Abonnez-vous Identifiez-vous

Identifiez-vous

Vos codes d'accès sont erronés, Veuillez les saisir à nouveau. Mot de passe oublié ?

L'Usine de l'Energie

Pourquoi la Commission européenne veut bloquer Nord Stream 2, mais peine à y parvenir

Aurélie Barbaux , , , ,

Publié le

Analyse La construction du gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne nuirait à l’indépendance énergétique de l’Europe. La Commission européenne tente, sans grand succès, de l’empêcher. Mais des sanctions américaines contre la Russie ou un projet de loi au Danemark pourraient le freiner.

Pourquoi la Commission européenne veut bloquer Nord Stream 2, mais peine à y parvenir
Près de 200000 tubes destinés au projet de gazoduc Nord Stream 2 sont déjà stockés à Kotka en Finland.
© Nord Stream 2

Nouvel épisode dans la saga Nord Stream 2. Ce gazoduc de 1 250 km, qui reliera Wyborg (Russie) à Greifswald (Allemagne), via la mer Baltique, doit doubler son grand frère Nord Stream et acheminer 55 milliards de mètres cubes supplémentaires de gaz russe par an vers l’Europe. Il inquiète les pays d’Europe centrale, notamment la Pologne. La Commission européenne cherche d’ailleurs à empêcher ce projet de Gazprom de 9,5 milliards d’euros, financé à 50 % par cinq industriels Européens, dont Engie, mais qui nuira à l’indépendance énergétique de l’Europe. "La Russie utilise son gaz comme une arme", explique Michal Kurtyka, le secrétaire d’État chargé de l’énergie et des questions internationales.

La Pologne, mais aussi l’Estonie et la Hongrie, sont persuadées qu’avec Nord Stream 2, les Russes pourront stopper les livraisons de gaz passant par l’Ukraine, via le gazoduc BrotherHood, comme ils l’avaient déjà fait lors de la crise ukrainienne il y a deux ans. "Il n’y a aucune raison de penser qu’ils ne le feront pas", affirme-t-on chez le pétrolier polonais PGNiG. De fait, le ministre russe de l'Energie Alexandre Novak évoquait cet été la vétusté du réseau gazier ukrainien "construit il y a 50-60 ans et nécessitant une modernisation que malheureusement nous ne voyons pas". Il expliquait aussi que, si effectivement la Russie peut conserver une part de transit par l'Ukraine, les nouveaux gazoducs, qu'elle espère finir d'ici à 2019, constituaient une solution plus intéressante compte tenu de records de demande ces derniers mois et de la hausse de la demande de gaz attendue en Europe dans les années à venir. La Russie a aussi un projet via la Turquie. En clair, la voie ukrainienne serait menacée.

L'indépendance énergétique de l'Europe en question

"C’est tout le contraire, explique Sebastian Sass, représentant de Nord Stream 2 à Bruxelles. L’Europe a réussi sa politique d’interconnexion de ses réseaux de gaz et dispose de 23 terminaux GNL. Elle a plus de choix que jamais pour ses approvisionnements. Le gaz russe ne représente que 29% des importations de gaz en Europe, soit juste un peu plus que les 28 % de gaz Norvégien. Le pays le plus dépendant du gaz russe, c’est la Russie." Et le représentant de la société suisse Nord Stream 2 AG, filiale à 100 % du géant russe du Gaz Gazprom, de rappeler que "la production de gaz en Europe va baisser de 50 % d’ici à 20 ans, alors que la consommation devrait rester stable. Il lui faudra donc importer plus de gaz. Et on aura aussi besoin de l’Ukraine. La question est de savoir si l’Ukraine pourra délivrer du gaz dans de bonnes conditions et à un prix compétitif".

Le gazoduc Nord Stream 2 dont la construction doit commencer l’année prochaine pour une mise en service fin 2019, permettrait lui de le faire. Engie, qui finance 10 % du projet, tout comme les Allemands Uniper (ex-EON) et Wintershall (BASF), l'Autrichien OMV et l'Anglo-Néerlandais Shell, le pensent en tout cas. "Ce gazoduc est utile pour l’Europe. Il va continuer à se faire", expliquait Pierre Chareyre, directeur général adjoint d’Engie, en octobre dernier lors d’une rencontre avec la presse. Pas si sûr. Car malgré le soutien de l’Allemagne, la Commission européenne n’a pas dit son dernier mot.

A défaut de pouvoir appliquer des règles européennes à la Russie

Le 8 novembre dernier, Bruxelles a proposé de modifier la directive sur le gaz pour que les règles du troisième paquet énergie, notamment l’accès à des tiers aux réseaux de gaz, les règles de tarifications ou de dissociation des structures de transports de celles de production, soit aussi appliquées à des pays tiers et à tous les gazoducs qui pénètrent dans le territoire de l’Union européenne. "La Commission propose de changer la loi. Mais cela s’appliquerait aussi aux cinq autres projets de gazoducs en Méditerranée et à celui en mer Noire", observe Sebastian Sass, pour Nord Stream 2. Et si l’amendement proposé par la commission était voté par le Parlement, il faudra de toute façon ensuite que les pays le transcrire à leur tour dans leur loi. "Depuis le début du projet, en 2015, personne ne nous a dit que le troisième paquet s’appliquait", rappelle le porte-parole de Nord Stream 2, qui cherche à minimiser le risque.

Car Nord Stream 2 a déjà gagné une bataille face à la Commission. En mai, elle avait essayé d’obtenir un mandat pour négocier directement avec Moscou l’élaboration d'une base juridique spéciale pour la construction du gazoduc Nord Stream 2 et lui appliquer le 3e paquet. Mais, en septembre, la Cour de Justice de l'Union européenne avait estimé que, puisqu’il s’agissait d’un problème juridique, le mandat devait être adopté à l’unanimité. Or si selon Miguel Arias Canete, le commissaire au Climat et à l'Énergie, la plupart des pays de l'Union européenne soutenaient l'idée d'accorder à la Commission européenne ce mandat, l’unanimité n’a pas été atteinte lors d’un vote en octobre.

Un projet de loi bloquant au Danemark

Mais un autre projet de loi, au Danemark, pourrait aussi bloquer le projet. Cette fois, ce serait au nom de la sécurité nationale. Comme pour Nord Stream 1, le tracé de Nord Stream 2 passe par les eaux territoriales danoises au niveau de l’île de Bornholm, en mer Baltique. Le texte prévoit que tout permis de poser des câbles électriques et des pipelines pour le transport d’hydrocarbures dans les eaux territoriales danoises soit approuvé, non plus uniquement par le ministère de l’Energie, mais par celui des affaires étrangères. "Cette route avait été choisie initialement pour des raisons environnementales, rappelle Sebastian Sass. Et nous restons persuadés que c’est la meilleure route". Mais le projet de loi, pourrait faire dévier le parcours, même si le porte-parole de Nord Stream 2 affirme qu’il n’y a pas de plan B, alors que Pierre Chareyre, directeur général adjoint d’Engie, affirmait encore il y a quelques jours le contraire. Ce dernier évoquait aussi la possibilité que, dans cette affaire, le Danemark soit instrumentalisé par les États-Unis, qui voient Nord Stream 2 d’un mauvais œil, parce qu'il concurrence leurs exportations de gaz naturel liquide. Le texte de loi, en discussion auprès du parlement danois, doit être voté en décembre.

A moins que les Etats-Unis utilisent leurs sanctions

Les États-Unis ont pourtant un autre moyen de bloquer le projet via les sanctions infligées à la Russie suite à la crise Ukrainienne. Elles limitent notamment les capacités de financement à long terme de Gazprom, mais pourraient aussi concerner les sociétés finançant ses projets. "Cela dépendra de leur mise en application", expliquait Pierre Chareyre, d’Engie. Or les détails des dernières sanctions n’ont pas encore été dévoilés. Nord Stream 2 se veut néanmoins confiant. Les responsables du projet attendent toujours, pour fin mars 2018, l’avis favorable des cinq pays directement concernés par le projet, la Finlande, la Suède, le Danemark, la Russie et l’Allemagne, pour lancer la construction. Les deux grands navires de construction sous-marine ont déjà été réservés auprès de la société allemande Allseas. Et les deux tiers des tubes, déjà achetés auprès de la société allemande Europipe et du russe Chelpipe, sont déjà stockés à proximité du futur chantier. 

Réagir à cet article

Testez L'Usine Nouvelle en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Les entreprises qui font l'actu

Créez votre compte L’Usine Connect

Fermer
L'Usine Connect

Votre entreprise dispose d’un contrat
L’Usine Connect qui vous permet d’accéder librement à tous les contenus de L’Usine Nouvelle depuis ce poste et depuis l’extérieur.

Pour activer votre abonnement vous devez créer un compte

Créer votre Compte
Suivez-nous Suivre Usine Nouvelle sur Facebook Suivre Usine Nouvelle sur Twitter RSS Usine Nouvelle