota: de quelle intelligence un "usager" d'EDF doit-il être pourvu pour déchiffrer ces tarifs?
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