Pourquoi le gouvernement réfléchit à une vignette Crit’Air 1 pour certains diesels

La possibilité d'accorder la vignette Crit'Air 1 à certains véhicules diesel suscite de vifs débats entre les ministres. La responsable des Transports, Elisabeth Borne, s’y est opposée.

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Pourquoi le gouvernement réfléchit à une vignette Crit’Air 1 pour certains diesels
Des modèles diesel pourront-ils bénéficier de la vignette Crit-Air 1 ?

Le diesel peut-il connaître un retour en grâce en France ? Selon des informations publiées par Le Monde mercredi 6 février, le ministère de l’Economie aurait proposé en réunion interministérielle la possibilité d’accorder la vignette "Crit’Air 1" aux véhicules les plus récents fonctionnant au gazole. Pour l’heure, même les diesels plus récents écopent de la vignette "Crit’Air 2", et ce alors que des modèles essence d’âge équivalent peuvent prétendre au niveau 1. Un déclassement du diesel par rapport à ses équivalents thermiques qui s'explique par le fait que ces moteurs sont considérés comme plus émetteurs de dioxyde d’azote (NOx) et de particules fines, problématiques sur le plan de la qualité de l’air.

Des arguments rejetés par certains industriels comme Bosch, qui mettent en avant l’amélioration des performances des moteurs diesel sur ces deux types d’émissions depuis plusieurs années. Et pas seulement. "Avec la nouvelle homologation WLTP et les nouvelles motorisations diesel qui arrivent, le niveau d’émission de CO2 des véhicules diesel est si faible que je ne vois pas de raison de réserver la vignette 1 à l’essence", expliquait il y a peu à L’Usine Nouvelle Heiko Carrie, patron France-Benelux de l’équipementier allemand. Et d’ajouter : "J’essaye donc de convaincre les pouvoirs publics de rendre possible l’obtention de la pastille 1 aux véhicules diesel qui remplissent les conditions, ce qui est aujourd’hui impossible".

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15 000 emplois menacés directement en France

Aurait-il été entendu ? En attendant, revenir sur ce choix aurait des conséquences : la ville de Paris s’est notamment basée sur ces vignettes "Crit’Air" pour engager l’interdiction progressive des véhicules diesel de ses rues. Le fait de rebasculer les véhicules les plus récents dans la première catégorie, avec les solutions essence et hybrides, freinerait donc par exemple les ambitions de la ville. Interrogé par Le Monde, l’adjoint aux transports à la Mairie de Paris, Christophe Najdovski, a d’ailleurs fait part de son intention de se "[mobiliser] pour mettre en échec ce projet".

Au sein même du gouvernement, les positions sur cette éventuelle décision semblent pour le moins partagées. Sur Sud Radio, la ministre des Transports Elisabeth Borne a estimé jeudi 7 février que l’"on ferait mieux de consacrer de l'énergie à développer des véhicules électriques, au biogaz, plutôt que de construire des véhicules diesel". Mais si le ministère de l’Economie s’interroge sur une possible remontée en gamme du diesel dans les vignettes "Crit’Air", c’est parce que les inquiétudes sur l’avenir de plusieurs sites français spécialistes de cette technologie se multiplient.

"Nous estimons à une centaine le nombre de sites touchés par la diminution du diesel, dont la moitié très exposée, précisait à L’Usine Nouvelle il y a quelques semaines Luc Chatel, directeur de la Plateforme automobile (PFA). 15 000 emplois sont menacés dans les cinq ans". Il faut dire qu’entre 2012 et aujourd’hui, la part du diesel dans les ventes de véhicules neufs est passée de 70% à moins de 50% en France. L’usine Bosch de Rodez (Aveyron), qui produit des injecteurs pour moteurs diesel, est menacée par cette évolution à la baisse. Même chose pour les fonderies Saint Jean Industries et Fonderie du Poitou Fonte (Vienne), la première ayant été placée sous redressement judiciaire fin novembre.

Julie Thoin-Bousquié Journaliste en charge de la rubrique Auto

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