La "fabrique météo" de Ford se dote de pilotes d'essais... robotiques

Ford a ouvert en 2018 une "fabrique météo" à Cologne (Allemagne), ville où est installé son siège européen. Ce centre ultra-moderne permet de tester les véhicules de la marque dans des conditions climatiques variées… et extrêmes. Nouveauté 2021 : des robots sont mis à contribution pour tester les véhicules !

 

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Pluie, vent, canicule, neige... La fabrique météo de Ford à Cologne peut recréer toutes les conditions climatiques ou presque.

Le jour de notre visite, il tombe des cordes dans le centre-ville de Cologne. D’immenses éclairs déchirent le ciel, le vent se déchaîne, la pluie claque sur les pavés du parvis de la gare. Aucune lumière ne filtre à travers les épais nuages, la ville est comme plongée dans le noir. Pourtant, à quelques kilomètres de là, dans le quartier de Niehl, il y a un endroit où le soleil brille toujours et où le mercure culmine à plus de 30 degrés, avec un taux d’humidité de 70%. Ce lieu, ce n’est pas un sauna ou une bulle tropicale récréative mais l’une des pièces spéciales d’un bâtiment flambant neuf sorti de terre sur l’immense site industriel de Ford : le "centre de tests environnementaux" du constructeur américain, aussi surnommé "Fabrique météo". Une unité capable de recréer à peu près tous les climats existants pour tester les véhicules de la marque dans des conditions variées.

Un investissement de 70 millions d'euros

Ce centre environnemental a ouvert ses portes en mai 2018 après trois années de travaux. Si cet équipement de pointe ne coûte pas aussi cher qu’une "vraie" unité de production, Ford y a tout de même investi 70 millions d’euros. À comparer aux 300 millions d’euros injectés dans l’usine voisine pour la production de la nouvelle Fiesta ou aux 600 millions investis à Sarrelouis, non loin de la frontière française, pour la fabrication de la Focus.

La création de cette "fabrique météo", dont le maître d’œuvre est la société américaine spécialisée Jacobs, est une "décision stratégique" majeure pour Ford Europe, selon les mots de Michael Steup, qui a porté le projet. L’idée est de mettre un outil ultra-performant à la disposition des différentes unités de Ford Europe présentes à proximité : le département design, le développement de nouveaux véhicules, les équipes spécialisées dans les motorisations, l’électronique, le chauffage… D’ailleurs, le site à peine ouvert (ses machines et logiciels sont encore en rodage), le planning de réservation des salles de test est déjà bien rempli. "Nous recevons des appels de nos collègues tous les jours, nous avons du mal à répondre à la demande", confie Michael Steup. "Ici, nous pourrons tester dix véhicules simultanément, avec des rotations de deux équipes par jour, 250 jours par an". Une quinzaine de salariés est dédiée à la préparation des véhicules et une soixantaine à l’utilisation et à la maintenance des machines.

Un simulateur d'altitude

Ce type d’équipement n’est pas inédit (BMW et Volkswagen ont leurs centres de tests environnementaux depuis au moins deux décennies) mais aucun ne rassemble autant de fonctionnalités aussi avancées que celui de Ford. Le centre de Cologne dispose par exemple d’un laboratoire capable de simuler l’altitude, jusqu’à 5200 mètres. Cette pièce est une prouesse à elle seule : la montée en altitude (il faut 7 minutes pour "grimper" de 0 à 5200 mètres) fait peser une pression de 5 tonnes sur les murs. Ceux-ci sont donc particulièrement renforcés. Une caisson de décompression est nécessaire et il n’est évidemment pas conseillé de s’aventurer non préparé dans un environnement proche de la haute montagne.

La "Weather factory" dispose de deux autres souffleries et de trois chambres où il est possible de faire varier la température (de -40 à +55°C), l’humidité, le vent (jusqu’à 250 km/h) ; de fabriquer de la neige (il faut quatre heures pour faire tomber 20 centimètres de poudreuse) et de la pluie, pour simuler toutes les situations climatiques. Aucun site dans le monde ne permet de faire varier tous ces ingrédients en un seul lieu pour recréer, à quelques mètres de distance, un désert, une forêt tropicale, la banquise…

Cet exploit technologique nécessite une débauche d’énergie. Le site consomme autant d’électricité qu’une ville de 2400 habitants, à 100% d’origine renouvelable (Ford se fournit auprès de la société RheinEnergie). Pour faire circuler l’air, il dispose d’une immense turbine d'une puissance d'1,2MW.

Tests sur le terrain, en studio ou numériques ?

Mais tous ces efforts ne tiennent pas du gadget ou de l’artifice visant à convaincre les futurs clients de la robustesse des productions de la marque. Ford insiste d’abord sur l'aspect "global" de ses productions et rappelle que la moitié de ses véhicules roulent dans des pays dont les routes dépassent les 1000 mètres d’altitude. L’utilisation des bancs de tests climatiques permettrait aussi de se passer d’une partie des tests dans des régions aux climats extrêmes. Des opérations coûteuses, soumises aux aléas climatiques… et nécessitant de se cacher des objectifs des paparazzis automobiles. La weather factory pourrait donc être à l’origine d’économies mais surtout d’un gain d’efficacité. "C’est pour cette raison que nous l’avons placée au plus près de nos équipes de conception en Europe", explique Michael Steup.

Quant à la simulation numérique, elle ne serait pas assez avancée pour couvrir tous les cas de figure traités en bancs d’essais. "Nous sommes encore loin de pouvoir nous passer de tests dans la réalité", juge-t-il. Mais une réalité hyper contrôlée, où l’on peut déclencher une averse, une tempête de neige ou une canicule en appuyant sur quelques boutons (et les faire cesser aussi facilement). Voici un compromis acceptable pour les démiurges automobiles en attendant le tout "simulation numérique".

Nouveauté 2021 : des robots en action !

En 2021, l'usine climatique de Ford s'est dotée de nouveaux pilotes qui n'ont jamais trop chaud ou trop froid, n'éprouvent pas le mal de l'altitude et se fatiguent pas : des robots. Nommés Shelby et Miles, ils ne vacillent pas face à la pression, en particulier lors des tests en altitude, où il est essentiel que l'essai soit reproduit parfaitement plusieurs fois. Chaque robot conducteur d'essai est capable de fonctionner à des températures allant de -40°C à +80°C ainsi qu'à des altitudes extrêmes - et peut être configuré et programmé pour différents styles de conduite. Les jambes du robot conducteur d'essai s'étendent jusqu'aux pédales d'accélérateur, de frein et d'embrayage, avec un bras positionné pour changer de vitesse et l'autre utilisé pour démarrer et arrêter le moteur.

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