Pourquoi l'invasion des trottinettes électriques en libre service n’aura pas forcément lieu

Elle a, selon ses promoteurs, conquis les Etats-Unis. Et, révèle le Financial Times, la maison-mère de Google Alphabet aurait investi 300 millions de dollars dans une des start-up les plus prometteuses du secteur, Lime. Pourtant, l’arrivée de la trottinette électrique en libre-service en France n’est ni une première, ni un succès garanti d’avance.

Partager
Pourquoi l'invasion des trottinettes électriques en libre service n’aura pas forcément lieu
L’entreprise californienne Lime a débarqué en France avec ses trottinettes électriques en "free floating"

Vous n’avez pas pu échapper à cette information (notamment si vous vivez à Paris ou à proximité). Vendredi 22 juin, l’entreprise californienne Lime a débarqué en France, avec ses trottinettes électriques en "free floating" - comprenez sans station et borne d’attache, à l’instar de ce qui se pratique déjà pour certains vélos et scooters électriques - et donc laissées sur le trottoir une fois arrivé à destination.

Une première en France ? Pas vraiment. Des trottinettes électriques en libre-service avaient déjà été lancées au Mans, en mars 2017, dans le cadre d’une expérimentation de quelques mois, après avoir été testées lors des 24 heures du Mans par des écuries automobiles, relatait Ouest-France à l’époque. La start-up aux manettes, SophieTrot, cofondée par un Polytechnicien, avait ensuite présenté ses produits (rechargeables automatiquement une fois rangés dans leurs casiers) au Salon Autonomy 2017 du Mans. Echangeant avec Angers, Le Havre ou encore La Rochelle pour prendre le relais. A Montpellier, c’est le promoteur immobilier nîmois Tissot, qui s’est lancé dans la trottinette en libre-service.

(Crédit: SophieTrot)

Plusieurs projets concurrents ou en gestation

A Valbonne, l’entreprise Clean Energy Planet - qui conçoit des stations de charge et sécurisation automatiques pour vélos et véhicules électriques en libre-service – s’est associée pour sa part en janvier dernier à AirLab, spécialiste français de la trottinette électrique. Un projet démarré en 2016, pour déboucher vers un démonstrateur associant sa solution libre-service à tous types d’engins à deux roues. Chez Transdev Grand Est aussi, on dit "travailler sur de nouvelles opportunités de transports doux comme la trottinette électrique".

Elles ne sont pas électriques… Mais l’an dernier, la start-up strasbourgeoise Knot avait déployé une quarantaine de trottinettes en libre-service à Montrouge et Châtillon, deux communes des Hauts-de-Seine. Une expérimentation menée durant l'été, dans le cadre d'un appel à projets lancé par la Société du Grand Paris et le Syndicat des transports d'Ile-de-France. A l’instar du système du Velib’, ces trottinettes doivent être empruntées et ramenées à des bornes fixes, localisables à partir d'une application mobile. Après que la start-up ait revu les composants de la trottinette, en particulier les freins, et résolu quelques bugs, une offre a récemment été lancée dans deux villes: Saint-Denis, aux portes de Paris, et Colmar (Haut Rhin).

De coûteuses contraintes… comme la maintenance

Mode de transport respectueux de la planète, peu onéreux, adapté à de courts trajets, flexible, alternative à des transports en commun engorgés dans les grandes villes… La trottinette en libre-service semble, sur le papier, disposer d’un gigantesque potentiel de marché dans l’Hexagone. Mais la partie est loin d’être gagnée pour autant pour les entreprises qui se lancent.

Car elles ont souvent tendance à sous-estimer les coûts de la maintenance liée aux fortes dégradations des appareils, qui a notamment récemment fait abandonner au chinois Gobee.bike son offre de vélos en free-floating en France. Et causé de nombreuses difficultés aux opérateurs du Vélib’ à Paris. Qui dit électrique, dit aussi mode de recharge bien pensé, électrifié, avec des stations suffisamment proches les unes des autres. Ou, si l’on parle de libre-service, d’employés s’occupant de ramener les équipements à bon port.

A LIRE AUSSI

Après quatre mois de déboires, Smovengo revoit sa copie sur le Vélib’

Des contraintes qui devront être prises en compte dans le modèle économique de Lime, qui se targue "du soutien des plus grands investisseurs de la Silicon Valley qui ont investi plus de 350 millions de dollars en un an", et d’employer "à ce jour plus de 200 personnes à travers le monde, dont une quarantaine de salariés et de partenaires en France".

La fronde anti-trottinette monte outre-Atlantique

Mais même aux Etats-Unis, où Lime s’est implanté dans une soixantaine de villes et campus, la fronde gronde. Plusieurs villes ont ainsi pris des mesures pour lutter contre les trottinettes électriques abandonnées en plein milieu des trottoirs, exaspérant les riverains, ou dangereuses pour les piétons. Début juin, Lime et ses concurrents Bird et Spin ont même vus leurs dispositifs de location interdits à San Francisco, en attendant l’obtention d’un permis lié au respect de règles de bonne conduite.

(Crédit: Salomé, blogueuse française testant le concurrent Bird en Californie)

"Nous avons travaillé en amont sur les solutions à apporter pour pallier aux problématiques de recharge, d’encombrement des trottoirs et de dégradations des trottinettes. Les collecter chaque soir nous permet de proposer des engins en parfait état de marche et non abîmés. A ce jour, nous sommes les seuls acteurs du free floating à être en mesure de proposer cela", estime pour sa part Arthur-Louis Jacquier, le directeur général de Lime France, qui dit par ailleurs avoir rencontré les représentants de la Mairie de Paris avant le lancement. La Loi d’orientation des mobilités (LOM), qui sera présentée au Parlement à la rentrée, pourrait néanmoins mettre de l’ordre dans toutes ces initiatives.

Pour ceux qui s’intéressent à Lime, le concept est simple : installer sur son smartphone l’application mobile, qui permet de visualiser les trottinettes disponible, les bloquer ou débloquer, contrôler le niveau de la batterie, et obtenir des tutoriels. Impossible de dépasser les 24 km/heure (et gare aux accidents, le port du casque est recommandé), pour une autonomie est de 50 km. Il faudra compter un euro par course + 0,15 centimes / minute.

SUR LE MÊME SUJET

Sujets associés

NEWSLETTER La Quotidienne

Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.

Votre demande d’inscription a bien été prise en compte.

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes...

Votre email est traité par notre titre de presse qui selon le titre appartient, à une des sociétés suivantes du : Groupe Moniteur Nanterre B 403 080 823, IPD Nanterre 490 727 633, Groupe Industrie Service Info (GISI) Nanterre 442 233 417. Cette société ou toutes sociétés du Groupe Infopro Digital pourront l'utiliser afin de vous proposer pour leur compte ou celui de leurs clients, des produits et/ou services utiles à vos activités professionnelles. Pour exercer vos droits, vous y opposer ou pour en savoir plus : Charte des données personnelles.

LES ÉVÉNEMENTS L'USINE NOUVELLE

LES PODCASTS

A Grasse, un parfum de renouveau

A Grasse, un parfum de renouveau

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Anne Sophie Bellaiche nous dévoile les coulisses de son reportage dans le berceau français du parfum : Grasse. Elle nous fait découvrir un...

Écouter cet épisode

Les recettes de l'horlogerie suisse

Les recettes de l'horlogerie suisse

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, notre journaliste Gautier Virol nous dévoile les coulisses de son reportage dans le jura suisse au coeur de l'industrie des montres de luxe. 

Écouter cet épisode

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Le rôle des jeux vidéo dans nos sociétés

Martin Buthaud est docteur en philosophie à l'Université de Rouen. Il fait partie des rares chercheurs français à se questionner sur le rôle du jeu vidéo dans nos...

Écouter cet épisode

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Les coulisses d'un abattoir qui se robotise

Dans ce nouvel épisode de La Fabrique, Nathan Mann nous dévoile les coulisses de son reportage dans l'abattoir Labeyrie de Came, dans les Pyrénées-Atlantiques, qui robotise peu à peu...

Écouter cet épisode

Tous les podcasts

LES SERVICES DE L'USINE NOUVELLE

Trouvez les entreprises industrielles qui recrutent des talents

WESER

Technicien Qualité (H/F)

WESER - 03/10/2022 - CDI - TOURS

+ 550 offres d’emploi

Tout voir
Proposé par

ARTICLES LES PLUS LUS