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L'Usine Agro

Pourquoi Cooperl Arc Atlantique fait trembler le marché du porc

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Publié le

La coopérative, contrôlée par ses producteurs, a déclenché une crise au sein du Marché du porc breton. Non pas pour saborder ce système de cotation mais pour revenir à un prix équilibré lui permettant de vendre sa viande hors de France à un tarif compétitif, expliquent-ils. 

Un balai incessant de camions. Les très vastes installations de l’abattoir Cooperl Arc Atlantique à Lamballe (Côtes d’Armor) bordent l’axe routier à deux fois deux voies qui relie Rennes et Brest. Numéro un en France de la transformation porcine avec une production annuelle de 4,7 millions de porcs, tous élevés dans l’Ouest, Cooperl Arc Atlantique  est un acteur clé du développement économique breton. Il emploie 5 000 salariés et fait travailler 2 700 éleveurs de porcs. 

 

Soumis à la concurrence européenne de plus en plus forte depuis la fermeture du marché russe, le groupe n’a pas hésité à déserter le Marché du porc breton situé à Plérin (Côtes d’Armor), à partir duquel la cotation du kilo de porc s’applique à tous les opérateurs de l’Hexagone.

Emmanuel Commault, le directeur général de Cooperl Arc Atlantique (2,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2014), ne remet pas en cause le principe de ce marché au cadran qui existe depuis plus de 40 ans. Pas question pour lui de le saborder, mais il veut revoir son règlement interne. La dizaine d’acheteurs composés des abattoirs Kermené (E. Leclerc), SVA (Intermarché), Jean Floc’h, Abera... qui passent par ce système de ventes aux enchères dégressives sont tenus de se partager les invendus de chacune des cotations à un prix de retrait fixé à l’avance et non négociable. Ce que récuse Cooperl Arc Atlantique. Et il ne veut plus que le prix de vente des animaux soit "fixé à partir d’une décision politique"

Un résultat de 15 millions d’euros en 2014

La direction générale de Cooperl Arc Atlantique, dont les activités sont contrôlées par les éleveurs associés à la coopérative, fait état "d’un effondrement de ses résultats" depuis l’application du tarif de 1,40 euro le kilo. L’an passé, le groupe a dégagé 15 millions d’euros de résultat net. "Je ne veux pas que l’on devienne un second Gad", s’inquiète Emmanuel Commault.  Même s’il s’approvisionne de façon très marginale (10% de ses besoins) auprès du Marché du porc breton, le groupe a l’obligation, comme tous les autres acteurs de la filière, de payer ses éleveurs au prix fixé à Plérin.  90% de ses achats s’effectuent en direct auprès de ses adhérents. Cooperl Arc Atlantique vend 35% de ses volumes transformés à l’étranger, notamment en Europe, mais également en Asie.

Quel que soit le pays où il intervient, le groupe coopératif est confronté de plein fouet à la concurrence allemande, hollandaise et espagnole dont les prix de revient sont très inférieurs à ceux pratiqués en France. Ses challengers peuvent utiliser de la main d’œuvre détachée à bas coût venue des pays de l’est de l’Europe. "On ne passe plus, c’est impossible de continuer comme avant. La France doit prendre des mesures pour faire baisser les charges", indique encore Emmanuel Commault. Le directeur général soutient que le  "gouvernement a pris le problème à l’envers. Il a poussé en faveur d’une augmentation des prix pour que les éleveurs puissent payer leurs charges. Il faut avoir une vue à long terme et mettre en place les mesures nous permettant de retrouver de la compétitivité".

L'accent sur le porc sans antibiotique

Cooperl Arc Atlantique ne se contente pas d’abattre des porcs. Le groupe a investi dans des salaisonneries et très récemment dans une usine de production de plats cuisinés à base de viande porcine. Il est aussi fabricant d’aliments du bétail et possède un réseau de boucheries de proximité comptant plus de 80 implantations réparties en France sous des enseignes comme Maxi Viande et Prairies de France. Et il intensifie ses productions de porcs sans antibiotique qui représentent désormais 12% de  ses volumes. Les premiers jambons fabriqués avec ce type de porcs commencent à se vendre sous la marque  Brocéliande, bien élevés. Sa problématique est donc très différente de celle de Kermené, filiale d’E. Leclerc, et d’Intermarché qui a repris l’abattoir de Josselin (Morbihan) à la suite de la liquidation de Gad.

Ses compétiteurs distributeurs vendent leurs produits essentiellement en France dans leurs hypermarchés et supermarchés. Ils sont donc très peu confrontés à la concurrence européenne et ils ont la maîtrise des prix qu'ils pratiquent dans les rayons. Ce  qui n’empêche pas Michel-Edouard Leclerc de préciser sur son blog que "les frigos sont tous pleins". Il est vrai que la consommation de viande de porc en France est depuis plusieurs années en baisse, même si dans son dernier rapport FranceAgrimer note un léger rebond en 2014 (+1,3% par rapport à 2013). 

De notre correspondant en Bretagne, Stanislas du Guerny

 

La place de la France dans le marché européen : 

 

La France, 3ème exportateur de porc | Create infographics

Infographie réalisée par Pierre Monnier. Données FranceAgrimer

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2 commentaires

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20/08/2015 - 20h13 -

Le cycle de trois ans du marché du porc fut longtemps un sujet d’examen en économie rurale, il ne s’agit hélas plus d’un cycle, mais d’une situation permanente, dont il sera difficile de sortir et qui ne constitue d’ailleurs qu’un tout petit élément de la crise que connait l’agriculture. Cette crise est essentiellement due à deux éléments : 1. Le refus de considérer le secteur primaire, dont l’agriculture est la base essentielle, comme le fondement de notre économie, ce qui en fait un facteur limitant de cette économie selon lequel vain de développer les autres secteurs si celui-ci n’atteint pas un niveau suffisant. 2. Le manque d’organisation de la profession dans les domaines : social, technique, économique et financier, selon le modèle coopératif qui pendant un siècle a permis le développement de notre agriculture. La coopérative est le prolongement de l’exploitation agricole, et le sociétaire qui en est propriétaire, fournisseur, client et gestionnaire, n’achète pas ou ne vend pas ses produits à la coopérative, mais le fait au travers de celle-ci. La présentation des choses, a laissé croire à tort que la Cooperl ne jouait pas le jeu, alors qu’elle assume transformation et commercialisation de tous les porcs de ses adhérents, et qu’elle complète si cela est nécessaire par des achats aux non adhérents, dans la limite de 10%, la loi autorisant d’aller jusqu’à 20 % lorsque les apports sont insuffisants. La coopérative authentique reposait sur divers principes dont : - Celui d’exclusivisme, qui imposait que la coopérative ne traite qu’avec ses sociétaires, et que ces derniers ne traitent qu’avec la coopérative pour les activités relevant de cette dernière. - Celui de la ristourne, qui disposait que la coopérative ne fasse pas de bénéfices, mais distribue les excédents en fin d’exercice au prorata des opérations traitées. - Le principe de démocratie : un homme une voix, qui entend que tous soient égaux, notamment lors des assemblées générales où sont pises lés décisions. Le passage de la polyculture a la monoculture a fait que l’avantage des livraisons à soi-même n’existait plus, l’éleveur spécialisé par exemple ne produisant plus l’alimentation, devait l’acheter à une autre exploitation, sauf à se regrouper au sein d’une coopérative dont les adhérents ne constituent fiscalement qu’une seule exploitation. La solution n’est donc pas un agrandissement des exploitations, ce qui ne fera qu’accentuer la crise, mais autant que possible un retour à l’exploitation familiale à taille humaine, où tous le œufs ne seraient pas mis dans le même panier, avec une concentration de ces exploitations au sein de coopératives ou jouent pleinement les avantages de la livraison à soi-même, et surtout la solidarité du système mutualiste, à condition de respecter le principe de proximité.
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Nom profil

20/08/2015 - 16h55 -

Article intéressant dans le contexte actuel, mais merci à l'Usine Nouvelle d'expliquer l'ordonnée du graphique (tec ???)
TEC = Tonne Equivalent Carcasse
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