Pourquoi l’industrie pharmaceutique multiplie les retards d’approvisionnement  

Depuis trois ans, les ruptures de stocks de médicaments explosent. Principaux responsables, les industriels tentent d’y remédier, mais affirment que les baisses de prix imposées par le gouvernement vont fragiliser le système.

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Pourquoi l’industrie pharmaceutique multiplie les retards d’approvisionnement  

Le Doxycycline en janvier dernier, le Levothyrox à l’été 2013… Depuis trois ans, le nombre de médicaments en rupture de stock à l’hôpital ou en pharmacie augmente. Et ce, malgré le discours rassurant du syndicat de l’industrie pharmaceutique, le Leem : "On parle de 5% de situations de rupture" pour les médicaments vendus en pharmacie.

Pourtant, la situation est grave. Traitements hormonaux, du système nerveux, anticancéreux… Même des médicaments indispensables peuvent être en situation de pénurie. "Depuis la mi-2013, nous avons connu cette situation pour 30% des anticancéreux injectables que nous utilisons", estime Laurence Escalup, pharmacienne à l’Institut Curie, un des grands centres français de traitement du cancer.

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L’accès aux matières premières fragilisé par le dumping asiatique

Deux causes justifient la multiplication des cas : l’allongement de la chaîne d’approvisionnement et l’augmentation du nombre d’acteurs. Entre la fabrication des principes actifs et des excipients, leur transformation et leur conditionnement par les laboratoires, la préparation des commandes et le transport par des "grossistes-répartiteurs" jusqu’aux pharmacies, il peut s’écouler quatre mois, voire plus d’un an pour un vaccin ! Si les causes sur les ruptures de stock de médicament sont multiples, trois d’entre elles prédominent, selon une enquête réalisée par le Leem (voir encadré).

Dans 16% des cas, il s'agit d'un problème d'approvisionnement en matières premières, en amont de la chaine. Aujourd'hui, 60 % à 80 % des principes actifs sont fabriqués hors d’Europe, majoritairement par des chimistes indiens et chinois, contre 20 % il y a trente ans. Il arrive même que tous les laboratoires pharmaceutiques disposent du même fournisseur mondial ! Si ce dernier connait des difficultés de production, c'est la catastrophe assurée... Ne faudrait-il donc pas sécuriser cet approvisionnement en Europe ? "Les chimistes ne fournissent pas que la pharmacie, mais ce secteur a dû se réorganiser sous le coup des acteurs asiatiques, qui ont fait du dumping sur certains produits", reconnaît Christophe Ettviller, président du groupe Distribution du Leem. "Alors, quand nous ne disposons que d'un fournisseur sur un produit sensible, on fait du stock." Car la législation impose aux laboratoires de fournir leurs marchés sans discontinuité.

Quand la production de médicaments n’est plus rentable…

Problème, ces derniers ont aussi des progrès à faire. Car 33% des ruptures de stock de médicaments sont causées par des problèmes de production dans leurs usines. Les groupes pharmaceutiques ont dû mettre en place des seuils d’alerte, des systèmes d'astreinte pour produire en continu certains traitements, des numéros auxquels peuvent les joindre à tout moment médecins et pharmaciens... Mais la problématique se pose aussi lorsque la production d’un médicament n'est plus assez rentable, à cause d'un prix de vente devenu trop bas, assure Philippe Lamoureux, le directeur général du Leem. "Par exemple, le sujet peut être posé pour les antibiotiques injectables."

Selon les pharmaciens, la situation s'est heureusement améliorée pour les produits dits sensibles, pour lesquels il n'existe pas ou peu d'alternatives thérapeutiques. Et, à l'hopital comme dans les pharmacies ou chez les grossistes-répartiteurs, on prend l'habitude de faire du stock... Mais les nouvelles restrictions budgétaires annoncées par le gouvernement "viennent fragiliser cette chaine d’approvisionnement", s’inquiète Philippe Lamoureux. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, "nous promet un tunnel de trois ans avec 3,5 milliards de baisse de coûts". Du coté du ministère de la Santé, on planche pourtant sur la problématique de l'approvisionnement. Une liste de médicaments d’intérêt thérapeutique majeurs, à sécuriser en priorité, pourrait voir le jour avant la fin de l'année.

Gaëlle Fleitour

Les process industriels en cause

Selon une enquête réalisée l’an dernier par le syndicat de l’industrie pharmaceutique auprès de 90 laboratoires concernés, trois causes principales expliquaient les ruptures de stock rencontrées. Dans 33% des cas, elles étaient liées à des problèmes de process industriel rencontrés par le laboratoire. Dans 28% des cas, les prévisions étaient mauvaises : les capacités industrielles de l’entreprise se sont révélées insuffisantes face à l’augmentation des ventes. Dans 16% des cas, il s’agissait d’un problème d’approvisionnement en matière première ou en excipient, en amont de la chaine.

 

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