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Pourquoi la proposition de Carlos Ghosn sur son salaire est très maladroite

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Pourquoi la proposition de Carlos Ghosn sur son salaire est très maladroite

Cela partait sans doute d’une logique de bon sens mais cela a fait un gros flop auprès des représentants des salariés. Hier Carlos Ghosn a annoncé qu’il était prêt à "reporter" 30 % de son variable en échange d’une signature de l’accord compétitivité et de l’exécution par Renault des engagements qui y sont liés (non fermeture de sites et volumes).

Le geste voulait signifier : je suis prêt à me serrer la ceinture car je suis solidaire des salariés qui font eux-mêmes des efforts. Et il n’est pas que symbolique puisque l’on parle là d'une somme estimée entre 430 000 et 480 000 euros. En retour, le Pdg de Renault a reçu plutôt une volée de bois vert des syndicats. Et à y bien regarder ce n’est pas si étonnant.

La première raison est simple, il est vain de vouloir établir une péréquation de l’effort financier réalisé par des salariés qui perçoivent pour les plus modestes autour de 20 000 euros par an et un salaire de 2,82 Millions (fixe et variable pour la seule partie de Renault de la rémunération de Carlos Ghosn en 2012). Ce n’est pas une distance qui existe entre les deux. Ce sont deux mondes différents. Les équivalences s’épuisent lorsque l’on change de planètes, même si le mètre étalon est le même : des euros.

"Il va passer son salaire journalier de 36 000 euros à 26 000 euros"

Mathématiquement, les salariés de Renault ne vont pas baisser leur salaire contrairement à leur patron, mais un gel de salaire pendant un an et une hausse inférieure à 1 % pendant deux ans vont impacter concrètement leur potentiel de consommation alors que Carlos Ghosn va réduire avant tout sa capacité d’épargne. Et le représentant CGT de Renault Flins a beau jeu de dire "qu’il va passer son salaire journalier de 36 000 euros à 26 000 euros" (c’est-à-dire un an de salaire d’un opérateur avec un peu d’ancienneté). La mécanique n’opère pas.

Deuxième point : le chantage. Carlos Ghosn n’annonce pas un effort, il le négocie contre la signature d’un accord d’entreprise. Ce n’est pas très élégant. Mais certains pourraient rétorquer que les salariés aussi négocient leur effort. Mais eux le font en échange de non-fermetures de site, c’est-à-dire qu’ils mettent dans la balance leur emploi, alors que Carlos Ghosn y met juste ce qui relève de son job de patron, un dialogue social opérant dans l’entreprise. La manœuvre est blessante.

Un effort provisoire contre un effort définitif

Troisième problème : le report. Là où Carlos Ghosn prévoit de suspendre en quelque sorte 30 % de son variable jusqu’en 2016, les salariés font de vrais efforts tout de suite qu’eux ne rattraperont jamais. Il n’est en effet pas question de récupérer le manque à gagner des gels de salaires après 2016, pour eux. En tous cas, ce n’est pas un élément de l’accord. L’extension du temps de travail à 35 heures réelles est bien structurelle, elle aussi, et non provisoire. L’effort n’est pas donc pas de même nature.

Enfin quatrième et dernier souci, ce report de salaire dû au titre de Renault, va encore accentuer l’écart entre ce que le patron de l’alliance perçoit de la part de Nissan (pour mémoire environ 10 millions d'euros en 2012) et de la marque nationale. Or cette question est au cœur des inquiétudes des salariés de Renault qui suspectent leur patron d’avoir des intérêts financiers personnels avec l’autre membre de l’alliance qui, il est vrai, est en meilleure santé financière. Il met le doigt sur un sujet qui fâche déjà.

On ne peut nier le geste qui est accompli par Carlos Ghosn mais pour toutes les raisons, évoquées plus haut, on ne peut s’empêcher de penser qu’il aurait mieux fait de gager son temps, son engagement ou ses idées plutôt que son argent s’il avait voulu apaiser les salariés de Renault. L’humain et les mathématiques ne font parfois pas bon ménage. Mais ce n’est pas toujours facile à comprendre pour certains polytechniciens.

Anne-Sophie Bellaiche

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