Pourquoi Foxconn convoite les mémoires flash de Toshiba

Après avoir pris le contrôle de Sharp, le géant taiwanais de la sous-traitance électronique Foxconn lorgne les mémoires flash de Toshiba. Une manœuvre qui s’inscrit dans la stratégie du groupe de devenir fournisseur des  composants clés pour ses clients comme Apple ou Sony. Mais pas seulement.

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Pourquoi Foxconn convoite les mémoires flash de Toshiba
Terry Gou, PDG de Foxconn, à la manoeuvre pour s'emparer des mémoires flash de Toshiba

Toshiba vient officiellement d’ouvrir les enchères pour la cession de la majorité, voire la totalité de contrôle de ce qui constitue son joyau industriel : les mémoires flash NAND. Objectif ? Lever au moins 1500 milliards de yens, l’équivalent de 13 milliards de dollars selon Bloomberg, pour éponger sa perte dans le nucléaire aux Etats-Unis estimée provisoirement à 6,3 milliards de dollars et assainir la structure de son bilan financier. Les prétendants ont jusqu'au 29 mars 2017 pour soumettre leurs propositions.

Projet industriel et non un simple investissement

Une dizaine de candidats sont sur les rangs. Parmi eux, un nom fait figure de grande surprise. Il n’est pas présent dans les semiconducteurs et encore moins dans les puces mémoires. Il vient du monde de la sous-traitance électronique. Il s’agit de Hon Hai Precision Industry. Plus connu sous le nom de Foxconn, le géant taiwanais, qui s’est illustré par la prise du contrôle en août 2016 de Sharp, l’un des trois fleurons de l’électronique au Japon aux cotés de Sony et Panasonic, cherche maintenant à s’offrir une seconde proie nipponne.

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Lors du coup d’envoi de son projet de création d’une usine d’écrans LCD de 9 milliards de dollars en Chine, son PDG-fondateur Terry Gou a défendu le sérieux de son offre, la présentant comme un projet industriel et non un simple investissement. Il fait miroiter les avantages qu’il a sur d’autres prétendants potentiels comme le coréen SK Hynix ou l’américain Micron Technology, deux concurrents dans les mémoires flash de Toshiba, ou des fonds d’investissement comme Bain Capital, Silver Lake Partners ou KKR, davantage intéressés par le rendement financier que par le développement de l’activité.

Expérience dans la construction d'usines en Chine

"Nous pouvons aider Toshiba à construire et opérer des usines en Chine, tandis qu’il peut conserver au Japon le cœur de ses technologies, explique-t-il selon les propos rapportés par le journal The Japan Times. Toshiba a besoin de capacités massives de production et d’un partenaire pour codévelopper les prochaines générations technologiques. Hon Hai Precision Industry peut lui apporter les deux à la fois."

Terry Gou sait qu’il est en position de force. Depuis qu’il a réussi à prendre le contrôle de Sharp en dépit des résistances de Tokyo, il a franchi une barrière importante en démontrant l’efficacité de sa gestion. En seulement deux trimestres, il a réussi à ramener au vert le groupe d’Osaka après 5 ans de difficultés chroniques et se prépare à le mettre sur le chemin de la contre-offensive. Et ceci sans suppression de postes ni arrêt d’activités. Par rapport à des prétendants comme SK Hynix, Micron Technology et Western Digital, il sait qu’il a l’avantage. "Le fait que nous ne soyons pas présents dans les mémoires flash nous libère des contraintes de concurrence, nous n’aurions pas de problème pour obtenir rapidement les autorisations nécessaires", martèle-t-il. Un sacré atout pour Toshiba qui espère boucler l’opération au plus vite pour disposer de l’argent frais et éviter la banqueroute.

Apple derrière la manoeuvre de Foxconn?

Mais pourquoi un sous-traitant électronique comme Foxconn convoite-t-il les mémoires flash Toshiba ? La première réponse tient à ses clients. Tous sont de gros consommateurs de mémoires flash dans les produits qu’il assemble pour leur compte. Apple pourrait être derrière cette manœuvre, comme cela semble avoir été le cas pour la prise de contrôle de Sharp. Toshiba est en effet l’un de ses deux fournisseurs clés de mémoires flash 3D aux cotés de Samsung Electronics. La firme à la pomme veut éviter que l’activité de son fournisseur tombe entre de mauvaises mains. Pour sécuriser ses approvisionnements, elle pousserait Foxconn, qui assemble l’essentiel de ses iPhones, à s’en emparer.

Pour le groupe taiwanais, c’est également l’opportunité de conforter sa stratégie de diversification en vue de devenir fournisseur de composants clés pour ses clients. Avec l’objectif de regonfler ses marges écrasées autour de seulement 3% dans son métier traditionnel d’assemblage électronique. Foxconn est déjà présent dans les écrans LCD à travers sa filiale Innolux, devenu le numéro un taiwanais et numéro trois mondial des afficheurs aux cristaux liquides derrière les coréens LG Display et Samsung Display. Une position qu’il renforce avec le rachat de Sharp, premier fabricant japonais d’écrans LCD et l’un des leaders technologiques mondiaux dans le domaine.

Diversification dans les semiconducteurs

Terry Gou veut aller plus loin en se diversifiant dans les semiconducteurs, et compte le faire en s’appuyant sur l’activité de Sharp dans ce domaine. Des smartphones d'Apple aux consoles de jeux de Sony, les semiconducteurs constituent le cœur technologique des produits qu’il réalise pour ses clients. "Nous ne pouvons plus nous permettre de ne pas les avoir dans notre offre de fourniture de composants", affirme le patron du groupe. Avec les mémoires flash de Toshiba, il disposerait d’une sacrée rampe de lancement sur ce marché de 340 milliards de dollars dans le monde en 2016, selon Gartner.

Ridha Loukil Grand reporter électronique et informatique
Ridha Loukil

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