Pourquoi la fusion entre DuPont et Dow Chemical n'est pas une bonne nouvelle pour les entreprises européennes

Gaëlle Fleitour , , , ,

Publié le , mis à jour le 11/12/2015 À 14H05

Dow Chemical et DuPont ont annoncé ce vendredi 11 décembre un accord de fusion. La capitalisation du nouveau géant de la chimie dépassera les 130 milliards de dollars (118,4 milliards d'euros); donnant  naissance au numéro un mondial, devant l’allemand BASF. Et à un géant de l’agrochimie, bousculant le suisse Syngenta.  


DuPont - DR

C'est fait ! Dupont et Dow Chemical ont annoncé leur fusion le 11 décembre,  créant un géant représentant plus de 90 milliards de dollars de chiffres d’affaires.

Du jamais vu dans un secteur où les opérations gigantesques aux dizaines de milliards de dollars ne sont pas légion, contrairement à l’industrie pharmaceutique.

La pression des actionnaires activistes

Depuis plusieurs mois, ces deux entreprises étaient sous pression d’actionnaires minoritaires, des fonds d’investissement activistes, qui militaient pour des cessions des actifs moins performants, jugeant ces entreprises trop diversifiées et pas assez rentables.

Chez DuPont, ils ont obtenu récemment la tête de la PDG, qui s’opposait à cette stratégie. Elle a été remplacée par Edward Breen, un habitué de ce type de restructuration.

A défaut de se scinder, Dow Chemical n’avait pas pu faire l’impasse sur une lourde restructuration. Annonçant en mars la suppression de 3% de ses effectifs mondiaux, couplée à des dépréciations d'actifs et autres mesures de réductions de coûts, pour économiser un milliard de dollars sur les trois prochaines années.

Cette mega fusion donne naissance à un industriel aux trois grandes divisions: dans la chimie des matériaux, dans les produits de spécialité, et enfin dans l'agrochimie, avec les semences, OGM et pesticides. Il pèse  dès lors bien plus lourd que l’actuel numéro un mondial de la chimie, l’allemand BASF aux 74,3 milliards d’euros de ventes grâce à sa large diversification.

Mais il y a peu de doutes qu’un tel ensemble reste en l’état. BASF peut souffler : sous la pression des autorités de régulation et de leurs actionnaires, Dow Chemical et DuPont pourraient probablement donner leur indépendance à ces trois activités en les scindant, convergent les spécialistes.

Un concurrent de poids pour l’agrochimiste suisse Syngenta

De quoi effrayer l’agrochimiste suisse Syngenta. Car le nouvel ensemble dans l’agrochimie pèse lourd, jusqu’à 20 milliards de dollars, soit même plus que le leader mondial en la matière, l’américain Monsanto (15,85 milliards de dollars de vente l’an dernier). Et même si des synergies sont réalisées en se débarrassant de certains doublons, il sera probablement toujours plus puissant que Syngenta, sur un marché mondial de l’agrochimie déjà très concentré.

Avec six acteurs (Monsanto, BASF, Bayer, Syngenta, DuPont et Dow Chemical) contrôlant 70% du marché et de fortes barrières à l’entrée, observe Amee Shokur, directeur à l’agence de notation Fitch Ratings, en charge des Natural Resources & Commodities. Qui s’attendrait, côté européen, à une riposte par la consolidation.

Or Syngenta avait refusé, cet été, de se faire racheter par Monsanto, au désarroi de ses actionnaires et des marchés financiers. Cette décision avait coûté la place en octobre à son directeur général, Mike Mack. Avec cette fusion entre les Américains, le Suisse va certainement doublement regretter son choix.

Gaëlle Fleitour

 

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