Pourquoi la future loi alimentation évitera d’autres affaires Nutella… mais pas la guerre des prix

Dévoilée en Conseil des Ministres, ce 31 janvier, après des mois de négociations lors des Etats Généraux de l’Alimentation, la future loi risque pourtant de ne pas régler les problèmes de fond du secteur. En particulier les difficultés des agriculteurs et la fragilité des PME.

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Pourquoi la future loi alimentation évitera d’autres affaires Nutella… mais pas la guerre des prix

Tout le monde l’espérait, sauf peut-être Michel-Edouard Leclerc, adepte des prix bas pour ses enseignes. Mais le projet de loi présenté ce mercredi 31 janvier en Conseil des Ministres pourra-t-il mettre fin à la guerre des prix dans l’alimentaire, et redonner des marges aux agriculteurs et petites marques ? Rien n’est moins sûr.

Le Président de la République et le gouvernement n’ont pourtant pas manqué de bonne volonté, tout comme les acteurs de la filière – agriculteurs, transformateurs, distributeurs, ONG…- en acceptant de se réunir d’août à décembre derniers pour échanger dans le cadre des Etats Généraux de l’Alimentation. Mais si la loi permettra d’éviter de nouvelles affaires Nutella – le produit bradé à 70% par l’enseigne Intermarché la semaine dernière, suscitant des mouvements de foule et bousculades dans plusieurs magasins, les remontrances du ministre de l’Economie Bruno Le Maire et une enquête de la DGCCRF- pour le reste, rien n’est gagné.

Pas de garantie sur le seuil de revente à perte

Avec ce texte promulgué d’ici la fin du premier semestre, espère Emmanuel Macron, seront interdites les promotions portant sur plus de 34% du prix d’un produit alimentaire, et encadrés les volumes de ventes soumis à des rabais. En relevant le seuil de revente à perte à 10% pour la grande distribution, le gouvernement veut forcer cette dernière à ne plus écraser ses marges sur les produits d’appel, comme le Nutella… en espérant qu’elle les allègera en contrepartie sur des produits plus agricoles. Sans garantie. Et cela n’empêchera pas la guerre des prix –même sur une base plus élevée - entre les grandes enseignes, qui ont désormais habitué les consommateurs à chercher à faire des affaires à tout prix en faisant leurs courses.

Des négociations commerciales 2018 oubliées

Malgré le renversement du principe de la contractualisation (obligatoire seulement dans quelques filières agricoles), la loi ne réglera pas miraculeusement le manque de marges de l’amont du secteur. D’une part, parce qu’elle arrivera après les négociations commerciales, qui seront bouclées d’ici le 1er mars et se déroulent au plus mal, alarment agriculteurs, coopératives agricoles et entreprises alimentaires dans un communiqué commun de leurs syndicats (FNSEA, Coop de France, ANIA, et l’ILEC).

Toujours de la concurrence… à des prix plus élevés

D’autre part, parce que la loi ne disposera d’aucun moyen contraignant pour forcer et contrôler au "reversement d’un prix plus élevé aux agriculteurs français", témoigne déjà… Michel-Edouard Leclerc. Alors qu’il est lui-même suspecté de vouloir délocaliser ses négociations commerciales via une centrale d'achats en Belgique, il accuse les multinationales de l’agroalimentaire d’être les grandes gagnantes de cette loi.

Chez la Fédération des entrepreneurs et entreprises de France (FEEF), qui représente les petites marques de l’agroalimentaire, on craint ainsi de voir l’attractivité des PME diminuer aux yeux des consommateurs, et qu’elles soient pénalisées faute "de rendre obligatoire l’application du tarif, c’est-à-dire le prix facturé par les PME aux distributeurs, pour s’assurer de la prise en compte de l’évolution des coûts et cours des matières premières".

Des amendes peu dissuasives…

Enfin, les amendes prévues par la loi restent négligeables, surtout lorsqu’elles sont rapportées au poids des acteurs en présence. Les sanctions de plusieurs millions d’euros régulièrement prononcées contre des enseignes de grande distribution suite à des assignations en justice initiées par Bercy l’ont démontré. Elles ne parveniennent pas à mettre fin aux mauvaises pratiques.

Pour aider le secteur de l’alimentaire à se réguler et se revaloriser, le gouvernement mise donc beaucoup, en dehors de cette loi, sur la bonne volonté, à travers les plans de filières. Ils devront aussi permettre d’aller vers des produits de plus grande qualité, au meilleur impact environnemental. Reste à changer les mentalités pour que chacun, consommateur inclus, accepte de le payer le bon prix…Pour l’UFC-Que Choisir, cette loi est un "cadeau offert à la grande distribution sur le dos du consommateur", qui devrait absorber un surcoût d’"un milliard d'euros sur les deux ans que durera l'expérience" .

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