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L'Usine Matières premières

Pourquoi l'accord à l'Opep ne va pas faire flamber les prix à la pompe (les taxes, en revanche...)

Myrtille Delamarche

Publié le , mis à jour le 01/12/2016 À 13H14

Entretien L’annonce d’un accord de l'Opep réunie à Vienne mercredi 30 novembre fait bondir les cours du pétrole. A la pompe, ces mouvements sporadiques qui n'effacent pas la surproduction devraient passer relativement inaperçus. Ou du moins produire moins d’effets que les hausses de taxes prévisibles en 2017, affirmait à la veille de cette échéance Francis Duseux, le président de L’Union française des industries pétrolières (Ufip).

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L’Usine Nouvelle - Un accord de l’Opep aurait un effet immédiat sur le niveau des cours du pétrole. Mais croyez-vous à une hausse durable ?

Francis Duseux - Le baril de pétrole est très volatil en raison des interrogations des marchés sur un éventuel accord à l’Opep, mais la tendance des prix est à la hausse pour d'autres raisons, et on observe aussi une légère hausse des prix des carburants. Même si un accord est annoncé, il faudra voir s’il est appliqué, car j’ai en tête beaucoup d’accords non respectés. Effectivement la Russie, l’Arabie saoudite, l’Iran pourraient réduire leur production. Mais on a aussi assisté à une réduction dans les huiles de schiste aux Etats-Unis, et la relance n’est pas encore partie.

On s’approcherait donc de l’équilibre ?

Si les volumes de grands producteurs sont figés voire en baisse, je pense qu’on s’approche d’un bon équilibre. Un cours qui flirte avec les 45 à 50 dollars ne suffira pas à relancer massivement les schistes américains. Il faudra peut-être plutôt atteindre les 60 dollars. Et si vraiment un accord est appliqué, les grands groupes relanceront les investissements. La machine pourrait repartir. Car nous aurons besoin pétrole à l’horizon 2020-21. La demande continue à augmenter de 1,2 à 1,4 million de barils par jour (Mbj). Or toutes les compagnies pétrolières ont coupé de manière drastique dans leurs budgets d’investissements. Et il faut tenir compte de la baisse de production naturelle sur les champs existants. Certains parlent de 5% par an sur les champs conventionnels par an. Si on applique cette baisse de 5% à la production mondiale actuelle, cela donne une baisse de 4Mbj. Si le déficit atteint 10 Mbj à l’horizon 2020, les schistes US ne seront pas capables de compenser. On risque de nouvelles tensions.

Pourquoi les prix à la pompe ne suivront-ils pas cette hausse des cours ?

Pour comprendre, il faut décomposer le prix d’un litre de gazole ou d’essence. Sur le gazole, la matière première – pétrole brut plus marges de raffinage – représente au 18 novembre 33 centimes d’euro par litre. A cela s’ajoutent la marge de distribution (10 centimes), puis les taxes : la TVA à 20% (8,9 centimes), puis la TICPE (51,1 centimes), puis la TVA à 20% sur la TICPE (10,2 centimes). Donc la partie variable conserve une bonne corrélation avec le produit brut, aux cotations internationales. Il y a quelquefois des tensions, typiquement sur le gazole l’hiver, alors plus élevé par rapport au brut qu’en été. L’été, c’est le contraire, on observe une tension sur l’essence avec la hausse des trajets de particuliers. Mais sur un prix final de 1,14€, l’ensemble matière première plus distribution ne représente que 43 à 44 centimes, et les taxes 70 centimes, dont une importante partie fixe. Si vous réduisez de moitié le prix de la matière première, cela ne réduira pas d’autant le prix à la pompe, car la matière ne représente qu’un tiers de ce prix. Et c’est pareil à la hausse. C’est encore plus vrai sur l’essence, dont les taxes représentent 90 centimes sur un prix final à 1,34€. Ceci, car la TICPE est plus élevée.

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Pourquoi l'essence est-elle plus taxée?

C’est une décision qui a été prise par les pouvoirs publics de favoriser le gazole, car les motoristes français – Peugeot, Citroën - fabriquaient des moteurs diesel performants. C’est une forme de soutien à l’industrie automobile.

Cela va changer…

Les parlementaires, notamment suite au scandale Volkswagen, ont pris la décision d’un rattrapage de la fiscalité gazole sur l’essence en 5 ans. En 2020, ces deux carburants auront donc une fiscalité équivalente. Ils auraient pu baisser la taxe essence, mais ils ont fait le choix de remonter celle sur le gazole.

Quel impact pour les raffineurs ?

Nous réclamons ce rééquilibrage depuis longtemps, car nous ne pouvons pas fabriquer tout le gazole consommé en France. Nous en importons donc la moitié, tandis que nous exportons de l’essence. Essentiellement vers les Etats-Unis, mais ils ne sont plus importateurs.

Quels étaient les freins à lever ?

L’essentiel de la décision dépendait d’une discussion avec l’industrie automobile, sur le temps nécessaire pour rééquilibrer leurs chaînes de production entre essence et diesel. Il y avait un désir de lui laisser suffisamment de temps.  Je pense que l’accord actuel donne satisfaction à tout le monde, constructeurs comme raffineurs.

Quelle part représentent l’offre et la demande dans le prix des carburants ?

Le seul effet demande qu’on a pu voir est une légère hausse après l’écroulement des prix fin 2014. Avec une différence d’environ 30 centimes par litre, les automobilistes faisaient un peu moins attention. Mais ces variations sont beaucoup plus marquées aux Etats-Unis, car il y a là-bas très peu de taxes sur le carburant, qui répercute la quasi-intégralité de la baisse du pétrole. 80% des Français n’ont pas d’alternative, pas d’accès simple aux transports en commun. Donc une toute petite élasticité de la demande.

Comment les prix des carburants vont-ils évoluer en 2017 ?

Les taxes vont augmenter, car les députés ont voté une trajectoire (ou taxe) carbone, qui à terme en 2030 représentera 34 centimes par litre de gazole. En 2017, elle est de 12 centimes par litre. Ensuite, les prix du pétrole vont sans doute remonter fortement. A supposer qu’on revienne à 110 dollars le baril comme avant, nous aurions une augmentation potentielle de 30 centimes par litre sur la matière, en plus des taxes en hausse. Ce n’est pas à nous de décider, mais nous nous permettons régulièrement de rappeler aux pouvoirs publics que le carburant va peser lourd dans les budgets, et que cela joue sur le pouvoir d’achat, et renchérit les coûts pour nos industriels

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