Pourquoi Engie veut sortir du GNL et mise sur Nord Stream 2

Engie a confirmé être en discussions avec Total pour céder ses activités amont de GNL. Il préfère le pipegaz moins cher et mise sur de nouvelles voies d’approvisionnement depuis l’Azerbaïdjan ou la Russie avec le projet Nord Stream 2.

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Pourquoi Engie veut sortir du GNL et mise sur Nord Stream 2
Engie a engagé une revue stratégique de ses activités de liquéfaction, transport et négoce international de gaz naturel liquide (GNL).

Engie confirme. Le groupe a bien engagé une revue stratégique de ses activités de liquéfaction, transport et négoce international de gaz naturel liquide (GNL). Il est en discussions avec des entreprises, notamment Total. Les activités concernant l'aval dans le GNL, comme la regazéification et la commercialisation en aval des terminaux, ne sont pas concernées. Cette revue stratégique se déroule alors que le groupe a entamé un plan de cession d’actifs de 15 milliards d’euros sur la période 2016-2018, "qui est déjà réalisé à 70 %", a expliqué Isabelle Kocher, PDG du groupe, lors d’une rencontre avec la presse. Le même jour Pierre Chareyre, directeur général adjoint en charge des BU global energy management, GNL exploration et production, expliquait que l’une des missions d’Engie était "de s’assurer que le gaz reste attirant, c’est-à-dire compétitif en prix". Le gaz devant jouer un rôle majeur dans la transition énergétique.

Le GNL, dont le prix est bas depuis plusieurs années notamment en raison d'une augmentation des productions en provenance des États-Unis, d'Australie ou du Qatar, - les trois principaux exportateurs de GNL -, devrait donc avoir ses faveurs. Ce serait vrai si Engie se contentait de l’importer et de le distribuer. Or le groupe avait investi dans la liquéfaction, le transport et le négoce international, des opérations qui coûtent cher et plombent la rentabilité, surtout comparées au pipegaz, qui arrive gazeux de Russie ou de Norvège. C’est de ces activités dont il veut se désengager. Mais "à ce stade, il ne peut être garanti que les discussions engagées avec les contreparties, notamment Total, permettront d'aboutir à un accord", indique Engie dans un communiqué.

Sécuriser les routes du gaz

La priorité d’Engie n’est pas là. "Le gaz va devenir vert, mais on n’en est pas encore là", rappelle Pierre Chareyre. La France, qui ne produit pas de gaz fossile, doit donc continuer à en importer. "Or la production domestique de l’Europe en gaz va baisser. Les champs de mer du Nord s’épuisent. L’Europe va devenir de plus en plus dépendante des importations", explique Pierre Chareyre. Pour lui il est urgent "de sécuriser les routes du gaz, qui sont très convoitées". Il faut surtout qu’Engie diversifie ses sources d’approvisionnement, en les équilibrant. "Aucun des cinq pays qui sont nos principales sources ne dépasse 25 % de nos approvisionnements", précise Pierre Chareyre.

Engie mise donc sur le gaz d’Azerbaïdjan, qui sera acheminé grâce à un nouveau gazoduc actuellement en construction. Le Français mise aussi beaucoup sur Nord Stream 2, un projet qui doit doubler le gazoduc Nord Stream 1 de 1 250 km, qui relie Wyborg (Russie) à Greifswald (Allemagne), via la mer baltique. Il doit coûter 9,5 milliards d’euros, financés à 50 % par cinq groupes européens, le Français Engie, les Allemands Uniper (ex-EON) et Wintershall (BASF), l'Autrichien OMV et l'Anglo-Néerlandais Shell. C’est la solution qu’a trouvé Gazprom, qui restera opérateur à 100 % du projet, pour contourner les sanctions américaines suite à l'ingérence de Moscou en Ukraine et qui l’empêchent de lever des financements à long terme.

"Nord Stream 2 va se faire"

Le projet fait débat. La Pologne demande à l’Europe de tout faire pour l'empêcher de se développer. "Mais même si globalement la Commission européenne est opposée au projet, un avis juridique du Conseil a statué qu’elle n’avait pas mandat pour intervenir sur ce dossier", explique Pierre Chareyre. Le Danemark aussi pourrait s’opposer à ce que le gazoduc passe sur ses eaux territoriales. Selon Engie, Le Danemark serait piloté par les États-Unis qui voient en Nord Stream 2 un concurrent à leur GNL. "Mais si le Danemark vote la loi, une voie de contournement est déjà prévue", explique Pierre Chareyre. Seules les sanctions directes des États-Unis sur les entreprises finançant le projet pourraient donc stopper le projet. "Aujourd’hui la situation n’est pas figée. On ne sait pas comment les sanctions seront appliquées, explique encore Pierre Chareyre. Mais ma conviction est que ce gazoduc est utile pour l’Europe et qu’il va continuer à se faire."

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