Pour une impression 3D “Made in France”

L'impression 3D ? Pour Arnault Coulet, entrepreneur du secteur, c'est à n'en pas douter l'avenir de la production industrielle, et une véritable opportunité pour la France. A condition de ne pas rater le coche. Le cofondateur de l'agence Fabulous, qui met en relation de possibles utilisateurs de la technologie avec des sociétés proposant des services de fabrication additive, rappelle l'irrésistibles ascension de l'impression 3D, du dépôt du premier brevet sur le sujet à la démocratisation de cette technologie désormais omniprésente, et souligne que la France a des cartes à jouer. 

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Pour une impression 3D “Made in France”

"L'impression 3D prouve jour après jour sa valeur ajoutée technologique. L’innovation de rupture permet désormais aux entreprises d’acquérir des avantages compétitifs et productifs pour se différencier sur des marchés mondiaux de plus en plus concurrentiels, mais ce n’est pas tout. L’impression 3D porte un enjeu de relocalisation de la production, de ré-industrialisation de notre territoire, et donc de vitalité de l’économie française.

Hier : une invention française

En 1984, une équipe composée d’Alain le Méhauté (Alcatel), Olivier de Wiite (Cilas) et Jean-Claude André (CNRS) dépose le brevet du procédé dit de « stéréolithographie », 1ère technique d’impression 3D qui donnera ensuite le nom à l’extension du fichier « .STL » permettant encore aujourd’hui le pilotage des machines. Faute d’identification d’applications sectorielles, le brevet sera ensuite délaissé par les entreprises françaises à son origine. En 1986, aux États-Unis, Chuck Hull fonde l’entreprise 3DSystems qui invente la première imprimante 3D. 3DSystems est aujourd’hui le leader mondial de la fabrication d’imprimantes.

Aujourd’hui, un virage à négocier

30 ans plus tard, plus de 7 technologies d'impression 3D et 250 matériaux (plastiques, métaux, minéraux, organiques) sont disponibles pour permettre aux entreprises de bénéficier des avantages de la technologie : rapidité de production et de mise sur le marché ; production d’objets et formes complexes qui dormaient dans les cartons des bureaux d’étude ; mass-customization des produits ; optimisation des coûts et des stocks.

Le virage est en fait double. D’abord, il est lié à la démocratisation des technologies et la pénétration domestique des imprimantes, avec un marché B2C encore timide mais en devenir. Ensuite, il est lié à la capacité de production industrielle : les dernières avancées technologiques vont permettre de lever les obstacles à la production de grandes séries. L’impression 3D était auparavant cantonnée au prototypage rapide de pièces (1 à 10 pièces prototypes). La volonté des constructeurs de machines est de pouvoir, d’ici 2 à 3 ans, concurrencer l’injection plastique ou la fonderie métallique en termes de volume, de cadencement, et de prix de production.

Actuellement, nous sommes dans un entre-deux qui ne permet pas de produire 1 million de pièces avec une vraie rationalité économique, mais d'ores et déjà plusieurs milliers. Lorsque l’impression 3D parviendra à allier le tryptique « rapidité, volume, prix », c’est un tout un pan de l’industrie qui s’en trouvera bouleversé. Cet horizon n’est donc pas si lointain, et comme tout changement technologique, il nécessite une prise de conscience et une anticipation en termes d’investissements financiers et humains.

Demain la relocalisation de la production

La France n’a pas encore de retard sur les technologies 3D. Ici et là, les ateliers de fabrication traditionnelle s’équipent peu à peu des dernières technologies de « fabrication additive ». Il existe un tissu industriel français qui permettrait, à terme, de favoriser une relocalisation de la production.

Pourtant, nos faiblesses sont toujours celles des moyens. Notre tissu industriel reste trop horizontal et éparpillé pour pouvoir contrer les logiques verticales adoptées par exemple aux Etats-Unis. La première puissance mondiale investit plusieurs centaines de millions de dollars pour faire pousser sur son territoire des usines entièrement dédiées à ces technologies.

La bataille des machines a déjà été perdue, puisque nos constructeurs les plus prometteurs ont depuis peu été digérés par les mastodontes américains, ou font face à de nouveaux entrants de taille comme HP (Hewlett-Packard). La bataille des logiciels est depuis peu préemptée par des acteurs comme Microsoft qui veulent imposer une nouvelle extension de fichier pour remplacer le .STL.

Mais il nous reste la fondamentale bataille des matériaux, avec un secteur de la chimie français toujours à la pointe ; elle pourrait constituer une tête de pont pour conquérir ces nouveaux marchés. En mai 2014, l'étude de l'institut de l'entreprise intitulée « Faire entrer la France dans la troisième révolution industrielle, le pari de l’innovation » est allée dans ce sens. Ce rapport a préconisé en première recommandation d’« accélérer la recherche sur les matériaux ». Dernière bataille : celle des services avec l'émergence d'entreprises proposant conseil et nouveaux usages autour de l'impression 3D. La France, forte de son vivier de start-up innovantes, a là aussi un rôle à jouer pour faire rayonner plus encore la French Tech.

Nous sommes donc à un moment crucial, où les politiques publiques et investisseurs privés doivent trouver ensemble les moyens de financer l’avenir industriel de la France.
"

Arnault Coulet, co-fondateur de Fabulous

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