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L'Usine de l'Energie

Pourquoi la COP23 sera aussi (un peu) économique

Aurélie Barbaux ,

Publié le

Analyse Annoncée comme technique, la COP23, qui se tient à Bonn du 6 au 17 novembre, s’annonce aussi politique, à cause des Etats-Unis. Et elle devra aussi être économique. Les Etats ont plus que jamais besoin des entreprises pour limiter le réchauffement climatique à moins de 2°C.

Pourquoi la COP23 sera aussi (un peu) économique © Guy Goreck - Flickr c.c.

La COP23 s’annonçait purement technique, le retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris l’a rendue politique. L’écart "catastrophique" constaté par l’ONU entre les promesses des Etats pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et les réductions nécessaires pour maintenir le réchauffement en dessous de 2°C d’ici à la fin du siècle, va la rendre aussi économique.

"On est à un moment pivot, prévient Lucile Dufour, porte-parole de Réseau Action Climat. La trajectoire du réchauffement climatique mène toujours vers un réchauffement de 3°C à la fin du siècle. Il ne reste que trois ans pour mettre en place les politiques pour atteindre les objectifs." Les engagements pris par les Etats dans le cadre de l’Accord de Paris, entré en vigueur en 2016 et ratifié par 169 pays, ne vont en effet pas suffire. "Il faut accélérer la cadence et se préparer à prendre des engagements plus ambitieux avant 2020", explique Lucile Dufour. Un avis partagé par tous, du secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, au directeur du Programme des Nations unies pour l'Environnement (PNUE), Erik Solheim, en passant par tous les experts du climat.

Budget carbone épuisé dans 22 ans

"Le budget cumulé de carbone de la planète est de 2 900 gigatonnes (Gt) pour avoir deux chances sur trois de limiter le réchauffement climatique sous 2°C. Il n’en reste que 800 Gt. Et on aura épuisé notre budget carbone dans vingt-deux ans", prévient Christian de Perthuis, professeur à l’Université Paris-Dauphine. Selon lui, avant 2030, les principaux pays auront déjà mangé la réserve de carbone. "Si dans les vingt-deux prochaines années, on ne se met pas en ligne, c’est dès 2050 que cela va se détraquer. Il faut s’en occuper maintenant et ne pas attendre", alerte le scientifique.

Mais l’urgence climatique se marie mal avec les agendas et priorités politiques des Etats. Si la COP23, qui se tient du 6 au 17 novembre à Bonn, en Allemagne, doit bien réunir 20 000 personnes, peu de grands leaders politiques y sont attendus. Certes, Angela Merkel et Emmanuel Macron doivent  y participer le 15 novembre, pour rappeler l’engagement de l’Europe. Mais avant d’avoir réuni sa coalition, la Chancelière allemande ne devrait pas faire de grandes annonces. Quant au Président français, il attendra sûrement le sommet pour le climat, consacré aux financements, que la France organise le 12 décembre prochain à Paris, pour élaborer des promesses. Un sommet qui, comme l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’Accord de  Paris, pourrait faire de l’ombre à la COP 23. "On est vigilant pour que les discussions politiques continuent à la COP 23 et qu’elles ne soient pas vidées de leur sens", explique Lucile Dufour, de Réseau Action Climat.

Développer les technologies efficientes

Même si la COP23 a pour principale vocation de préparer techniquement le premier bilan de 2018 par les 169 Etats signataires de l’Accord de Paris, les acteurs privés n’ont pas dit leur dernier mot. Les entreprises ont surtout un rôle à jouer sur le volet technologique, indispensable pour rester sous les 2°C. "Un investissement inférieur à 100 dollars par tonne par an dans les bonnes technologies dans les secteurs clés suffirait à réduire les émissions de 36 gigatonnes par an d'ici 2030, ce qui est plus que suffisant pour combler le fossé", estiment les experts de l’ONU dans leur rapport.

Là, plus que nulle part ailleurs, les Etats ont besoin de l’implication du secteur privé. Ce n’est donc pas un hasard si la première assemblée générale de l’Alliance mondiale pour les solutions efficientes, lancée par Bertrand Piccard et sa fondation Solar Impulse, aura lieu le 14 novembre pendant la COP23. Elle s’est donné pour mission de présenter, d’ici la COP24 en 2018, 1 000 solutions rentables et efficientes aux gouvernements, entreprises et institutions pour les aider à atteindre leurs objectifs environnementaux et à adopter des cadres légaux plus ambitieux. En France, l’Ademe vient de signer un Memorandum d’entente avec l’Alliance. En juin dernier, c’est Engie qui avait rejoint l’association en tant que membre, s’engageant financièrement pour trois ans.

Partager les bonnes pratiques

La COP23 sera aussi l’occasion pour les entreprises engagées dans la transition écologique et climatique de partager leurs bonnes pratiques. Certains industriels, membres de l’initiative Science Based Target - qui rassemble, au 1er novembre, 317 entreprises s’engageant à se fixer et à valider des objectifs "cibles" -, viendront témoigner, selon Pierre Cannet, responsable au WWF du programme climat énergie. Parmi les 26 entreprises françaises investies (dont PSA, L’Oréal, Veolia, Suez, Legrand, Renault, Schneider Electric, SEB, SNCF, Michelin, Laposte…), quatre ont validé leurs objectifs : Atos, Capgemini, Gecina, Kering et Sopra Steria.

Aider à sortir du charbon

Le secteur privé doit aussi aider à sortir l’économie du charbon. Les entreprises peuvent soutenir les discussions des Etats. Présent en force à la COP23, le mouvement "We are still in" rassemble 2 584 signataires représentant des Etats et des leaders non fédéraux américains, réaffirmant l'engagement des Etats-Unis à défendre l'accord sur le climat de Paris et décidés à poursuivre les négociations sur le climat de l'ONU. Il comprend aussi des industriels comme WallMart, Google, Mars, ou la filiale américaine de L’Oréal et même EDF via son EDF Environmental Defend Fund…

Des entreprises, qui, en Europe, peuvent par exemple soutenir la campagne “Europe Beyond Coal”, qui vise à accélérer la sortie du charbon dans toute l’Union européenne. Lancée par 28 ONG, c‘est le pendant européen de la campagne américaine Beyond Coal, programme d’aide à la conversion professionnelle des mineurs, lancé en 2010 par l’ONG Sierra Club, et qui a récemment reçu la donation de la fondation de Michael Bloomberg. Et Michael Bloomberg, envoyé spécial de l’ONU sur le climat, est attendu à la COP23. Il pourrait annoncer le soutien financier de sa fondation à “Europe Beyond Coal”.

Financer les pertes et dommages

Présidée par les Fidji, cette COP23 devrait aussi être l’occasion d’aborder un des principaux sujets d’achoppement de l’Accord de Paris : la solidarité, notamment les pertes et dommages pour indemniser les populations qui subissent le réchauffement climatique, espèrent les associations. "Le mécanisme prévu n’est pas assez ambitieux, explique Lucile Dufour. Il faut utiliser d’autres modes de financement comme celui de pollueur payeur." Les associations visent le secteur des transports maritime et aérien, notamment. Elles espèrent aussi que la taxe sur les transactions financières sera enfin mise en place. Et c’est sans parler du prix du carbone. Mais là, peu de chance d’avancer à la COP23.

 

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