L'Usine Aéro

Pourquoi l’américain Hexcel investit 200 millions en France pour produire des fibres de carbone

Olivier James , , ,

Publié le , mis à jour le 07/10/2014 À 18H23

L’entreprise américaine va investir 200 millions d’euros dans un site de production de fibres de carbone à destination du secteur aéronautique. Un choix qui peut paraître surprenant pour une activité aussi électro-intensive. Explications.

Pourquoi l’américain Hexcel investit 200 millions en France pour produire des fibres de carbone © D.R.

Après une étude qui aura passé à la loupe 27 pays et 67 sites industriels, le choix se portera finalement sur l’Isère ! Et en particulier sur la plate-forme chimique de Roussillon (Isère) : c’est là que le groupe américain Hexcel établira sa nouvelle usine de production de fibres de carbone. De quoi ravir le département : l’investissement de l’industriel s’élèvera à 200 millions d’euros et devrait créer 120 emplois. Et peut-être davantage encore dans quelques années. "Quand l’usine entrera en production, vers 2018, nous lancerons une deuxième phase d’investissement du même montant si le marché des matériaux composites maintient sa croissance actuelle de 10% par an", précise Thierry Merlot, vice-président, directeur général Hexcel Europe, Asie et Moyen-Orient.

Dans le détail, l’entreprise américaine, qui a généré un chiffre d’affaires de 1,7 milliard de dollars en 2013 et emploie 5300 personnes, se lance dans la construction de deux usines qui vont être construites dès la mi-2015. La première sera chargée de la production du précurseur polyacrylonitrile (PAN), la seconde procèdera à la carbonisation de ce matériau qui permet d’obtenir les fibres de carbone. Toutes deux seront implantées sur une surface de 15 hectares sur une plate-forme industrielle gérée par le Groupement d'Intérêt Economique (GIE) Osiris. Les capacités de production de ces usines ? "Ce sont des données confidentielles", répond Thiery Merlot.

Le directeur général est en revanche plus disert pour justifier le choix de l’implantation. Une décision stratégique qui peut surprendre alors que la production de fibres de carbone nécessite de grandes quantités d’énergie, en particulier au moment de la carbonisation du PAN où les températures s’élevent entre 1500 et 2000 °C. "Hexcel est un industriel électro-intensif, confirme Thierry Merlot. Et nous avons la particularité de consommer de l’énergie 24/24h et 7/7j". Pourquoi dans ce cas faire le choix de la France ?

Des grands clients à proximité

Réponse : "La France reste bien placée pour son coût de l’électricité nucléaire", estime Thierry Merlot. Ce n’est pas tout. La plate-forme chimique de Roussillon, qui accueille des industriels comme Bluestar Silicones ou Novacyl également consommateur d’énergies et de matières premières, offre à Hexcel un accès à des équipements mutualisés, comme le traitement des eaux usées, l’achat d’énergie, de gaz, de vapeur… Autre argument, le plan de prévention des risques technologiques (PPRT) déjà au point évite au groupe de devoir l’établir. Hexcel aurait pu s’installer dans le bassin de Lacq (Pyrénées-Atlantiques), l’autre grande plate-forme chimique française. Mais son concurrent et client Toray vient tout juste d’inaugurer son usine de production de PAN destiné au secteur de l’aéronautique…

Enfin, c’est la proximité des grands donneurs d’ordre de l’aéronautique et la présence industrielle française du groupe qui a pesé dans la décision. Hexcel possède trois sites industriels dans l’hexagone : à Dagneux (Ain), Les Avenières (Isère) et Nantes (Loire-Atlantique). Ils emploient avec le bureau commercial de Toulouse 890 personnes et génère un chiffre d’affaires de 402 millions d’euros. Pour ce qui est des clients, ces fibres de carbone serviront in fine aux matériaux composites utilisés dans l’Airbus A350 et le Leap de CFM International (joint-venture entre Snecma et General Electric), moteur qui équipera l’A320neo, le Boeing 737MAX et le C919 du chinois Comac. "Nous aurons avec cette nouvelle usine une filière entièrement intégrée dans la région Rhône Alpes", explique Thierry Merlot. Pour Airbus, Hexcel mettra à profit certains de ses sites français de production pour fournir des pré-imprégnés (fibres de carbone enduites de résine). Pour Snecma, il délivrera directement ses fibres de carbone sur le nouveau site du groupe à Commercy (Meuse).

Olivier James

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