Pourquoi le vaccin universel contre le cancer n’est pas pour tout de suite

La publication d’essais sur un vaccin présenté comme capable de soigner tous types de cancers suscite bien des espoirs. Mais au congrès mondial du secteur, qui se tient à Chicago, le scepticisme demeure.

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Pourquoi le vaccin universel contre le cancer n’est pas pour tout de suite

Un vaccin capable de soigner tous types de cancers ? C’est le rêve des patients atteints de cette maladie qui tue encore chaque année huit millions de personnes à travers le monde. Et l’ambition de l’entreprise allemande BioNTech, qui a publié le 2 juin dans la revue Nature des résultats prometteurs.

Avec son partenaire universitaire Tron, BioNTech a planché durant quatre ans sur une nouvelle technologie. Objectif, réveiller le système immunitaire du malade afin de l’aider à reconnaître et contrer ses cellules cancéreuses, un concept appelé "immuno-thérapie". Leur innovation consiste à encapsuler des bribes génétiques de cellules cancéreuses au sein de nanoparticules de graisse, qu’ils introduisent dans le système sanguin du malade par voie intraveineuse.

Encore loin d'une potentielle commercialisation

Une technologie expérimentée sur des souris et trois patients, avec des réponses immunitaires similaires et positives, estiment-ils. Mais impossible encore de savoir si les cancers ont réellement disparu. Et le nombre d’humains testés est très limité…

A l’Asco, le congrès mondial de la recherche contre le cancer, qui a ouvert ses portes le 3 juin à Chicago, les experts internationaux interrogés par L’Usine Nouvelle se sont tous montrés intéressés… mais sceptiques. Car on est encore loin d’une potentielle commercialisation. "D’une manière générale, il faut se méfier des résultats précliniques en cancérologie: la transposition en résultats cliniques est très aléatoire, car ce que vous parvenez à démontrer chez l’animal ne se reproduit pas en claquant des doigts chez l’être humain", rappelle Jérôme Garnier, le directeur médical France de la biotech américaine Celgene.

Une "plate-forme universelle" qui fait débat

De nouvelles études sur l’homme doivent encore être menées dans différents types de cancers, nous confie l’équipe de BioNTech. Ce premier essai, auprès de patients atteints de mélanome malin, portait principalement sur les effets secondaires et la tolérance du produit. Mais BioNTech estime disposer d’une "plate-forme universelle pour l’immuno-thérapie du cancer", et d’une technologie facile à produire et à administrer aux patients.

Or, beaucoup ne voient pas encore comment son vaccin pourrait être applicable à tous types de cancers. Avec un vaccin, comment attaquer les cancers métastatiques, se demande William Pao, un des patrons de la recherche en oncologie du laboratoire pharmaceutique Roche, le numéro un mondial des traitements contre le cancer.

Beaucoup de R&D, mais encore aucun vaccin thérapeutique sur le marché

A l’heure actuelle, aucun vaccin thérapeutique dans le cancer n’a été mis sur le marché, sauf un produit controversé ciblant la prostate aux Etats-Unis, rappelle Olivier Mir, de l’Institut Gustave Roussy, le premier centre européen de recherche contre le cancer. Beaucoup de projets ont été abandonnés en cours de route, faute d’avoir su démontrer une efficacité convaincante et reproductible. Sans compter les difficultés de production : la fabrication de la plupart de ces vaccins, réalisée à partir des cellules du patient, requière vingt-cinq étapes et huit à douze semaines ! Des produits personnalisés qui dépasseraient le "million de dollars par individu à traiter" estime Olivier Mir. Qui ne les imagine pas au point avant "dix ou quinze ans".

Pourtant, une douzaine de vaccins sont en phase ultime de développement dans le cancer, selon le cabinet Evaluate Pharma. Principalement par de petites biotechs plus aptes à prendre des risques, comme la française Ose Pharma. Cela reste "une aire de recherche controversée" reconnaît le cabinet. Qui souligne le contraste avec les avancées prometteuses, ces dernières années, des autres voies de l’immuno-thérapie : la classe de médicaments appelée « checkpoints inhibiteurs », la délicate thérapie cellulaire Car-T… Des voies sur lesquelles préfèrent miser les grands de la pharmacie, comme Celgene, Novartis ou Roche. Cela n’empêche pas ce dernier de croire aussi au potentiel d’un projet inédit : développer avec la branche santé du géant français du nucléaire Areva des traitements du cancer à partir d’un radioélément, le plomb 212 (voir notre enquête).

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