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L'Usine de l'Energie

Pourquoi la France ne peut pas passer à côté du gaz de schiste, l'appel de Jean-Pierre Clamadieu

Ludovic Dupin , ,

Publié le

Entretien Jean-Pierre Clamadieu, PDG de Solvay, a participé au rapport de l’institut Montaigne publié ce vendredi 11 juillet sur le thème "Gaz de schiste : comment avancer". Le think-tank dénonce le statu quo sur le sujet et fait 11 propositions pour ouvrir réellement le dossier de cet hydrocarbure non conventionnel.

Pourquoi la France ne peut pas passer à côté du gaz de schiste, l'appel de Jean-Pierre Clamadieu © Luc Perenom

L'Usine Nouvelle - Depuis trois ans, la fracturation hydraulique et donc le gaz de schiste est interdit en France et le débat est bloqué dans l’Hexagone. Il faut du courage pour retourner ainsi à l’assaut ?

Jean-Pierre Clamadieu - Comme disait Pierre de Coubertin, "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer". Ce qui nous pousse est la conviction que le gaz est le point central de toute politique énergétique, en particulier en Europe. Il y a deux moyens d’avoir du gaz. Soit on le produit localement, comme on le fait en Mer du Nord ou à Lacq par le passé. Soit on l’importe, ce qui crée des questions de dépendance vis-à-vis d’autres pays, comme nous le montre la crise ukrainienne. Il faut que l’on ouvre le dossier du gaz de schiste, qui n’a jamais été vraiment ouvert. Il nous faut un débat sur des bases scientifiques, pragmatiques et techniques. Il faut sortir de ce statu quo qui est déraisonnable.

Vous pensez que la situation actuelle est plus favorable à un changement de mentalité ?

Dans le projet de loi de transition énergétique qui a été rendu public, le gaz est absent. Cette absence est réellement irrationnelle. Le rapport de l’institut Montaigne sur le gaz de schiste et le rapport de l’Union des industries chimiques essaient d’alerter sur le sujet. Toutefois, un certain nombre de signes me laissent penser que la question progresse. En cause : la crise ukrainienne ou les difficultés des secteurs très consommateurs de gaz…

Il y a aussi une véritable prise de conscience que ce qui se passe aux Etats-Unis n’est pas juste un feu de paille mais un vrai changement structurel mondial. Pour commencer, il faut déjà accepter de regarder ce qu’il y a dans notre sous-sol pour voir si La France passe à côté d’un véritable enjeu ou s’il n’y a pas de sujet. Le cas échéant, il faudra alors nous demander comment il est possible d’accéder à cette ressource.

Le rapport de l’Institut Montaigne parle d’un cadre législatif français favorable au gaz de schiste. Jusqu’à maintenant, on entendait plutôt l’inverse…

La France a un dispositif législatif qui permet d’explorer le sous-sol en protégeant ses intérêts nationaux. Contrairement aux Etats-Unis, où les habitants sont propriétaires de leur sous-sol, en France, le sous-sol appartient à la collectivité. Cela permet d’engager des opérations en toute sécurité et en toute maîtrise. En revanche, la faiblesse est l’absence de transparence. Aujourd’hui, il n’est plus admissible d’aller faire des trous dans le sol sans que les collectivités locales ne soient au courant et sans qu’elles soient associées aux bénéfices de la découverte. Il faut renforcer la législation.

Selon les calculs de l’Institut Montaigne, le gaz de schiste extrait en France serait 40 % moins cher que le gaz importé. C’est un facteur de réindustrialisation ?

Sur les coûts, il faut être prudent. Tant que nous n’avons pas regardé dans le sous-sol, il est difficile d’être précis. Bénéficier d’une ressource 40 % moins chère que le gaz naturel liquéfié aurait forcément un impact positif. Mais nous avons conscience que l’exploitation en France ne se ferait pas dans les mêmes proportions qu’aux Etats-Unis. Ce que nous voulions souligner, c’est que les enjeux sont potentiellement importants. Pas seulement pour les gazo-intensifs, mais aussi pour la balance des paiements et pour les négociations avec les pays fournisseurs. Si on trouve un moyen d’exploiter ce gaz, ce sera une bonne nouvelle pour toute la collectivité.

Est-ce que le fait que nos voisins allemands et britanniques se lancent dans l’aventure va changer la donne pour la France ?

Il faut regarder la question au niveau européen. Chaque pays du continent n’est pas un îlot isolé. Les produits circulent en Europe. Dans ce contexte européen, la France est l’un des potentiels les plus importants et il faut que les efforts les uns et des autres s’additionnent. Après, bien sûr, il y a un développement d’activités industrielles lié à l’exploitation même, et ce bénéfice sera localisé dans les pays qui auront choisi de s’engager dans cette voie. Or la France a beaucoup de champions sur le sujet comme nos grands groupes pétroliers et parapétroliers et nos Vallourec, Veolia, Solvay pour la fracturation. Plein d’autres encore… Tous ces acteurs sont capables d’amener leurs propres technologies.

Pourquoi la question du gaz de schiste, ou du gaz en général, n’a pas été évoquée dans le projet de loi de Transition énergétique de Ségolène Royal ?

Je pense qu’il y a une petite incompréhension sur ce sujet. Le gaz, c’est le meilleur ami des énergies renouvelables. Aux Etats-Unis, il n’y a pas d’opposition entre le développement du gaz et des renouvelables. Outre-Atlantique, ces derniers se développent aussi vite qu’en Europe et le gaz est leur complément idéal. D’autant plus que parmi les combustibles fossiles, c’est celui qui a le meilleur impact CO2… Il y a une mauvaise compréhension de cette grande complémentarité entre le gaz et les énergies renouvelables en France, où le débat est plombé par la position dogmatique prise sur le gaz de schiste.

Propos recueillis par Ludovic Dupin

 

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