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L'Usine Santé

Pourquoi l'ANSM a été perquisitionnée dans le cadre de l'essai clinique de Rennes

Astrid Gouzik

Publié le

Le mardi 19 avril, la gendarmerie procédait à une perquisition dans les locaux de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Qu'allaient-ils chercher dans les ordinateurs de l'autorité, chargée de valider les protocoles des essais cliniques ? Dans le même temps, le comité d'experts mis en place par l'agence rendait ses conclusions sur l'essai clinique mortel de Rennes. Décryptage. 

Pourquoi l'ANSM a été perquisitionnée dans le cadre de l'essai clinique de Rennes © capture d'écran - Google street view

"Comme dans tous les accidents, c'est une série de petites erreurs, d'imprudences qui se sont accumulées". Et ont abouti à un drame. C'est en ces termes que le professeur Bernard Bégaud a qualifié l'essai clinique mortel de Rennes. Le professeur de pharmacologie a présidé le comité d'experts mis en place par l'Agence nationale de sécurité du médicament, dès le 21 janvier 2016. 

Durant trois mois, ces douze membres, choisis pour leurs compétences en toxicologie, pharmacologie, pharmacovigilance, neurologie et médecine interne ont regardé dans le détail chaque dossier, analysé chaque document, recalculé chaque donnée afin de déterminer les causes de l'accident survenu en Bretagne lors d'un essai clinique de phase 1.

Retour sur les faits. Le laboratoire portugais Bial choisit le centre de recherche rennais Biotrial pour mener l'essai clinique de phase 1 pour un nouveau médicament qu'il développe, un anti douleur. L'essai démarre le 9 juillet sur 128 volontaires sains âgés de 18 à 55 ans. 90 personnes reçoivent des doses variables, les autres des placebos.

Le 15 janvier dernier, un patient est admis aux urgences et meurt quelques heures plus tard. Cinq autres sont hospitalisées. Elles faisaient toutes partie de la cohorte recevant la dose la plus élevée, en prises répétées. La ministre de la Santé Marisol Touraine déplore alors un "événement d'une exceptionnelle gravité, sans précédent dans notre pays".

"En dépit du bon sens"

A quel moment l'essai clinique est-il devenu dangereux pour ces volontaires ? Une erreur a-t-elle été commise ? L'ANSM - dont le rôle est d'examiner puis d'autoriser ou non les essais cliniques - est-elle responsable ? C'est à toutes ces questions que devront répondre l'enquête des autorités judiciaires d'un part, et de l’Inspection Générale des Affaires sociales (IGAS) d'autre part. L'Igas devrait remettre ses conclusions d'ici un mois.

De premiers éléments de réponse ont été fournis par le comité scientifique mis en place par l'ANSM et dirigé par le professeur Bégaud qui admet : "rien n'a réellement été fait allant à l'encontre des règles, mais beaucoup de choses ont été faites en dépit du bon sens".

Le principal écueil, selon lui, découle du fait qu'il n'existait aucune démonstration convaincante que la molécule serve réellement à quelque chose. Et ce, dès la phase des tests sur les animaux. "Il n'y avait rien de bloquant, mais ils démontraient que la molécule n'était pas très bien tolérée par les animaux". Et la conduite de ces tests préliminaires a soulevé son lot de problèmes.

Note interne et données informatiques

Il existerait même une note interne à l'ANSM rédigée par l'un de ses évaluateurs où il listerait des effets toxiques de la molécule sur les animaux. C'est, alertée par cette information, que la gendarmerie aurait décidé de perquisitionner les locaux de l'ANSM. Ils auraient saisi des données informatiques.

Une nouvelle imprudence commise lors de cet essai clinique concerne les doses administrées aux patients. "Il s'est avéré que l'enzyme était bloqué à 100% avec une dose de 5 mg", note Bernard Bégaud. Les volontaires hospitalisés ont reçu une dose de 50 mg pendant 5 jours consécutifs. Ce qui fait dire au comité d'experts que la toxicité de la molécule testée a été facilitée par l'accumulation progressive, au niveau cérébral. L'autre négligence concernerait la vitesse à laquelle on arrive à la dose maximale. Le comité dénonce "une accélération peu compréhensible de l’escalade des doses entre les cohortes MAD 20 et 50 mg qui a vraisemblablement joué un rôle important dans le déclenchement de l’accident."

En conclusion, les experts assurent que les données transmises, notamment la Brochure Investigateur, ne contenaient pas d’informations de nature à faire craindre un risque particulier lors d’une première administration à l’homme. Mais ils rappellent tout de même que celle-ci comportait "un assez grand nombre d’erreurs, d’imprécisions, d’inversion de chiffres ou de traduction erronée des documents sources qui rendent la compréhension difficile sur plusieurs points. Ceci est tout à fait surprenant du fait de l’importance réglementaire de ce document."

Suffisamment d'erreurs pour engager la responsabilité de Biotrial et de l'ANSM ? Seules l'enquête judiciaire et les conclusions de l'Igas pourront le dire.

Astrid Gouzik

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