Pourquoi l'Etat n'a pas nationalisé Florange

Matignon explique que cette nationalisation, qui aurait coûté 600 millions d'euros à l'Etat, était trop longue et risquée, à la fois pour l'Etat, le repreneur éventuel, et les salariés.

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Pourquoi l'Etat n'a pas nationalisé Florange

La mine défaite, de profondes cernes sous les yeux, Arnaud Montebourg s'est finalement assis, hier, à la table des ministres qui recevaient, à Matignon, les représentants des salariés d'ArcelorMittal Florange. Pourtant, désavoué par Matignon, il lui était sans doute difficile de soutenir la position gouvernementale face aux syndicalistes auprès desquels il avait pris d'autres engagements. Vendredi, on apprenait effectivement que la solution âprement défendue par le ministre du Redressement productif n'avait pas été retenue. Exit la nationalisation temporaire qui aurait pu sauver les hauts fourneaux de Florange... Place à un accord avec Mittal qui certes, sauve les 629 postes, mais éteint les hauts fourneaux fin mars 2013.

Face à la déception des salariés et d'une partie de la gauche, le gouvernement a tenté hier mercredi d'expliquer les raisons de l'abandon de ce qui n'était "qu'une solution parmi d'autres, expertisée sérieusement avant d'être rejetée", selon Matignon.

Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, sur le plateau de France 2, a indiqué que cette nationalisation aurait coûté un milliard d'euros. Selon les estimations de Bercy, l'expropriation et l'indemnisation de Mittal nécessitaient 400 millions d'euros environ, la remise en état fonctionnelle des hauts fourneaux 400 autres millions, et 200 millions de fonds de roulement étaient nécessaires. "Sans compter les investissements stratégiques et de maintenance sur la partie froide, qui représentaient 180 autres millions, ceux qu'ArcelorMittal s'est finalement engagé à investir", explique l'entourage du premier ministre. Coût total pour l'Etat : 600 millions d'euros, les 400 autres étant apportés par le repreneur qui s'était manifesté. D’où le milliard avancé par Jean-Marc Ayrault qui "vendait" encore ce matin sa décision sur RTL.

Risque de contentieux

Outre le coût, "le chemin de la nationalisation aurait été très long", soulignent les services du premier ministre. Trois ou quatre mois pour voter la nationalisation, plus un temps de gestion par l'Etat, qui aurait été majoritaire au capital, et un temps de cession au repreneur, celui de la privatisation. Soit deux ou trois ans, au bout desquels "il était impossible de savoir si l'Etat allait retrouver ses billes". Le repreneur allait-il attendre tout ce temps ? Que seraient devenus les salariés durant cette période ? Trop hasardeux dans le contexte économique actuel, quelle que soit la valeur du repreneur potentiel.

De plus, Mittal ne se serait pas laissé faire, estime-t-on, et les risques de contentieux auraient été importants. En France, on n'a jamais nationalisé un seul site, mais plutôt des entreprises ou des secteurs, fait-on remarquer, pour insister sur l'incertitude juridique qui pesait sur cette procédure.

Surtout, le gouvernement avait parfaitement conscience qu'il se serait retrouvé face à une surcapacité de production de l'acier. "Refaire de l'acier liquide à Florange aurait obligé à revoir la voilure à Dunkerque, et pas seulement parce que ces sites appartiennent au même groupe, souligne l'entourage du premier ministre. Si l'Etat avait nationalisé tout Mittal France, il aurait eu lui aussi des arbitrages à mener" entre ses sites.

Les regards sont maintenant tournés vers l'avenir : investissements sur la filière froide de Florange promis par Mittal, accords collectifs à négocier pour éviter les licenciements, projet Ulcos de captage du CO2 à défendre au niveau européen. Un comité de suivi se chargera de toutes ces suites, et les syndicats seront à nouveau reçus à Matignon dans les semaines à venir pour y être associés.

Cécile Maillard

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