Pour valoriser leurs déchets, les professionnels du bâtiment réclament des solutions

Leurs travaux désormais achevés, les travaux de recherche Démoclès et Démodulor ne demandent qu’à trouver des débouchés réels afin de contribuer à une meilleure valorisation des déchets du bâtiment. Un guide pratique et une présentation de nouvelles solutions techniques ont été présentés cette semaine au Mondial du bâtiment.

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Pour valoriser leurs déchets, les professionnels du bâtiment réclament des solutions
L'ensemble plancher sec, bac nervuré acier, panneaux bois, plaques béton proposé dans le cadre du projet Demodulor.

Il y a un an, le projet de recherche Démoclès, ayant pour objectif de parvenir à un meilleur recyclage des déchets du second œuvre, s’achevait sur un constat décevant au terme de 18 mois de travaux : "il faut clarifier les responsabilités de chaque acteur, et arrêter de faire porter la responsabilité sur la seule entreprise de travaux", soulignait Hervé Grimaud, directeur général de Récylum, l’éco-organisme qui a porté la démarche avec l’Ademe.

Sur les 10 Mt de déchets du second œuvre, la moitié sont inertes (faience, brique, carrelage…), 45% sont non-inertes (dalles, huisseries, platre…) et 5% sont des déchets dangereux (bois traités, équipements électriques, peintures au plomb, etc.) Seulement 3 Mt sont valorisées chaque année. Si les chantiers tests ont démontré que les déchets pouvaient être mieux valorisés sans augmentation des coûts, les différentes parties prenantes se sont heurtées à un déficit d’informations de la part des maîtres d’ouvrage, mais aussi des maîtres d’œuvre. Lors des phases de curage, la déconstruction et la dépose des différents éléments n’a pas toujours été optimale, empêchant la réutilisation de nombreux matériaux.

Pour répondre à l’enjeu environnemental et s’inscrire dans l’objectif de 70% de valorisation des déchets issus du bâtiment et des travaux publics devront être valorisés à l’horizon 2020, conformément à la loi de transition énergétique et à un objectif européen fixé en 2008, les acteurs du bâtiment doivent disposer d’outils, estime Hervé Grimaud : "on a montré que la maitrise d’ouvrage avait la responsabilité d’exprimer des attentes liées aux déchets. Il faut permettre aux entreprises de travaux de travailler dans de bonnes conditions. Si vous ne permettez pas à l’entreprise de travaux d’avoir l’emprise nécessaire pour les différents bacs ou le temps nécessaire au curage préalable, cela ne fonctionne pas." Or, selon la jurisprudence, le maître d’ouvrage est le producteur des déchets générés par un chantier de déconstruction.

Publié à l’occasion du Mondial du bâtiment, qui s’est achevé le 10 novembre, un "Guide d’accompagnement de la maîtrise d’ouvrage et de la maîtrise d’œuvre", destiné à faciliter l’inscription de prescriptions liées aux déchets dans les contrats-cadres et les clauses de chantiers de réhabilitation lourde et de démolition, ambitionne de constituer le canevas qui manquait jusqu’alors. La caractérisation des déchets ou leur dépose sélective y font l’objet de recommandations. "Nous entrons dans une phase opérationnelle, et on aura vraiment réussi à impulser des changements par l’exemple. Il faudra communiquer sur des projets concrets", indique Hervé Grimaud, qui a notamment convaincu la SNCF, la Société du Grand Paris et la Ville de Paris de signer une charte en faveur d’une meilleure gestion des déchets du second œuvre.

De nouveaux systèmes constructifs

L’institut Carnot Matériaux et équipements pour la construction durable (MECD, qui compte 400 chercheurs et 3000 clients à travers ses différentes entités), a pour sa part achevé son programme Demodulor, lancé en 2012 en réponse à un appel à projets de l’Ademe pour la conception de "nouveaux systèmes constructifs démontables en rénovation ou en déconstruction pour un réemploi et un recyclage simplifiés et attractifs des produits et matériaux".

"La solution constructive démontable est un des éléments de la réponse. Il faut éviter de coller, notamment : les briques peuvent être assemblées comme un mortier, prises entre deux rails et serrées par des fiches filetées. Un autre élément qui intervient est la problématique de statut : les produits de déconstruction sont considérés comme des déchets, et n’ont pas de processus pour être caractérisés au niveau de leur performance. Les matériaux qui sont aujourd’hui réemployés sont perçus dans leur dimension patrimoniale, comme les pierres et les poutres. Il faut généraliser la dimension de réemploi et aller vers un processus de caractérisation des performances résiduelles", explique Stéphane Herbin, directeur projets développement et innovation chez MECD.

Lauréat du concours de l’innovation du Mondial du bâtiment dans la catégorie Structure et enveloppe, le projet, qui passera à la phase opérationnelle si des industriels se manifestent, repose sur quatre systèmes : un mur en briques précontraint par profils et tirants en acier (avec des composants manuportables et réutilisables pour le résidentiel), un plancher sans collage (un bac en acier, des panneaux en bois et des plaques en béton sont assemblés par des fixations mécaniques), une façade à ossature bois assemblée au moyen d’un feuillard en acier ainsi qu’un plancher mixte acier-béton ont été conçus par les chercheurs des laboratoires mobilisés. "C’est au moyen d’assemblages de matériaux, pensés de manière innovante, que l’on peut répondre aux enjeux futurs", indique Stéphane Herbin. Désormais, ces systèmes ne demandent qu’à faire leurs preuves.

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