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L'Usine Energie

Pourquoi la conversion charbon biomasse est une fausse bonne idée

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

La France a acté pour 2022 une sortie de la production d'électricité à partir de charbon. Mais comme le montre l'exemple britannique, l'idée de convertir les centrales à la biomasse n'est pas forcément une bonne idée. 

Pourquoi la conversion charbon biomasse est une fausse bonne idée
Plus qu'une conversion du charbon à la biomasse, c’est le projet de convertir le site de la centrale EDF de Cordemais (Loire-Atlantique) à la production de black pellets à partir de déchets de bois locaux qui séduit.
© Européenne de Biomasse

Les Britanniques, champions européens de la sortie du charbon, y ont cru… et en sont revenus. Verdir des centrales électriques en remplaçant le charbon par du bois, permet certes un bilan carbone meilleur, le bois brûlé ayant capté du CO2 durant sa croissance et émettant un peu moins de gaz à effet de serre que le charbon, mais la biomasse s’avère souvent être une aberration économique et écologique. "La combustion des pellets de bois émet plus de particules fines et a un pouvoir calorifique de 70 % à 80 par rapport à celui du charbon", rappelle Almuth Enrsting de l’association Biofuelwatch. Surtout, ils nécessitent de lourds investissements dans les centrales à charbon existantes pour éviter la corrosion. Au Royaume-Uni, deux centrales ont dû fermer après des incendies. Et sur les quatre unités charbon converties à la biomasse de la méga centrale de Drax, trois sont à l’arrêt. La dernière en activité de 2 gigawatts est le plus gros importateur des pellets, qui proviennent des États-Unis, du Canada mais aussi d’Estonie, de Lituanie, du Portugal et d’Europe de l’est voire, de Russie… Avec un bilan carbone déplorable.

Uniper et Albioma bloqués par les ressources locales

En France, l’allemand Uniper, qui a converti une unité charbonne à Gardanne (Bouches-du-Rhône) en unité biomasse de 150 MW, a lui aussi été confronté au problème d’approvisionnement. Sa technologie de lit fluidisant lui permet de brûler tous types de déchets de bois, mais les ressources locales ne sont pas suffisantes et entrent en concurrence avec d’autres activités. Après avoir perdu son droit d’exploitation en mi-2017 et un an de négociations, Uniper n’a plus qu’une autorisation préfectorale temporaire, le temps d’inscrire la centrale dans une économie circulaire locale vertueuse…

À la Réunion, l’opérateur Albioma est lui aussi confronté à un problème de ressources locales de biomasse pour convertir ses deux centrales mixtes charbon/bagasse en charbon/biomasse d’ici à 2023. Au mieux, l’île ne pourrait fournir que 30 % de ses besoins en biomasse, l’obligeant à envisager l’importation de pellets des États-Unis ou du Canada, en attendant qu’une filière durable se développe en Afrique du Sud.

Il n’y a peut-être qu’aux Antilles, où les champs pollués de la culture de bananes trouveront dans la culture énergétique de la canne fibre un débouché, que la conversion à la biomasse des centrales bagasse/charbon ne met pas une trop grande pression sur l’environnement et peut s’inscrire dans une logique d’autonomie énergétique durable.

EDF maintient son projet à Cordemais

Conscient ou non de ces écueils, en 2015, suite à la loi de transition énergétique pour la croissance verte, EDF a investi 10 millions d’euros dans un projet de conversion à la biomasse de sa centrale de Cordemais (Loire Atlantique). Le projet Ecocombust vise d’une part à produire sur le site un combustible alternatif au charbon, un pellet de biomasse densifiée, à partir de déchets verts et de bois déclassé de série B provenant d’un rayon de 150 km autour de la centrale. Le processus utiliserait en partie la chaleur fatale des centrales.

Il envisageait d’autre part que les trois unités de production d’électricité d’EDF à partir de charbon de Cordemais, où s’effectuent les tests, et du Havre (Seine-Maritime), pourraient utiliser 80 % de ce nouveau combustible mais en ne fonctionnant plus que pour les pointes de demande, soit 800 heures par an au lieu de 4 500 à 5 000 heures actuellement, avec une puissance ramenée à 500 MW contre 600 MW aujourd'hui. Les coûts de production seraient de l’ordre de 115 à 120 euros/MWh, contre environ 50 euros aujourd’hui.

La biomasse réservée à la chaleur

Les premiers essais montrent qu’il est possible de substituer jusqu’à 87 % de charbon sans modifier les installations. EDF serait prêt à investir 100 millions d‘euros supplémentaires pour ne pas fermer les sites et les convertir à la biomasse, mais sous condition d’obtenir une subvention équivalente du gouvernement. Or de question pour le gouvernement. Au mieux, en raison de problème de sécurité d’approvisionnement sur la Bretagne, le gouvernement est-il prêt à prolonger une unité de Cordemais au-delà de 2022, pour un ou deux ans, mais sous réserve de consommer 80 % de pellets et pas plus de 200 heures par an, pour absorber des pointes d’hiver. En revanche, l’idée de convertir le site en usine à black pellets, qui pourrait alimenter des unités de production en chaleur, séduit jusqu’à l’Ademe.

L’idée n’est pas neuve. Mi-2018 l’Européenne de biomasse a annoncé un investissement de 100 millions d’euros sur la plateforme de Pomacle-Bazancourt (Marne) pour produire en continu des black pellets à partir des résidus de bois issus des forêts de la région. Le gouvernement a annoncé qu’il prendrait sa décision concernant le projet d’EDF en septembre 2019.

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