Pour un droit d'alerte spécial des salariés

L'affaire Buffalo Grill relance le débat sur la sécurité alimentaire

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Les crises alimentaires ont des conséquences humaines et financières trop souvent dramatiques. Ainsi, la vache folle n'en finit pas de provoquer des remous. L'affaire Buffalo Grill l'a encore prouvé. Elle est exemplaire, car elle trouve son origine dans une dénonciation émanant d'un ancien salarié. La justice fera son travail. Quelle que soit l'origine des crises - fraude, accident ou incident sans conséquence -, ce sont des salariés et des emplois qui sont menacés. Et du fait du comportement émotionnel des consommateurs et d'une forte médiatisation, elles risquent toutes de se transformer en catastrophe pour les entreprises et à l'extrême, pour toute une filière. Dans la chaîne des responsabilités à assumer pour garantir la sécurité alimentaire, il y a l'Etat, les opérateurs économiques, les entreprises... Le dernier maillon de cette chaîne, ce sont les salariés qui, sur les lignes dans les ateliers, transforment et conditionnent les produits. Ce maillon est essentiel car il est le dernier avant la commercialisation des produits. Cela nécessite de multiplier les formations sur l'hygiène car c'est une garantie pour le consommateur et pour l'amélioration de la sécurité et les conditions de travail des salariés.
Mais cela passe surtout par la création d'un droit d'alerte et de retrait spécial en cas d'incident pouvant mettre en danger la santé des consommateurs. Cette mesure s'accompagnerait de la protection des salariés qui dénonceraient des pratiques frauduleuses, contre toutes mesures de licenciement ou disciplinaires comme cela existe pour les représentants du personnel. Ces droits nouveaux pourraient être développés au travers d'une commission spéciale au sein des comités d'entreprises, ou en accordant des prérogatives particulières en matière de sécurité alimentaire aux délégués du personnel. Il est faux de penser qu'un tel droit pourrait être détourné pour faire pression sur une direction lors d'un conflit social. Il existe aujourd'hui un droit d'alerte et de retrait en cas de danger grave et imminent pour les élus du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail ; il n'y a pas de dérives. L'utilisation abusive d'un tel droit risquerait d'être l'élément déclencheur de rumeurs aux conséquences catastrophiques. Qui oserait prendre un tel risque ? Par contre, cela garantirait au salarié qui est aussi un citoyen, les moyens d'être autre chose qu'un témoin passif ou un complice potentiel, prisonnier de la crainte de perdre son emploi. L'introduction d'une nouvelle disposition, dans le cadre d'un accord paritaire, serait un signe fort vers les consommateurs et contribuerait au rétablissement de la confiance, essentielle pour l'avenir de la filière agroalimentaire. C'est ce que nous essayons de faire valoir à l'Association nationale des industries alimentaires.
Hervé Garnier, secrétaire général de la branche agroalimentaire de la CFDT

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