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L'Usine de l'Energie

Pourquoi le spectre "Nucléaire de France" revient hanter EDF

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

L’idée de filialiser les activités nucléaires d’EDF, pour lui permettre d’opérer sa transition énergétique vers plus d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, refait surface. Car si l’échéance de 2025 pour amener à 50% le nucléaire dans le mix électrique français est repoussée, l’avenir d’EDF ne s’est pas éclairci pour autant.

Pourquoi le spectre Nucléaire de France revient hanter EDF © DR

Il n'y a pas que chez les banquiers que l'on parle de filialiser les activités nucléaires d’EDF. Avant même les déclarations de Nicolas Hulot dans le Financial Times sur le fait que "la France réfléchissait à un changement de gouvernance d’EDF" et que ce processus "pourrait impliquer de revisiter la structure de l’entreprise", le terme de "Nucléaire de France" circulait depuis un moment en interne chez EDF, notamment dans les propos inquiets des représentants syndicaux.

La publication de la note d’UBS, proposant d’appliquer à EDF la même logique que la scission opérée par son homologue allemand RWE - qui a placé ses activités renouvelables dans Innogy - n’a fait que rendre plus concret un scénario possible de restructuration d’EDF. Car si l’on sait bien que l’Etat français ne peut pas laisser EDF mourir, laisser les choses en l’état n’est pas possible non plus.

Faire face au mur d’investissements

Malgré une recapitalisation de 4 milliards d’euros cette année (dont 3 milliards apportés par l’Etat français, qui détient 83,4% du capital) et l’annonce par Nicolas Hulot de repousser l’échéance de ramener à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique français et donc la fermeture de certaines centrales, l'avenir de l’électricien français s’est encore assombri. 

L’an dernier, EDF avait déjà vu son chiffre d’affaires fondre de 5,1% à 71,2 milliards d’euros. Les responsables de cette chute ? D'abord la fermeture de 18 réacteurs nucléaires sur 58 après la détection d'anomalies dans l'usine Areva-Creusot Forge, mais aussi la baisse des prix de l’électricité.

Pour 2017, l’électricien a déjà revu à la baisse deux fois ses résultats, notamment à cause de la fermeture prolongée de la centrale nucléaire de Tricastin pour cause de travaux sur une digue, et de sa filiale italienne. Une note d’UBS estime que le chiffre d’affaires d’EDF ne sera que de 56,5 milliards d’euros en 2017, soit -20% par rapport à 2016, et ne remonterait qu’à 65,8 milliards en 2018. Selon les prévisions de l’agence de notation Moody’s, les prix de l’électricité en France devraient en effet stagner entre 35 et 40 euros du mégawatt-heure (MWh) jusqu’à 2022. C’est plus que les prix allemands, qui devraient pour leur part osciller entre 30 et 35 euros du MWh, mais cela reste en dessous du prix Arenh, de 42 euros, auquel EDF est tenu de vendre 25% de sa production nucléaire historique aux autres fournisseurs d’électricité depuis 2012.

Rassurer les marchés 

Pas de quoi rassurer les investisseurs. Or que ce soit pour prolonger la durée de vie de ses centrales nucléaires ou pour investir plus massivement dans les énergies renouvelables en vue de les remplacer progressivement, EDF va devoir trouver de l’argent sur les marchés. Le plan de cession d’actifs de 10 milliards d’euros, annoncé par le PDG d’EDF Jean-Bernard Levy, et entamé notamment par la vente de 50% du capital de Réseau de Transport d’Electricité (RTE), sa filiale transport haute tension, à la Caisse des Dépôts, ne suffira déjà pas à résorber l’immense dette. Dans le bilan, cette dernière était chiffrée à 37,5 milliards d’euros  en 2016 - et serait ramenée à 33,5 milliards cette année selon UBS - mais avec les acquisitions et investissements à l’étranger, elle s’élèverait en fait encore à près de 70 milliards d’euros.

"Prolonger ou remplacer les centrales nucléaires va représenter pour EDF un effort d’investissement sans précédent, observe Paul Marty, analyste de l’agence de notation Moody’s. Or les investisseurs ont peu d’appétit pour la génération marchande (la production d’électricité vendue sur les marchés, ndlr). Ceux qui ont investi en actions dans le secteur de l’énergie ont été échaudés par la baisse des prix de l’électricité et des matières premières, et se sont retrouvés actionnaires de sociétés dont les profits ont chuté." Ce risque, les investisseurs ne sont plus prêts à le prendre.

Confronté à cette décroissance de l’attractivité du secteur, l’électricien allemand RWE a choisi de séparer ses activités plus stables d’un côté et les activités plus risquées de l’autre. C’est le modèle qu’UBS a repris pour EDF dans sa note en proposant de placer dans une nouvelle entreprise "NewCo", les activités de distribution d’Enedis (ex. ERDF), de production de renouvelables d’EDF Energies Nouvelles, des services de Dalkia et de ventes en France, Italie et Royaume-Uni. Les activités de production d’électricité en France, au Royaume-Uni, en Belgique et d’hydrocarbures en Italie, de conception et combustible nucléaire d’Areva NP et de marché d’EDF trading étant concentrées dans un EDF "OldCo". Outre la visibilité sur les marchés financiers, créer un EDF NewCo permettrait de lui donner un management dédié, comme chez un autre énergéticien allemand, Uniper, observe UBS dans sa note. Et de séduire à nouveau des investisseurs.

Contrôler le prix de l’électricité

Mais l’Allemagne n’est pas la France. On sait que les centrales nucléaires allemandes vont fermer, et il y a moins de gros investissement à venir. Et RWE n’est pas, comme EDF, une entreprise majoritairement publique. "Séparer le nucléaire, ce serait mettre tous les risques financiers d’un côté et le reste, rentable, ailleurs. Cela serait difficilement acceptable, explique un bon connaisseur de l’entreprise. En revanche, que l’Etat se résolve à augmenter le prix de l’électricité pour qu’EDF puisse survivre est un scénario crédible."

L’option proposée par UBS a donc peu de chance d’être retenue par Bercy. Ce n’est pas pour autant que l’idée d’un "Nucléaire de France" ne va pas continuer à faire son chemin. Et celle défendue, par la CGT notamment, qu’EDF ne peut assurer son service public que sous la forme d’une entreprise intégrée, sera encore mise en brèche. Pour certains, mettre le nucléaire sous cocon permettrait au régulateur de l’énergie de contrôler les coûts et investissements du parc nucléaire pour mieux fixer l’évolution de son tarif de vente, indépendamment des prix de marché.

Pour d’autres, ce serait un moyen de revaloriser la filière nucléaire en garantissant à ses salariés un statut privilégié, qu’EDF n’assure par exemple pas aux collaborateurs d’EDF Energies Nouvelles. Car l’équation qu’EDF doit résoudre n’est pas que financière ou industrielle. Le groupe public, qui est déjà devenu une SA en 2005, doit maintenant opérer une mue interne pour intégrer la perte de son monopole et les contraintes de ses différents marchés. Même complexe et douloureux, un changement de structure pourrait accélérer les choses. 

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