Pourquoi FagorBrandt n’a pas séduit les grands groupes d’électroménager

Aucun spécialiste de l’électroménager, notamment Haier, n’a finalement déposé d’offre de reprise sur FagorBrandt, le fabricant d'électroménager en redressement judiciaire. La faute à un dossier juridiquement très complexe, des usines écartelées en Europe, des marques françaises appartenant à une filiale irlandaise mais dépendant d’une juridiction espagnole...

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Pourquoi FagorBrandt n’a pas séduit les grands groupes d’électroménager

L’américain Whirlpool, le suédois Electrolux, l’italien Candy, le turc Beko... Aucun de ces grands noms de l’électroménager n’a finalement déposé d’offre de reprise sur le fabricant FagorBrandt, en redressement judiciaire depuis le 7 novembre. Mais la plus grande surprise vient également du refus du chinois Haier de se porter candidat. Le géant de l’électronique et de l’électroménager a finalement jeté l’éponge au dernier moment, le 17 janvier, quelques heures avant l’horaire fatidique pour le dépôt des offres. C’était pourtant le candidat le plus attendu et le plus naturel à la reprise de FagorBrandt. "Juridiquement trop complexe, trop d’inconnues", répond à L’Usine nouvelle, René Aubertin, le président de Haier Europe.

Des liens étroits entre Fagor et Haier

Le groupe chinois (1ère marque d’électroménager dans le monde) avait pourtant noué des liens industriels depuis plusieurs mois avec le fabricant franco-espagnol. Haier avait confié la fabrication de ses lave-vaisselle à l’usine polonaise de Fagor, basée à Wroclaw, et avait surtout signé un accord avec lui en septembre pour la création d’une joint-venture, détenue à 51 % par Haier et 49 % par Fagor.

Le partenariat prévoyait la construction d’une usine de réfrigérateurs sur le site polonais, opérationnelle fin 2014, avec une capacité de production de 500 000 unités par an devant passer ensuite à 1 million d’unités. 56 millions d’euros devaient être investis dans l’opération, essentiellement déboursés par Haier. Fagor, de son côté, devait apporter des moyens industriels (lignes de production, presses...), récupérés notamment de l’usine italienne de Verolanuova, récemment fermée.

Un casse-tête juridique

Les difficultés à réunir les pièces intéressantes du puzzle ont découragé les grands industriels du secteur, déjà confrontés à la gestion d’un outil industriel en surcapacité en Europe de l’Ouest. Les pépites de FagorBrandt, le savoir-faire et les brevets, sont la propriété de l’entité française, mais les marques (Brandt, Sauter, Vedette et De Dietrich) sont logées dans une filiale irlandaise rattachée à la maison mère espagnole, sous l’administration judiciaire de San Sebastian (Espagne), tandis que l’usine polonaise est liée elle-aussi à la juridiction espagnole. C’est justement elle qui intéressait le plus Haier, car elle devait devenir une des pièces majeures de son dispositif industriel européen, avant la déconfiture de Fagor.

Le groupe chinois était également intéressé par le site de Saint-Jean-de-la-Ruelle, près d’Orléans (Loiret), qui fabrique des appareils de cuisson encastrables (fours, tables à induction), un segment dont il est quasiment absent aujourd’hui en Europe. Les autres sites du groupe, La-Roche-sur-Yon (Vendée), Aizenay (Vendée) et Vendôme (Loir-et-Cher), disposant de savoir-faire importants, mais ayant souffert d’un manque d’investissement chronique depuis plusieurs années, sur des activités très concurrencées le plus souvent, n’ont pas non plus suscité l’intérêt des majors du secteur.

Le choix arrêté fin février

Le tribunal de commerce de Nanterre (Hauts-de-Seine) devrait prendre une décision sur le choix du repreneur du groupe fin février. Quatre offres ont été déposées, dont une émanant du conglomérat algérien Cévital, qui pourrait reprendre jusqu’à 1 200 salariés. L’offre la mieux disante socialement devrait avoir les faveurs du tribunal.

FagorBrandt emploie près de 1 900 personnes en France sur 4 sites de production. Il faisait également fabriquer une partie de ses lave-linge à chargement par le haut chez le sous-traitant SITL à Lyon, dans un de ses anciens sites, employant 410 salariés. La société SITL a été placée en redressement judiciaire le 2 janvier, suite à l’arrêt des commandes de FagorBrandt.

Adrien Cahuzac

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