Pourquoi le laboratoire Servier a renvoyé son numéro deux 

Alors qu’il était le dauphin pressenti du fondateur du groupe pharmaceutique Servier, Jean-Philippe Seta a été mis à la porte. Une disgrâce sans doute pas sans lien avec l’affaire Mediator.

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Pourquoi le laboratoire Servier a renvoyé son numéro deux 

Un départ forcé et inattendu. Ce vendredi 4 octobre, le laboratoire Servier a annoncé le renvoi de Jean-Philippe Seta. "Président opérationnel" depuis 2003, il a été démis de ses fonctions par le président et fondateur du groupe Jacques Servier. La raison ? Des "divergences de vues sur la stratégie et la vision d'avenir du groupe", invoque-t-on chez Servier. Entré dans l’entreprise en 1984, le pneumologue, fils et petit-fils de médecins, avait pourtant largement contribué à l’internationalisation du groupe. Deuxième laboratoire pharmaceutique français derrière Sanofi, Servier exporte désormais 92% de ses médicaments princeps. Jean-Philippe Seta avait aussi poussé le laboratoire, réputé pour être trop fermé, à multiplier les partenariats avec l’extérieur, sociétés de biotechnologie ou instituts de recherche. A tel point qu’il était prévu qu’il prenne la succession de Jacques Servier, âgé de 91 ans, à la mort de ce dernier.

La dérangeante révélation d’écoutes téléphoniques

Mais l’affaire Mediator a ébranlé le dauphin pressenti. Dans l’Hexagone, le laboratoire traîne depuis trois ans le scandale de cet adjuvant au diabète dont il est accusé d’avoir minimisé de graves effets secondaires (le procès a été repoussé à mai 2014). Une affaire qui a révélé les dissensions au sein de l’entreprise. Dans le cadre de l’instruction judiciaire menée à Paris, Jacques Servier et son ancien pharmacien responsable auraient ainsi chargé Jean-Philippe Seta en juin dernier, selon le Figaro.

En 2011, il avait déjà été fragilisé par la révélation d'écoutes téléphoniques par Le Journal du Dimanche. Il évoquait alors avec un jeune cadre de la direction juridique le projet de Jacques Servier de délocaliser la société aux Pays-Bas, où est installée la fondation actionnaire de l'entreprise. La publication de ces écoutes avait obligé Monsieur Servier à réagir, en assurant aux salariés dans un courrier interne n'avoir "jamais envisagé de délocaliser nos activités à l'étranger", et que "l'essentiel de (la) production est et restera en France".

Mis en examen à son tour dans l’affaire Mediator

Alors que Jacques Servier était mis en examen et fragilisé par l’affaire Mediator, Jean-Philippe Seta avait donc pensé tirer son épingle du jeu. Mais le vent a tourné. En avril dernier, il a été mis en examen à son tour, soupçonné d'être intervenu pour qu'un rapport sénatorial minimise la responsabilité du laboratoire Servier dans cette affaire et insiste sur celle des autorités sanitaires.

Des dissensions sur la stratégie

S’est-il également opposé au fondateur du groupe sur la stratégie du laboratoire ? Focalisée sur quatre domaines thérapeutiques ( le diabète, le cardiovasculaire, l’oncologie et le système nerveux central), cette dernière n’a pas évolué depuis plusieurs années. Mais si les partenariats se multiplient, les commercialisations de nouveaux traitements se font attendre. Certains disaient donc Jean-Philippe Seta partisan d’une cession de Biogaran pour combler le retard du groupe dans les biotechnologies. Alors que la division de médicaments génériques (constituée de Biogaran et deux filiales étrangères) cartonne et représente un quart du chiffre d’affaires du groupe, confiaient des cadres dirigeants du groupe à l’Usine Nouvelle fin septembre. Désormais, l’avenir du groupe se fera donc sans lui.

Gaëlle Fleitour

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