L'Usine Aéro

Pourquoi le fabricant de fibres de carbone Hexcel va encore se développer en France

Olivier James , ,

Publié le

La société américaine multiplie les investissements en France. Alors que les cadences de production augmentent dans l’aéronautique, Hexcel compte étendre son empreinte française.


Fibre de carbone Hexcel - DR

Les liens entre Hexcel et la France n’ont pas fini de se resserrer. Le mardi 8 mars s'ouvre le salon JEC Composites. L'occasion pour la société américaine spécialisée dans les matériaux composites, et les fibres de carbone en particulier, de profiter de l’occasion pour rappeler sa volonté de faire de la France l’un des piliers de son développement. La raison ? La présence dans l’Hexagone de grands acteurs aéronautiques, Airbus et Safran en tête, grands consommateurs de fibres de carbone.

Hexcel profite à plein des hausses de cadences de production des programmes tels que l’Airbus 320neo et l’A350 : si le chiffre d’affaires reste stable en 2015 à 1,861 milliard de dollars, les bénéfices sont en hausse de 10%, à 332 millions de dollars.

"Nous visons un chiffre d’affaires de 3 milliards de dollars en 2020, détaille Thierry Merlot, le vice-président et directeur général d’Hexcel pour l’Europe, l’Asie et le Moyen-Orient. Nous avons investis 300 millions de dollars dans le monde en 2015. Nous allons continuer sur ce rythme et les sites français vont en bénéficier". Si en 2015 des baisses de régimes ont été constatées dans les activités liés au spatial et à la défense (-18%) d’une part et aux hélicoptères (-13%) d’autres part, celles majoritaires dédiées à l’aéronautique civile a vu son chiffre d’affaires bondir d'environ 10%.

Se rapprocher d'Airbus et de Safran

Objectif du groupe en France : constituer une activité intégrée, de la production de PAN , le polyacrylonitrile, le précurseur de la fibre de carbone, à la livraison de pré-imprégnés directement mis en œuvre par les fabricants de d’aérostructures. Ce qui explique l’investissement massif du groupe de 200 millions d’euros à Roussillon (Isère) pour la production de PAN.

L’usine qui emploiera 120 personnes entamera ses premières productions en 2017 et devrait délivrer des produits qualifiés pour l’aéronautique début 2018. "Nous pourrions si besoin investir dans une deuxième tranche dès 2019 avec une enveloppe d’environ 170 millions d’euros", précise Thierry Merlot.

C’est pour se rapprocher de ses clients finaux, soucieux d’éliminer les défauts de fourniture en pleine hausse des cadences de production, qu’Hexcel a investi en France. Quelques chiffres pour comprendre le niveau d’implication du fournisseur de matières premières qu’est Hexcel dans l’aéronautique : ses produits représentent 5 millions de dollars pour chaque A350 sorti d’usine et 450 000 dollars par A320neo au niveau des moteurs Leap, sans compter les éléments de structures fabriqués pour le monocouloir. En bref, Hexcel jouit de l’irruption massive des matériaux composites dans le secteur aéronautique qui loue sa légèreté, synonyme d’économies de carburant pour les compagnies aériennes.

La r&D pour augmenter les cadences de production

"Ces dernières années, nous avons investi dans presque toutes nos usines françaises", avance Thiery Merlot. De fait, Hexcel investit aussi 10 millions d’euros sur son site des Avenières (Isère) qui assure le tissage des fibres de carbone. Le groupe va acquérir de nouvelles machines et devrait embaucher près de 50 personnes, venant renforcer les effectifs actuels de 400 salariés. Idem à Dagneux (Ain), où Hexcel développe son activité la plus en aval avec la fabrication de pré-imprégnés : 10 millions d’euros vont être investis en capacités supplémentaires et 50 personnes vont être recrutées. Dans les deux ans à venir, les effectifs français d’Hexcel vont passer de 1000 à 1200 salariés.

Autant de sites qui pourraient bénéficier dans les prochaines années des recherches menées par Hexcel au Royaume-Uni, où le site d’Oxford va très bientôt voir ses capacités de R&D multipliées par deux grâce à un investissement de 10 millions d’euros.

Le leitmotiv des sites de production ? Produire toujours plus vite avec le même niveau de qualité. Parmi les pistes envisagées, Hexcel tente de mettre au point des résines qui se mettent en œuvre plus rapidement : la technique d’infusion de résine sous-vide sur des pré-formes en carbone permet de fabriquer des grandes pièces plus rapidement. L’innovation peut aussi venir des process, c’est le cas des moules : en composites plutôt qu’en métal, ces outillages réduisent les problèmes de dilation différentielle et donc diminuent les temps de cuisson en autoclaves.

Une concurrence qui s'aiguise

Reste qu’Hexcel pourrait être freiné dans son élan hexagonal par d’autres acteurs tout aussi alléchés par le gâteau aéronautique. C’est le cas du japonais Toray qui lui aussi s’est lancé dans la production de PAN en France, en investissant 120 millions d’euros à Lacq (Pyrénées-Atlantiques). Alors qu’Hexcel a été retenu pour fournir en composites le programme A350, ainsi que les aubes de soufflante du moteur Leap de CFM International (société commune entre Snecma (Safran) et General Electric) dédié aux monocouloirs, Toray pourrait passer à l’offensive.

Comme le patron de Toray en France, Bernard Martin, l’avait expliqué à L’Usine Nouvelle en mars 2015, Airbus et Safran pourraient diversifier leurs sources d’approvisionnement et opter pour davantage de composites dans des équipements secondaires. Et offrir à Toray, impliqué dans l’A380, de nouveaux débouchés. A moins qu’un outsider ne vienne bousculer ce duopole naissant… Avec l’acquisition pour 5 milliards d’euros en juillet dernier de l’américain Cytec, le chimiste Solvay compte bien se faire une place dans l’aéronautique alors qu’il ne livre aujourd’hui que Boeing. Ambitieux, le développement en France d’Hexcel ne sera pour autant pas de tout repos.

Olivier James

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