Pourquoi l’usine américaine d’Airbus sera très compétitive

Airbus inaugure lundi 14 septembre sa nouvelle ligne d’assemblage d’A320 à Mobile (Alabama). Un investissement risqué sur les terres du rival américain Boeing ? C’est tout le contraire.

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Fabrice Brégier et des élus de l'état d'Alabama, lors de l'annonce de l'implantation d'Airbus

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Pour le moment, l’usine semble tourner au ralenti, comme accablée par le soleil inflexible de l’Alabama. La plupart des hangars flambants neufs de ce site de 470 000 m² sont déserts. Sauf bien sûr le bâtiment principal, la ligne d’assemblage final : à la queue leu-leu, les deux premiers A320 "made in USA" trônent dans le vaste hangar telles de majestueuses baleines inertes. Au moment où est inaugurée cette immense installation industrielle à Mobile, lundi 14 septembre, difficile encore d’imaginer qu’elle pourra produire quatre A320 par mois d’ici fin 2017 et devenir très bientôt l’une des plus rentables du groupe.

A première vue, le pari semble risqué pour Airbus qui ne possède que 20% de parts de marché aux Etats-Unis sur la flotte existante. Pourquoi produire des avions loin des sous-traitants européens, qui plus est sur les terres de son plus grand rival, Boeing ? Réponse : parce que cela devrait s’avérer très rentable à court terme. "Je souhaite que cette ligne d’assemblage final soit aussi compétitive que les autres à l’horizon du début de l’année 2018, même si elle produit moins d’avion", a précisé Fabrice Brégier, le pdg d’Airbus.

Jusqu’à huit A320 produits chaque mois


Comment Airbus peut-il résoudre en si peu de temps cette équation économique alors même que l’usine a nécessité un investissement de 600 millions d’euros ? D’abord parce que cette usine est une copie : elle est identique à celle de Tianjin (Chine), elle-même copier-coller de l’usine d’Hambourg (Allemagne). La recette est éprouvée, tant au niveau de l’architecture du bâtiment que de l’assemblage des avions lui-même. Les salariés de Mobile (260 aujourd’hui, 1000 à termes) ont tous suivis une formation à Hambourg : ils savent exactement comment faire tourner le nouveau site américain, de quoi réduire les accrocs.

"Nous nous sommes servis de toutes les expériences accumulées dans nos lignes pour optimiser l’assemblage à Mobile", explique une source interne. L’agencement de la dizaine de bâtiments qui composent le site (centre de logistique, hangar pour la peinture, centre de livraison…) a été lui aussi revu pour garantir un maximum d’efficacité dans la production des aéronefs. Au maximum de ses capacités, le site pourrait produire jusqu’à huit A320. La production commencera par des ceo (le modèle classique des A320), puis des neo (la version remotorisée qui permet une réduction de la consommation de carburant de 15%).

Une logistique bien maîtrisée


Sur le plan financier, Airbus a bénéficié d’un coup de pouce non négligeable qui réduit en partie la facture initiale. Trop heureux d’accueillir un grand projet industriel dans une région minée par la crise, les pouvoirs publics locaux, en particulier l’état d’Alabama, ont été généreux. Airbus aurait bénéficié d’environ 80 millions d’euros d’aides directes et autant d’indirectes (notamment la formation professionnelle pour reconvertir les nombreux employés de l’industrie locale).

Sur le plan logistique, là encore, Airbus tire ses marrons du feu. Les pièces principales (tronçon, fuselage, dérive…) continueront d’être produites sur les sites européens et seront acheminées par bateau jusqu’au port industriel de Mobile. Si le transit est long (trois semaines environ) et immobilise des pièces, ce schéma logistique a déjà été éprouvé avec le site de Tianjin en Chine. Airbus a prouvé la faisabilité de cette stratégie.

Une croissance soutenue du trafic aérien


Ce surcoût logistique, peu élevé au vu du prix très compétitif du transport par bateau, devrait être absorbé en un rien de temps. D’abord par le coût de la main d’œuvre (moins élevé aux Etats-Unis qu’en France) et aussi en raison de l’emplacement même de l’usine, située en zone dollars. Alors que les sites français et allemands achètent leurs pièces en euros et vendent les avions en dollars, ce qui est désavantageux au vu de la parité euros/dollars, le site de Mobile effectuera ses ventes et ses achats en dollars. L’opération est forcément gagnante.

Le pari de cette installation américaine semble d’autant moins risqué qu’Airbus s’installe dans un marché ultra prometteur. Selon les estimations du groupe, les Etats-Unis devrait représenter un marché de 5880 avions sur les vingt prochaines années, dont 4730 monocouloirs. Un chiffre qui s’explique par une explosion du trafic aérien : +40% en vingt ans (+2,4% par an), pour arriver à 37 millions de passagers par an. A se demander pourquoi Airbus n’a pas commencé sa production d’avions aux Etats-Unis bien avant…

A Mobile (Etats-Unis), Olivier James



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